♫ Dou-dou-douuuuuuuu ♫

Station Laurier, 8h49.

Le prochain train arrivera dans 8 minutes. Ce doit être la fameuse porte de train bloquée qui est ENCORE bloquée. Peu importe la raison, le « problème » a considérablement ralenti la flotte. Évidemment, le quai est bondé de gens plus ou moins pressés.

Un premier train entre en gare. Naturellement, il est plein à craquer, pas autant que ceux en Chine, mais tout de même tricoté serré. On laisse passer.

Un second se pointe quelques minutes plus tard. Dans celui-là, il semble y avoir un  peu d’espoir. Tsé là, au centre, entre deux sets de portes, si le monde est capable de lire paisiblement, c’est qu’il y a de la place. Invariablement. Les portes s’ouvrent, mais personne ne bouge, évidemment. Genre personne. L’idée pour eux de s’éloigner de la porte les rend visiblement nerveux. Pourtant, je n’ai jamais vu personne manquer sa station pour cause de je-suis-trop-loin-de-la-porte-et-pris-derrière-un-bunch-de-monde.

« Il y a un peu de place par là…! », que je dis avec calme, mais une pointe de va-t-en-guerre dans la voix. Aucune réaction, les gens sont plantés là, les pieds bien soudés au plancher, les yeux rivés au sol. Nul n’a l’intention de manifester quelconque altruisme.

Deuxième intervention : « Faites un effort!? », que je dis, ouvertement belliqueux. Un homme grommelle, mais se déplace péniblement. Puis, une femme scotchée au poteau de la porte s’exprime, on ne peut plus irritée : « chu enceinte pis j’peux pas m’asseoir, faque si ça t’dérange pas, j’va rester là ». « Pas de problème, m’dame » que je lui dit, pendant que ça bouillonne en dedans.

Son intervention, inutile au demeurant, ne répondait en rien à ma démarche. Qu’elle soit enceinte et frustrée de pas pouvoir s’asseoir, c’est compréhensible, c’est même odieux qu’on ne lui ait pas déjà cédé une place. Mais qu’elle prétende devoir ABSOLUMENT rester près de la porte et qu’elle s’accroche au poteau comme la misère sur le pauvre monde, il y a une marge. Qu’elle soit près ou loin de la sortie, elle est enceinte et debout. Fin de la discussion.

Ce qu’elle a fait, c’est exprimer sa frustration qu’on ne lui cède pas une place. MA requête, justifiable et justifiée, c’était que le monde fasse un effort pour mieux vivre ensemble à cette heure précise, un matin de niaisage-dans-le-métro. On était quelques-uns sur le quai, genre un million, et on avait tous quelque chose à l’horaire. Beaucoup allaient être en retard, personne n’avait envie de se faufiler parmi une tonne de gens pas sympathiques. Il me semble donc tout à fait justifié d’avoir fourbi les armes pour que chacun y mette du sien afin que le maximum puisse monter, tsé. Un minimum, il me semble.

Les gens prennent le métro comme s’ils étaient dans leur salon. Ils veulent être confortables, dans leur bulle, ne pas être dérangé. Mais je vous rassure, ce n’est pas amusant pour PERSONNE, c’est même hautement désagréable de prendre le métro à l’heure de pointe. Malgré tout, certains agissent comme s’ils étaient seuls au monde et c’est bin fâchant. En esti, même.

Faque je me dis, dans un monde idéal qui n’existe pas, si chacun faisait un effort pour rendre la ride de l’autre plus amusante, me semble que la planète se porterait un peu mieux. Mais encore une fois, c’est juste dans ma tête, parce que la dudette et les gens que j’ai gentiment invectivé, en ce matin d’un hiver qui ne finit pas, ne se souviennent que d’une chose: un agressif qui voulait une place dans le wagon a troublé leur quiétude. Maudite affaire.

Et c’est avec un roulement d’yeux à les faire sortir de leur orbite que je me suis dit que j’avais crissement hâte au printemps.

Genre vraiment beaucoup.

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