Farewell, Monsieur

Jacques Parizeau n’est plus. Qui n’a pas entendu la nouvelle est sourd ou perdu dans la brousse profonde. Quel homme, tout de même! Il a tant fait pour son beau Québec.

Je n’étais pourtant pas un partisan. Je respectais l’homme d’État pour ses convictions indépendantiste et sa fougueuse passion pour le Québec, mais j’emmerdais aussi profondément ses déclarations alambiquées et son rôle hautement assumé de belle-mère. Loose cannon, comme on dit. On aurait joyeusement pu se passer de certaines de ses analyses à des moments charnières. Je n’ai évidemment jamais apprécié ses frondes contre ma première ministre. Mais bon, il était comme ça, il avait quelque chose à dire, il le disait et somme toute, il le disait bien. Ça avait au moins le mérite de brasser les idées, comme souvent seul un péquiste peut le faire. Intelligent, intéressant, articulé, visionnaire, avec une rhétorique irréprochable, il a marqué notre histoire positivement tout au long de sa vie.

Mais le propos de mon texte n’est pas uniquement de saluer son unique contribution au mouvement indépendantiste et à l’ENSEMBLE de la société québécoise, mais de vous faire part de ma réaction face aux commentaires sur sa mort dans le ROC. Parce que oui, nos « amis » Canadiens ont une opinion sur notre premier ministre Parizeau et ce n’est pas jojo.

Évidemment, ça me turlupine. Indépendantiste que je suis, ça gosse. Mais évidemment, je sais aussi, c’est inévitable: « racist pig », « xenophobic asshat », « asshole of Canada », « good riddance to bad rubbish ». Sexy, n’est-ce pas? Ça me pousse à me demander plein d’affaires. Je me demande, entre autres, qui sont les plus racistes, nous ou eux? Il ont l’amour à deux vitesses, on dirait bien. Il nous aime quand il s’agit d’éviter de « détruire le Canada », mais pas quand on est, semble-t-il, « un champ de ruine ». On devient des monstres. J’ai aussi lu: « money & the ethnic vote suspected factors in the death of Jacques Parizeau ». Z’en sont pas encore revenus, faut croire. Le monsieur y’était fâché et déçu – comme des MILLIONS de Québécois – d’avoir perdu le référendum et il a tenu des propos désolants et regrettables. On ne reviendra pas là-dessus, j’en ai déjà parlé, mais le référendum de 1995 a effectivement été perdu, entre autres, à cause de l’argent du fédéral et du vote des nouveaux arrivants. C’est un fait et ce n’est pas raciste de le rappeler. Get a life, sti.

Mais au fond, ce n’est pas vraiment important. Au final, nous on sait que Jacques Parizeau n’était pas raciste ou xénophobe. Il était juste fier d’être Québécois. Il croyait à la nation québécoise, d’ici et d’ailleurs. Il croyait en notre potentiel. Il voulait faire de TOUS les Québécois une nation indépendante, forte, inclusive et ouverte sur le monde. Comme la majorité des indépendantistes. Kessé ça de toujours ramener les indépendantistes québécois à une bande de xénophobes racistes? Godwin point, je suppose. Dans pas long on nous traitera de Nazi, checkez bin ça…

L’autre affaire que je me demande, c’est comment on devrait réagir à la mort d’un politicien ou d’un chef d’État? J’ai déjà dit à mon beauf que je serais incapable de serrer la main de Philippe Couillard (ou autre subterfuge libéral). Ce à quoi il m’a répondu et à juste titre: « tu ne salues pas la personne, mais la fonction ». Il a fucking raison. On a beau détester un politicien pour ses idées, son parti, sa mauvaise gestion, son manque de charisme, il mérite tout de même un minimum de respect. Juste parce que c’est un job que pas beaucoup d’entre nous seraient prêts ou CAPABLES de faire. Faire de la politique, c’est difficile, c’est demandant. Ça prend du temps, la couenne dure, des convictions pis un maudit bon caractère. Toué pis moué, on est trop sensibles pour ça. C’est bin plus simple de faire du 9 à 5. Faque la prochaine fois qu’un politicien meurt, si tout se qui te passe par la tête sont des pensées qui puent, ferme donc ta gueule. D’abord, parce qu’on ne devrait JAMAIS se réjouir de la mort de quelqu’un et qu’ensuite, ça ne se fait juste pas. Mais ça dans ta pipe, ROC.

Pis dernière chose, je comprends pas ce que tu comprends pas, ROC. Si on veut partir de chez vous parce qu’on ne se sent pas chez nous, peut-être que tu devais juste être fin pis pas trop nous faire chier, parce qu’un jour, on pourrait vraiment décider de s’en aller pis tu serais bin mal pris. Nous traiter de racistes à tour de bras n’avance pas le débat. Toi, t’es fier d’être Canadien pis d’avoir ton pays pis ton unifolié. Même chose icitte avec nos fleurs de lys.

En touécas, Farewell, Monsieur. Merci pour le rêve, la conviction et toutes ces années!

Sculpter avec une hache

Le 7 avril 2014, mon rêve de voir Pauline Marois nous amener sur la route de l’indépendance s’éteignait encore une fois. Une deuxième fois, pis pour de bon. C’était il y a un an, jour pour jour. Cette journée-là, au QG, on sentait la tension et l’urgence. La dernière semaine de campagne avait été désastreuse : Pauline avait l’air exténuée, irritée, nos annonces importantes passaient en dernier de toutes les nouvelles de campagne, après la médisance et la calomnie, l’animateur Enquête avait mis le feu à la crédibilité de Pauline et de son mari en crachant des allégations infondées, les dirigeants du parti avaient décidé de tout miser sur la charte. Ark. Malgré ça, les bonzes du parti affirmaient sans douter que les sondages internes étaient très positifs. Nous, au front, au téléphone avec les militants, on savait bien que la soirée électorale allait être difficile. De là à perdre le pouvoir de cette manière, jamais, mais jour 1, on sentait qu’on s’en allait tranquillement, mais surement à l’abattoir. Avec le sourire.

