Fierté #24

Août 2026

Ç’a toujours été un moment important pour moi chaque été. La ville est tellement effervescente et le monde, beau et festif. J’ai déjà déplacé des vacances pour pouvoir être présent et vivre Montréal-la-colorée pendant la/les semaine/s de la Fierté. J’ai fait suer des amis qui voulaient partir en chalet le dernier weekend de Pride, et fait grincer des dents ma famille qui voulait organiser un voyage à cette période-là. Les terrasses, les soirées chaudes, les touristes (mes préférés) et les amis. Surtout les amis. Avec eux, les gets together à répétition, les prédrinks, les sorties qui virent, le fun pur et simple. L’amitié sincère.

Cette année, ce fut différent.

Je ne m’étais pas senti comme ça depuis ma première grande rupture il y a 20 ans; un moment d’une grande reconstruction. À l’époque déjà, mes « vieux » amis sortaient moins pour le jeune de 26 ans que j’étais. J’ai vécu une grande solitude que j’ai comblée en prenant mon courage à deux mains et en sortant seul à la recherche d’un nouveau cercle. J’avais alors rencontré un groupe de personnes que j’ai affectueusement appelé « life savers », comme les bonbons.

Cette année, j’ai vécu de nouveau cette solitude profonde, mais cette fois entremêlée avec un ardent désir de vivre le GAY moment présent.

J’ai eu du fun pour vrai, j’ai papillonné en masse, j’ai souri sincèrement, j’ai frenché un peu et je me suis tranquillement rapproché d’autres gens qui m’ont fait sentir pertinent. Je suis reconnaissant de tout ça, mais j’ai aussi trouvé que de papillonner sans avoir SA gang où atterrir et passer du temps précieux, c’est pas pareil. Overall, j’ai eu une ou deux invitations, souvent parce que je me suis manifesté, pour rejoindre des gens qui étaient déjà ensemble. Mais rien de substantif avec ceux qui composaient mon habituel monde à moi.

Normal, ce groupe qui était le mien, bâti sur plus de 10 ans avec des gens aux intérêts multiples, mais parfois divergents, s’est tranquillement dissipé pour différentes raisons. Une coalition tous azimuts, comme la CAQ, ça tient un temps, mais ça finit par craquer. On appelle ça la vie. Mais c’était mon groupe et je l’aimais dans toutes ses contradictions.

Le plus difficile constat de mon weekend donc : réaliser que je ne faisais potentiellement plus partie d’aucune gang soudée. Ça m’a rendu profondément triste. Réaliser aussi que je n’ai pas été la priorité de grand monde depuis plusieurs mois, mais surtout durant mon weekend préféré de l’année, m’a quand même un peu brisé le cœur. J’ai un peu perdu mes repères que je souhaitais éternels. Je sais que tous ces gens-que-je-considère-mes-amis pris à part m’apprécient encore autant que je les apprécie, mais je ne sens plus que je fais partie du cercle central, celui qui guide les soirs de fête.

Avec tout ça, je ne sais plus trop vers qui me tourner, avec qui j’ai envie d’être, c’est quoi mon mood, c’est qui mon monde. Je ne sais plus non plus qui a vraiment envie de me voir, si c’est par habitude, pour cocher des cases ou peut-être par pitié. Je suis si confus que la peine parle plus que la raison. Au cours des derniers mois, en essayant avec le peu d’énergie sociale disponible de me rapprocher de certains, on m’a accueilli, mais il est arrivé qu’on me call out sur le ton de l’humour pour avoir voulu participer à une discussion, comme on le fait tous entre amis. Avec mes repères habituels qui se sont un peu effrités et mon énergie débordante actuelle aussi vibrante qu’un poteau de téléphone, il a pu m’arriver d’être maladroit, sans plus. Et ça se dit très bien, mais à part. La manière fait toujours toute la différence.

Cette nouvelle solitude pèse lourd. Celle où je pourrais passer des weekends entiers sans recevoir de nouvelle de personne. Celle où, si je ne me manifeste pas, je pourrais ne pas dire un seul mot ou émettre de son tout une journée. Celle où je me rends seul dans un bar avec comme mission de croiser un/des amis ou des connaissances et de me scotcher à eux, gentiment, juste pour ne pas être seul. Celle où je vais bruncher avec moi-même et mes mots croisés faute d’alternative. Je suppose que c’est parce que j’ai longtemps été « accoté », moins disponible et que, naturellement, on ne me calcule plus de la même façon. C’est ok, je comprends et je ne demande à personne de gérer ça ou de régler mon problème. C’est qu’en faisant le choix du célibat, j’avais imaginé toutes sortes de scénarios sauf celui de devoir également rebâtir mes cercles d’amis. Rencontrer À MON ÂGE (r’garde, j’en reviendrai p’têre un jour), c’est difficile, et se faire des amis me semble l’être tout autant.

Honnêtement, je ne sais pas comment gérer ça. Et je sais que ce n’est pas sexy de s’exposer comme ça. Ça fait needy et désespéré. Soit, je suis needy et un peu désemparé. Écrire pour ventiler et se sentir entendu peu importe de qui. C’est tout.

Faut dire que je suis aussi particulièrement anxieux depuis quelques temps. Comme toujours, la vie professionnelle draine l’essentiel de mon énergie mentale et sociale (veux-tu bin me dire pourquoi on s’impose ça?!). Donc quand vient le temps de me grimmer pour sortir et briller de tous mes feux, la lumière qui jaillit est pas bin forte. Je me félicite par contre parce que j’y vais, je sors de ma zone de confort, je vainc la petite panique intérieure et je me mets un sourire dans face. Parce qu’un moment donné, ça va se placer. Tout finit par s’arranger et l’inconfort qu’on ressent aujourd’hui finit toujours par devenir un souvenir lointain.

Le temps, le temps, le criss de temps.

Laisser un commentaire