Faque on a perdu. Au profit des Libs. Depuis, on ne parle que d’économie. Juste de ça. Équilibre budgétaire, emplois, coupures, une niaiserie de Barrette, une autre de Bolduc, une dernière de Blais. Du niaisage. Vous me direz que les Péquistes on aussi eu leur lot de dérapages et d’enfantillages, peut-être, mais nous au moins, on avait de grands projets pour le Québec (le Plan Nord de Charest et la Stratégie maritime de Couillard ne sont PAS des projets de société). Ça grouillait, c’était effervescent. Ça brassait, in a good way, comme seuls le PQ réussi à le faire. Depuis un an, c’est calme, oui, mais aussi c’est gris et plate. Pis c’est pas juste l’hiver. L’économie, je vous dis.

Jeudi dernier, je suis allé marcher avec quelques milliers de gens qui ne sont pas d’accord avec les dernières décisions du gouvernement. J’en suis en esti. En fait, la gestion de ce gouvernement-là, nonobstant le fait que je ne digère toujours pas la défaite de 2014, est outrageusement aléatoire. Avec ses ministres pantins qui parlent trop et ses décisions à courte vue, le gars qui parle des « vraies affaires » me donne la vague impression qu’on s’en va nulle part. L’économie, sti, y’a pas juste ça dans’ vie!

Faque pendant cette grande marche, j’ai vu toutes sortes de monde : des vieux à la retraite, des étudiants en grève, d’autres non, des syndiqués, des jeunes du secondaire, des enfants avec leurs parents. Chacun y était pour une raison ou pour une autre. Certains affirment ne pas avoir voté pour ça, d’autres veulent conserver un minimum de filet social, certains croient un tant soit peu à l’État providence, d’autres encore ont la justice et l’équité à cœur. Claro, il y avait un bunch de ce monde-là qui revendiquaient pour revendiquer, des grévistes professionnels, des syndiqués à jamais insatisfaits et d’autres – je les hais vraiment ceux-là – qui ne se déplacent jamais pour voter, mais j’ose encore croire que la majorité était là pour protester contre le difficile-à-accepter.

Un État bien géré, c’est effectivement important, mais tout est dans la manière. Bêtement couper pour économiser, me semble que ce ne soit pas LA solution. Et prétendre que c’est pour le bien des générations futures, connaissant la propension des Libs à favoriser les riches et leurs amis, c’est un peu insultant. Leur plan (il y a un plan, vraiment?!) est vague, mal communiqué et incohérent. Et le problème est bien plus profond que des économies de bouts de chandelle. Il est structurel. Comment l’argent transige entre nos poches trouées, le gouvernement, les ministères et les services à la population. Y’a clairement des claques qui se perdent. Les gouvernements se succèdent, mais personne n’a envie de se lancer dans une vraie refonte des services publics. C’est bin trop compliqué, pis tsé, faut se faire réélire aux prochaines élections! Faque on coupe. Pis ça sonne bin de toute façon l’expression « équilibre budgétaire ».

Ce qui me rappelle, comme je disais plus haut, que je ne vois AUCUN projet de société. À part l’emploi et l’économie, y’a rien qui semble stimuler les Libs. Genre rien.

Quand Barrette prétend repenser le système de santé, il donne plutôt l’impression de prendre une hache pour sculpter un 2″ x 4″. Ni très beau ni très efficace. Quand une réforme affaiblit les services à la population chèrement gagnés et payés, y’a une couille dans le potage. Quand je veux économiser, je vais au Maxi au lieu du Métro, mais je mange pareil. Je fais les mêmes recettes avec des ingrédients qui coûtent moins chers ou j’en essaie d’autres plus économes. Je n’arrête pas de manger et j’économise, c’est ti pas beau? Me semble que c’est pas compliqué?!

Là, ce qu’ils font, c’est vider NOS poches pour remplir celles de BOLDUC, entre autres.

Et comment peuvent-ils prétendre également qu’après avoir sauvagement coupé ils seront en mesure de réinvestir massivement. Je ne suis pas comptable, mais me semble que ça ne tient pas la route. En coupant, du monde perdent leur job, dépensent moins, paient moins d’impôts, les recettes de l’État sont moins importantes, l’économie ralentit. En coupant les subventions aux entrepreneurs, y’a moins de nouvelles entreprises ou de R&D, elles font moins d’argent, paient moins d’impôts et ainsi de suite. En toué cas. Je ne suis pas comptable comme je disais.

D’ailleurs, me semble qu’il serait temps que les entreprises paient un peu plus leur juste part pour la société. Il n’y a que le citoyen qui est considéré comme la vache à lait. Pourtant, il y a en sol québécois des entreprises milliardaires qui pourraient, eux, se serrer un peu plus la ceinture et être fiers de contribuer au ô combien attendrissant « équilibre budgétaire ».

Avec tout ça, pouvez-vous donc m’expliquer pourquoi autant de gens dans la rue prétendent ne PAS avoir voté pour ça et que les Libs soient ENCORE au pouvoir? J’ai beau poser la question, je peux compter sur les doigts d’une seule main les gens que j’ai croisé qui admettent avoir voté pour eux. Et sérieusement, vous avez renvoyé le PQ pour ça? Vraiment?

Gens du pays

Une dérive vers le nationalisme ethnique…tiens donc. C’est ce qui arrive chaque fois qu’un péquiste parle d’immigration. Une déclaration ni maladroite et très adroite de l’aspirant chef PKP a fait sortir de terre les démons des indépendantistes. Et remercions les Philippe Couillard de ce monde de nous le rappeler et de faire peur au monde. Bouuuuaaaaaaah!

Ce qu’il a dit, théoriquement parlant, est vrai. La majorité des immigrants qui atterrissent sur le territoire ont choisi d’immigrer au Canada, pas nécessairement au Québec. Ils sont reçus comme de futurs Canadiens et portent effectivement allégeance à Sa Majesté la Reine. Ceci dit, cependant, ceci ne doit pas expliquer cela.

Autre chose qui est vraie, à leur arrivée, ils comprennent souvent plus ou moins les guéguerres politiques en cours et la question nationale. Ce qui ne les empêche pas non plus, pour la majorité d’entre eux, de s’informer et de se faire une bonne tête sur qui veut quoi. Et je sais que beaucoup d’entre eux se rallient d’emblée à la cause de l’indépendance pour diverses bonnes raisons.

Quand Pierre-Karl parle de démographie, il parle des vieux, de ceux qui avaient mon âge en 1980 quand René Lévesque a prononcé le célèbre « à la prochaine fois ». Et eux, les vieux, ne sont plus jeunes jeunes (vérité de la palice, tsé). Si la tendance se maintient, les indépendantistes de la première heure ne seront plus assez nombreux dans 25 ans pour faire contrepoids aux fédéralistes et aux je-m’en-foutistes (nombre grandissant, apparemment). Parce que les jeunes, il va sans dire, ne votent pas ou ne votent pas en majorité pour le Parti Québécois. Pour eux, à tort ou à raison, un Québec indépendant, ça ne leur dit rien. Il y a le monde devant eux, pourquoi vouloir petit?

Quand Pierre-Karl parle d’immigration, il fait allusion, par exemple, aux 51 959 immigrants que le Québec accueillait en 2013. C’est grosso modo le nombre de personnes qui entrent sur le territoire québécois pour y refaire leur vie chaque année. Entre 49 500 et 52 500. Je l’ai déjà dit, je ressens une grande fierté de voir que mon Québec est ouvert sur le monde et que des immigrants de différentes cultures et confessions s’installent ici pour de bon. C’est un beau geste de parts et d’autres. Ceci dit, il y aura un shift dans la population dite « de souche » et « immigrante » dans les prochaines années. C’est un fait et ce n’est pas raciste de le rapporter.

Ce que je n’aime pas dans le discours de PKP, c’est son pessimisme (et son manque de précision). Ce qu’il faut faire, ce n’est pas de se dépêcher pour éviter de perdre la « base » du parti, majoritairement blanche, francophone et made in Québec, mais c’est de convaincre les jeunes, les vieux et surtout les néo-Québécois que le projet d’indépendance est viable, souhaitable et indispensable à la juste évolution de la société québécoise. Inclure tout l’monde. Rien d’autre.

Je suis péquiste ET indépendantiste. Pourtant, je ne suis pas raciste. Il y a une pas pire marge entre croire que le Québec de par son histoire, sa culture, sa langue et ses espoirs mérite d’être élevé au rang de pays et de penser qu’il ne doit être fait que par et pour les « vrais » Québécois. Penser que tous les péquistes sont racistes, c’est non seulement faux, mais blessant. Si Québec indépendant un jour il y a, il sera créé par tous ceux qui le veulent, TOUS les Québécois, qu’il soient jaunes, blancs ou noirs, d’ici ou d’ailleurs, jeunes ou vieux.

Surtout par ceux d’ailleurs, d’ailleurs.

Promenons-nous dans les bois

L’affaire Legendre me gosse un brin. C’est pas tant d’avoir découvert (une nouvelle? vraiment?!) qu’il avait menti (Joël le gentil?!) ni le fait qu’il se soit fait aérer le moineau devant un homme qui semblait, avant de sortir son gros calepin de contraventions, consentant au demeurant. EH HO! Messieurs, je vous voir v’nir avec vos gros sabots de taureau violent, calmez-vous le pompon de l’invective, que j’vous vouèye lancer des roches! Oh! Wait! C’est déjà fait. L’internet a ça de mal, tous les idiots de l’univers peuvent donner leur opinion à l’instant même où elle traverse leur minuscule cerveau. Moi c’est pas pareil, je suis pas idiot. C’est dit. Je poursuis.

Je mettrais votre main au feu (certainement pas la mienne), que la majorité d’entre vous avez sans AUCUN doute déjà eu moult ébats dans des endroits publics sans vous faire prendre. Que ce soit dans un PARC, dans une toilette publique ou dans une ruelle. Ceux qui l’ont vécu l’ont sans aucun doute raconté à leurs amis et aux amis de leurs amis. Fait cocasse qui mérite qu’on le raconte, tsé. Je vous l’apprend peut-être, mais c’est AUSSI un acte considéré comme indécent par le code CIVIL (il faut le préciser, parce que le monde comprend fuckin’ rien entre civil et criminel).

Un homme qui s’astique la cuillère dans un parc, dans un endroit reclus, devant un homme de son âge qui le veut bien, ça se peut. C’est ordinaire, vous me direz. Les enfants pis tute. Bin oui, mais je suppose quand même que le Joël a pas fait ça en haut de la glissade les deux bras din zairs. Mettons qu’il aurait fait ça dans un coin reculé, caché par des arbres, loin des CPE pis du jardin d’enfants, mettons. C’est grave au point de lui faire perdre sa carrière? Vraiment? À ce que je sache, Claude Dubois fait des niaiseries avec l’alcool et des véhicules automoteurs (ce qui est d’autant plus dangereux), mais on le considère quand même comme un homme « respectable ». Il a des problèmes de consommation et il a cavalièrement flushé Louise Marleau (la pire erreur de sa vie), mais il peut encore sortir de chez lui la tête « haute ».

Le « problème » de Joël, c’est qu’il est gay. Tous les gays sont des pervers, voyons. Toué, moué, lui. PERVERT (avec un « T », c’est en anglais)!

Manque de jugement, oui. Big time. J’ai jamais osé faire ce genre de truc (aller dans un parc connu pour son activité homosexuelle et attendre qu’on me tripotte le phallus), même si on s’entend que ça peut titiller l’esprit. J’ai bin trop peur de me faire prendre ou de tomber sur du monde laid. Pis se faire arrêter pour grossière indécence : la honte. Ça sonne gros, ça sonne médiéval, ça sonne chasse aux sorcières. Marquez-le de la lettre écarlate! Bref, je l’ai pas fait, mais ça aurait pu arriver.

Qui se souvient de cette histoire de Max Mosley, ancien président de la Fédération internationale de l’automobile? Bon, peut-être personne. Peu importe, des photos de lui avec une coupl’ de prostituées légèrement vêtues d’un semblant d’uniforme Nazi avaient leakées sur le world wide web. Si je me souvient bien, bien que l’acte en question eu été considéré indécent et inapproprié pour un homme de son rang (really?!), ce qui a le plus choqué dans tout ça, c’est que la scène revêtait une connotation nazi. Le Max était pointé du doigt pour être nazi et antisémite, pas pour avoir fourré avec trois pitounes consentantes. Exit le sexe débridé, faites place au Godwin point. Soit. Il a poursuivi la Terre entière, il n’a pas perdu sa job, on a arrêté de le traiter de tous les noms et a il pu terminer son mandat avec un semblant de dignité.

Ce que je veux dire, ce qui me chicote, c’est pas que le beau Joël ait montré sa grosse graine en plein air à un public prétendument averti, c’est le traitement de la nouvelle qu’on en a fait et les réactions épidermiques de la populace qui monte aux barricades en le traitant de pervers. Ça me choque. Ça m’attriste. Le parc, la masturbation, ça peut déranger les âmes sensibles, peut-être, avec raison sans doute, mais ce qui les agace encore plus, c’est que ce soit une tapette. Tapette, enfant, pédo, pervers, même affaire. Je dis STOP, NON pis VOS YEULES.

Le monsieur n’est pas pervers. Il aime le sexe, il aime le danger, il aime les hommes et il a un peu manqué de jugement. Point.

Rien à ajouter.

♫ Dou-dou-douuuuuuuu ♫

Station Laurier, 8h49.

Le prochain train arrivera dans 8 minutes. Ce doit être la fameuse porte de train bloquée qui est ENCORE bloquée. Peu importe la raison, le « problème » a considérablement ralenti la flotte. Évidemment, le quai est bondé de gens plus ou moins pressés.

Un premier train entre en gare. Naturellement, il est plein à craquer, pas autant que ceux en Chine, mais tout de même tricoté serré. On laisse passer.

Un second se pointe quelques minutes plus tard. Dans celui-là, il semble y avoir un  peu d’espoir. Tsé là, au centre, entre deux sets de portes, si le monde est capable de lire paisiblement, c’est qu’il y a de la place. Invariablement. Les portes s’ouvrent, mais personne ne bouge, évidemment. Genre personne. L’idée pour eux de s’éloigner de la porte les rend visiblement nerveux. Pourtant, je n’ai jamais vu personne manquer sa station pour cause de je-suis-trop-loin-de-la-porte-et-pris-derrière-un-bunch-de-monde.

« Il y a un peu de place par là…! », que je dis avec calme, mais une pointe de va-t-en-guerre dans la voix. Aucune réaction, les gens sont plantés là, les pieds bien soudés au plancher, les yeux rivés au sol. Nul n’a l’intention de manifester quelconque altruisme.

Deuxième intervention : « Faites un effort!? », que je dis, ouvertement belliqueux. Un homme grommelle, mais se déplace péniblement. Puis, une femme scotchée au poteau de la porte s’exprime, on ne peut plus irritée : « chu enceinte pis j’peux pas m’asseoir, faque si ça t’dérange pas, j’va rester là ». « Pas de problème, m’dame » que je lui dit, pendant que ça bouillonne en dedans.

Son intervention, inutile au demeurant, ne répondait en rien à ma démarche. Qu’elle soit enceinte et frustrée de pas pouvoir s’asseoir, c’est compréhensible, c’est même odieux qu’on ne lui ait pas déjà cédé une place. Mais qu’elle prétende devoir ABSOLUMENT rester près de la porte et qu’elle s’accroche au poteau comme la misère sur le pauvre monde, il y a une marge. Qu’elle soit près ou loin de la sortie, elle est enceinte et debout. Fin de la discussion.

Ce qu’elle a fait, c’est exprimer sa frustration qu’on ne lui cède pas une place. MA requête, justifiable et justifiée, c’était que le monde fasse un effort pour mieux vivre ensemble à cette heure précise, un matin de niaisage-dans-le-métro. On était quelques-uns sur le quai, genre un million, et on avait tous quelque chose à l’horaire. Beaucoup allaient être en retard, personne n’avait envie de se faufiler parmi une tonne de gens pas sympathiques. Il me semble donc tout à fait justifié d’avoir fourbi les armes pour que chacun y mette du sien afin que le maximum puisse monter, tsé. Un minimum, il me semble.

Les gens prennent le métro comme s’ils étaient dans leur salon. Ils veulent être confortables, dans leur bulle, ne pas être dérangé. Mais je vous rassure, ce n’est pas amusant pour PERSONNE, c’est même hautement désagréable de prendre le métro à l’heure de pointe. Malgré tout, certains agissent comme s’ils étaient seuls au monde et c’est bin fâchant. En esti, même.

Faque je me dis, dans un monde idéal qui n’existe pas, si chacun faisait un effort pour rendre la ride de l’autre plus amusante, me semble que la planète se porterait un peu mieux. Mais encore une fois, c’est juste dans ma tête, parce que la dudette et les gens que j’ai gentiment invectivé, en ce matin d’un hiver qui ne finit pas, ne se souviennent que d’une chose: un agressif qui voulait une place dans le wagon a troublé leur quiétude. Maudite affaire.

Et c’est avec un roulement d’yeux à les faire sortir de leur orbite que je me suis dit que j’avais crissement hâte au printemps.

Genre vraiment beaucoup.

J’ai 15 ans, môman

Je suis né en 1980. Cette année-là, on a pu vivre l’arrivée au pouvoir de Robert Mugabe en Rhodésie du Sud (qui deviendra le Zimbabwe peu de temps après), le lancement de la chaîne CNN, l’élection de Reagan aux États-Unis, sans oublier le référendum perdu sur la souveraineté-association au Québec. Et je suis né un 7 octobre, sous un ciel gris et peut-être un peu de pluie. Accessoirement – je l’ai appris récemment – c’est aussi le jour de naissance de Heinrich Himmler, haut gradé du IIIe  Reich et père des camps d’extermination. Space de même. Ceci n’explique pas cela, heureusement, mais j’avais envie d’en parler.

Faque, j’ai eu 15 ans en 1995. Plate année, plate adolescence. Si je me souviens bien, j’étais plutôt gras, j’avais les cheveux coupés en champignon (tête de gland qu’on m’appelait), on me prenait parfois pour une fille quand je portais une tuque, j’avais les dents croches et ma puberté avait décidé de prendre des vacances prolongées. J’étais jeune, laid et inexpérimenté. C’est un peu ça, parfois, avoir 15 ans.

Déjà à l’époque, j’avais un faible pour les gars, mais je ne l’assumais pas. J’avais trop peur de tout et j’étais beaucoup trop gêné pour faire quoi que ce soit d’engageant. Et ce n’était pas encore tout à fait « normal », les tapettes. J’avais déjà entendu parlé du défilé de la Fierté, mais c’était du monde qui marchait les fesses serrées, qu’on me disait. En plus, j’étais pas willing pour deux cennes, j’avais jamais touché à l’alcool et la drogue, jamais fait de mauvais coups, j’obéissais toujours à mes parents et j’avais le sexe de la grosseur d’une carotte « baby-cut ». Rien pour me donner envie de faire le party. J’avais des p’tites blondes, par contre, avec qui j’ai dû échanger deux ou trois becs secs sans conséquence. En somme, j’étais tellement coincé et inquiet face à la vie que j’ai pas vraiment vécu de crise d’adolescence. Ma mère vous dirait que j’ai commencé ma crise d’adolescence à 21 ans, quand j’ai eu un minimum de jugement, mais que c’était plus le temps.

Au secondaire, les tests de choix de carrière ne donnaient jamais des résultats satisfaisants. J’aurais voulu être astronaute, Céline Dion, pilote automobile, architecte de gratte-ciel, premier ministre, chef d’entreprise, princesse héritière d’un grand empire ou pape. Ouioui, PAPE. J’avais un certain penchant pour le pouvoir et le prestige. Mais les tests voulaient que je sois hôtesse de l’air. J’aime l’avion, mais pas tant qu’ça. Toujours est-il que, comme beaucoup de Y, j’ai rêvé à tout ça sans trop faire d’effort pour y arriver. La peur de l’inconnu, sans doute. Ou de l’effort, tout simplement. On ne m’a peut-être pas assez expliqué qu’il n’y a que les efforts qui sont récompensés. Ou la définition de regret. J’ai plutôt bien réussi, tout de même, mais avoir compris assez tôt, j’aurais peut-être fait autre chose. Anéwé, le concept de choisir une carrière pour la vie à 18 ans, il va sans dire, est un peu étrange.

Reste que le début de l’adolescence est généralement une période salement ingrate. C’est à partir de ce moment que, sans en avoir les attributs, ni la compréhension, ni le jugement, on commence à te parler comme un adulte et à te demander d’agir comme tel. On essaie de te préparer à affronter ce monde cruel par toi-même. Parfois ça marche, parfois moins. Essentiellement, t’as souvent rien de vraiment glorieux derrière toi, t’as peu ou pas de réalisation concrète, un physique ingrat, ZÉRO confiance en toi, pis tu sais bin pas la job que tu pourrais aimer faire pendant les 45 prochaines années. T’as des rêves de grandeur fomentés par Walt Disney et ça se résume pas mal à ça. DRAMAAAAAA.

Dans mon teeeeeemps, il y avait internet, mais c’était vraiment loin d’être rapide. Avec un modem 28.8 kbits par seconde, on obtenait de courtes vidéos avec une qualité d’image discutable et des photos dont le dévoilement se faisait ligne par ligne. On apprenait à être patient, un peu. Et le world wide web était avant tout un divertissement. Faque, à défaut de savoir comment avancer dans la vie, j’ai choisi de m’affirmer gentiment dans les arts et les études. D’autres, peut-être plus perdus, ont choisi d’essayer les drogues, de fumer en cachette, de jouer à touche pipi avec leur voisin. Peu importe le moyen, ça demandait un certain courage d’action. Le mot émancipation prenait un peu plus son sens. Enfin, il me semble.

Tout était différent. Les voyages en avion étaient un ÉVÉNEMENT (mes parents ont vu l’Europe pour la première fois à 40 ans!), l’essence coûtait 35 cents le litre, on pouvait encore ramener des souvenirs uniques de chaque grande ville du monde. On lisait des LIVRES en papier, on cherchait dans un BOTTIN en papier, on trouvait la définition d’un mot dans un DICTIONNAIRE en papier. On APPELAIT les gens, on utilisait un FAX, on se DÉPLAÇAIT en personne pour déposer un cv. Les magasins étaient fermés le dimanche, une grande sortie équivalait à aller manger au St-Hubert, pis on n’avait pas de iPod, iPad, iPhone, mais un WALKMAN. Tout était assez circonscrit dans le temps et l’espace.

Qu’on me comprenne bien, je n’ai rien contre progrès, au contraire. Je suis moi-même un produit de ce progrès (soupirs).

Je me dis simplement qu’avoir 15 ans en 2015, ça ne se vit plus de la même façon. Autre époque, autres mœurs, qu’ils disent. Tout est tellement instantané et magnifié et JETABLE qu’il est possible qu’on ait peu à peu perdu le sens de l’existence. On peut devenir une star instantanée sur YouTube et gagner sa vie. On peut participer à un concours télé, devenir chanteur, chef cuisinier ou animateur télé et être connu mondialement. Avec SnapChat, Facebook, Twitter, on peut communiquer tout et n’importe quoi à l’instant où ça pop dans notre tête. Vite, vite, vite. On peut aussi utiliser la carte de crédit d’un loved one pour se payer la traite en ligne à son insu, facilement, dans le confort de son salon. Et nier jusqu’au bout. Un peu tout est exacerbé et tout croche. Tout croche à l’échelle planétaire, c’est croche en esti. Je ne sais pas, je m’interroge.

Les possibilités sont plus que jamais infinies ET accessibles. Les jeuuuuuunes cherchent à établir leurs propres limites et celles des autres dans un monde où les limites sont devenues élastiques et plus ou moins cohérentes. Il semble être difficile de savoir comment devenir « quelqu’un », les définitions d’avoir et être étant devenues tout et n’importe quoi. Le quotidien de ces jeunes-là est surtout devenu une recherche perpétuelle d’attention égoïste et de reconnaissance instantanée. Faire sensation à tout coup. La vision à long terme est un concept abstrait. Certes, il peut y a des conséquences aux actions, mais jusqu’au prochain tweet, retweeté des milliers de fois. Pour rien.

Ce qui n’a pas changé pour eux comme pour nous à leur âge, c’est ce qui se passe à l’intérieur. Cette recherche de l’identité, de l’amour, la peur du vide et de l’inconnu, ce stupide et inutile « mal de vivre » de l’adolescence. Et parfois, certains drames humains.

Cette course vers toujours plus, mieux, tout de suite, cette fear of missing out, ça, c’est différent. C’est ce qui me fait penser que je préfère encore mon « 15 ans » au leur. Sans aucun doute, mon « époque » était fuckées à plusieurs égards, mais on avait une tentative de balises plus claires pour nous aider à mieux cheminer. On courrait moins après le temps et un dépôt de projet n’avait pas la même valeur qu’une opération à cœur ouvert. On avait des repères qui avaient trimé dur pour arriver au sommet. Inspirants, au demeurant.

Pour une fois, mon jardin a l’air plus vert que celui du voisin.

Avoir 15 ans, c’est un peu rushant. Pour tout l’monde. Et je ne vois pas nécessairement comment faire pour qu’il en soit autrement et ce, peu importe la génération. Nous aussi, adultes des temps modernes, on a un peu perdu le contrôle sur le pourquoi du comment. Des éclopés et des irrécupérables, il y en aura toujours, mais à travers tout ce bordel de contradictions, il faut essayer d’en prendre un ou deux par la main, les aider à prendre une pause du tourbillon et leur montrer un minimum d’affaires qui importent dans la vraie vie comme le respect de l’autorité, la loyauté, la confiance, l’effort.

Un minimum, qui fera toute la différence au moment opportun. Enfin, j’espère.

Cécile la Grande

Ma très chère Cécile,

Quand j’étais petit, j’allais dîner chez toi le midi. Presque tous les midis. Tu m’accueillais avec ton tablier, tes cheveux blancs bien coiffés, ton sourire sincère et un bon pâté au poulet, du pain fraîchement sorti du four ou ta délicieuse soupe aux légumes. Pendant que j’ajoutais du bonheur à ma jeune panse, assis dans la cuisine de ta chaleureuse maison, tu faisais des mots croisés. Souvent aussi, tu tricotais une énième paire de bas.

Je jouais beaucoup dans ta cours avec ses deux immenses pommiers. Et dans le cabanon, notre « magasin », qu’on a 1000 fois réaménagé, Yan et moi. Tu me laissais aussi jouer dans tes armoires et faire semblant de cuisiner avec ton fouet à manivelle. Je me sentais bien chez toi.

Je me sentais chez moi, chez toi.

Il n’y a pas si longtemps, quand ma mère nous a fait le lift jusque dans ta nouvelle maison, ça faisait quelques années que je ne t’avais pas vue. Quand t’as ouvert la porte, en voyant « ton Luc » et « ta Julie », tes yeux se sont mouillés de joie. Tout de suite, j’ai constaté que tu n’avais pas changée, mis à part tes 91 années bien sonnées et ton dos légèrement courbé. Je t’ai trouvé belle.

Tu étais belle.

Le plus difficile pour toi, je l’ai senti, c’est d’avoir eu à accepter de perdre tes repères et de partir, loin de ton quotidien, de ta maison, de tes amis pour refaire ta vie plus près des tiens, en cas de besoin. Tu t’es résignée, bon gré mal gré. C’est triste, mais inspirant. Tu as compris que c’est malheureusement ça, vieillir.

Tu étais résiliente.

J’ai aussi vu tes pupilles brouillées de petits deuils encore vivants. Mais malgré tout, tu as gardé espoir. Tu es demeurée forte devant les épreuves. Tu es restée fière, confiante, toujours souriante. Toujours bien coiffée, bien habillée. Tu ne te plaignais jamais. Tu étais toujours prête à rire de bon coeur avec un rire contagieux. Tu continuais de t’informer sur le monde qui t’entourait. Tu étais encore aussi vive d’esprit qu’il y a 20 ans. Tu faisais d’ailleurs, chaque jour, encore et toujours, des mots croisés.

Tu sais, malgré mon absence et la distance de mes visites, tu vas me manquer. Savoir que t’étais là, quelque part, ça me rappelait que la vie pouvait être longue et belle. Et ça me rappelait de bons souvenirs. Tu as été ma grand-maman de proximité. Tu as été là pour moi, pour ceux que tu aimes, comme ça, comme toi, et c’est précieux. Tu peux regarder derrière et être fière de toi, de ta vie, du beau et bon travail que tu as fait. Juste merci d’avoir existé.

Tu es partie le 1er janvier dernier. Sans souffrir et sans déranger personne, comme tu le souhaitais. Ton cœur a cessé de battre et tu t’es endormie pour toujours, sans doute fatiguée par le poids des années. Mais il était grand, ton cœur. Ça n’a pas dû être facile pour lui de s’arrêter subitement. Il était capable d’aimer tant de gens et de faire sentir grand et beau. Simplement.

Repose-toi, maintenant, tu l’as bien mérité. Ton bon Dieu t’a ouvert les grandes portes dorées de son paradis. Juste ça, ça me réconforte. Samedi à l’église, je te voyais sourire de savoir que t’allais le rejoindre. Lui, Laurette, Marcel et quelques autres.

Veille sur nous, mais surtout, pense à toi. On va se débrouiller ici, et c’est un peu grâce à toi. Tu peux te dire que c’est mission accomplie.

Bon voyage, ma belle et précieuse Cécile.

De la brume dans mes lunettes_extrait #21

Le reste de la journée a été comme l’après-midi : magique. On est monté jusqu’au Belvédère et on est entré se réchauffer dans le magnifique chalet du Mont-Royal. On s’est assis sur deux chaises perdues près de la façade Est du bâtiment, sous les chauds rayons du soleil. Un soleil éclatant, un fait rare en cet hiver sibérien. J’ai même discrètement pris une photo de lui quand il a fermé les yeux pour profiter du moment. J’aurais voulu que le temps s’arrête.

On a continué à jaser de tout et de rien, surtout de tout pour apprendre à se connaitre davantage. Il me regardait souvent en souriant, sans rien dire avant de me demander de lui parler de moi encore. Après une trentaine de minutes, ragaillardis, on est redescendu par le grand escalier, on a coupé à travers les arbres, traversé le parc, l’avenue Du Parc et l’autre parc en longeant la rue Duluth et l’Hôtel-Dieu. Un peu plus loin, on s’est retrouvé au coin de Saint-Laurent et on a décidé de marcher un peu plus bas jusqu’au Juliette & Chocolat. C’était un bon  prétexte pour se réchauffer et continuer de parler un peu devant une boisson chaude. On a pris chacun un chocolat chaud Mexique 65 et un brownie à la fleur de sel à partager. Quétaine de même. La discussion s’est poursuivie sans trop d’intermittence outre nos longs échanges de regard silencieux et nos sourires béats. Comme si on se connaissait depuis longtemps. Comme si on se plaisait mutuellement.

On s’est laissé vers 17h30, lui montant dans la 55-Saint-Laurent vers le Nord et moi, en continuant de marcher d’un pas rapide vers la station Sherbrooke. On s’est serré fort en se disant qu’on avait déjà hâte au lendemain. J’ai attendu que le bus parte avant de continuer ma route. Malgré le froid, j’avais chaud dans tout mon corps. Et si c’était ça, le bonheur?

BELZILE (Élaine), Rimouski, Québec, 1992, ultrasensible, danseuse de ballet à ses heures, elle aime les films d’amour qui font pleurer, les romans fantastiques et les relations amoureuses impossibles.

Rendu au métro, n’ayant pas de plan précis pour la soirée, j’ai texté Hélène pour lui proposer d’aller manger des dimsums dans le quartier chinois, chose qu’elle accepta sans hésitation. Elle m’a proposé de texter Éric, Alex et quelques autres pour que le « party » lève. J’acquiesçai volontiers.

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Restaurant Chinatown Kim Fung, rue Saint-Urbain, 19h30.

– Je sais pas comment expliquer ça, mais ce gars-là me travaille. Din shorts, dans tête, pis dans l’cœur aussi, je dis à Hélène qui est arrivée en même temps que moi, avant les autres.

– Bin là, ce sont des résultats!

– Ouais! C’est comme un tourbillon dans ma tête, ça va vite, mais c’est fun!

– C’est le gars du café, ça?

– Lui-même!

– Rhooooô la la! Dis donc, c’est romantique tout ça!

– Ouais, je trouve aussi. Pis toi, ‘ment ça va?

– Oh moi, tu sais! Y se passe jamais grand chose de ce côté-là. Tu me connais, soit il n’y a rien du tout, soit je m’amourache de garçons qui prennent le meilleur de moi-même et qui disparaissent sans laisser de trace.

– Hélène, come on, je t’ai dit ce que tu devais faire pour que ce soit différent…

– Je sais, je sais, mais c’est pas si simple et tu le sais. Je suis timide. Ça me prend toujours beaucoup trop d’alcool pour simplement envisager l’idée de m’approcher d’un garçon pour lui parler et quand j’ai atteint ce stade, je suis trop saoul pour réussir mon approche.

– Tu dis n’importe quoi! Pis je sais que c’est pas simple, mais si la méthode que tu choisis chaque fois – la même – ne fonctionne pas, change! Y’a que les idiots qui répètent les mêmes choses en espérant un résultat différent!, je lui dis avec un clin d’œil complice.

– Eh oh! Einstein! D’abord, c’est pas les idiots, c’est la folie et ensuite, tu ne peux pas retenir MES citations contre moi! Et puis je sais tout ça! Et je fais des efforts, tu peux pas dire le contraire!, elle me dit fronçant les sourcils.

– C’est vrai! Tu fais des efforts, et ça paraît! Mais c’est pas automatique non plus. Faut  juste pas s’arrêter avant d’être arrivé au pont. Anyway, je te l’ai dit mille fois, tu rencontreras pas quelqu’un dans les craques de ton sofa. Tu vas rencontrer quelqu’un quand tu gloweras in the dark, dedans comme dehors.

– Mais pourquoi des poufiasses réussissent à se mettre en couple en ayant exactement les même issues que moi et moi j’y arrive pas? Hein?!

– Je sais, c’est vrai. Pis je comprends pas toujours pourquoi, mais visiblement, toi, moi, et tant d’autres, ça fonctionne pas comme ça, faut croire. Faque faut faire autrement : te mettre en vitrine, glower in the dark, te faire belle quand tu sors, sourire, croire en toi, faire des choses que t’aimes. Juste foncer. Pis un man’né ça va marcher. Te l’dis!

– C’est le travail de toute une vie!

De la brume dans mes lunettes_extrait #20

Dzzzzit, dzzzzit.

Un texto de Mathieu: Salut, joli garçon! Hâte aussi à dimanche! Tu fais quoi aujourd’hui? 🙂

C’est à ce moment précis que j’ai arrêté de réfléchir.

Moi : Rien de prévu. Je suis au resto et je me remets d’une pas pire cuite. Toi?

Lui : Ahah! Je pensais aller chercher un thé au David’s tea et me rendre jusqu’au Mont-Royal.

Moi : Geeeez! Fâ pas un peu frette pour jouer dehors?

Lui : Oui, mais j’aime bien les marches hivernales en bonne compagnie! 🙂

Moi : Ok! Ça m’tente pour la deuxième partie!

Lui : Excellent! On se rejoint au David’s tea sur Mont-Royal à 13h00?

Moi : YAY! Avec GRAND plaisir! 🙂

J’ai donc accepté, comme ça, à brûle pourpoint, sans réfléchir aux tenants et aboutissants du pourquoi et du comment, une invitation de Mathieu. Je me félicite! Two thumbs up pour ma belle attitude! Parfois, la vie te parle, écoute-la.

David’s tea, avenue Mont-Royal, 13h02

Comme je disais plus tôt, j’ai arrêté de réfléchir il y a quelques heures déjà, je suis donc entré dans la boutique sans analyser quoique ce soit. Il est déjà là, près du comptoir. Il est en train de commander. Cette fois, il porte un manteau noir court Canada Goose sport. Un autre! Misère…J’espère qu’il l’a acheté avant que tout le monde parte en fou. Il lui va bien, cependant. Il a sa grosse écharpe de laine rouge bien enroulée autour du cou et un chapeau noir de style chapka avec de la fourrure à l’intérieur. Il porte le jeans taille basse, semi-ajusté, bleu foncé, mais légèrement délavé. Quel cul! Et quelles jambes! J’avais pas vu ça! J’aime ses bottes aussi, agencée avec le reste : une belle botte noire à mi-chemin entre la botte de travail haute et la botte de combat. Il a du style cet homme. Et ce qu’il est sexy! À côté de lui, avec mon manteau un peu trop petit qui ferme mal, mon écharpe colorée H&M vieille de deux ans et mes bottes brunes que-j’ai-achetées-vite-parce-que-j’en-avais-pas, j’ai l’air ordinaire…

– Bonjour, m’sieur Laporte!, dis-je en m’approchant, tout sourire.

– Bien le bonjour, monsieur Turgeon, le beau garçon.

– Arrête! Toi beau. J’ai l’air de la chienne à Jacques!

– Tut tut tut! C’est moi qui décide aujourd’hui!, dit-il un sourire en coin accompagné d’un clin d’œil moqueur.

– Oui, chef! Qu’est-ce qu’on boit?

– Ça s’appelle « Briller de mille feux », c’est un thé noir avec des cristaux de sucre. Ça goûte le ciel pis la canelle, fait-il avec le même air espiègle. C’est moi qui t’invite!

– Encore?! Mkay! J’accepte, mais demain c’est moi qui invite pour le souper! Hummm, ça sent donbin bon!

– Ça sent Noël. Je trouve ça réconfortant.

– Ouais, c’est vrai. Sensible, va…

Il m’a regardé avec un léger sourire gêné et j’ai cru apercevoir un début d’étoiles dans ses yeux. Il a payé, j’ai remis mon foulard, j’ai zippé mon manteau et on est sorti au grand froid. Je me sens bien malgré le froid, c’est déjà ça.

Il s’est mis à me parler de ce qui le réconforte dans la vie. ll a parlé de Noël dans sa famille, des beaux réveillons animés dont le faste culinaire ostentatoire rendrait jaloux n’importe qui, de son thé préféré, le « Briller de mille feux », qu’il boit en quantité industrielle et qu’il associe à un petit moment de bonheur quotidien. Il était plus volubile que la première fois. Plus volubile, mais toujours aussi posé. Il a l’air d’un bon vivant pas compliqué. C’est rare, tout ça, il me semble.

Toujours est-il que je l’ai beaucoup écouté en posant quelques questions à l’occasion. J’aimais ce que j’entendais. J’aimais l’écouter parler. Sa voix chaude me faisait du bien au cœur pendant que le thé délicieux me réchauffait le corps. On a marché toute l’avenue Mont-Royal jusqu’à à l’avenue Du Parc. Lentement, sans se presser. On a marché dans le parc au pied du mont en longeant la piste de ski de fond. Puis, on a escaladé le grand escalier pour atteindre le sommet, en courant pour la dernière volée. J’ai gagné, on a ri, il était beau. Tout est devenu tout à coup beau et simple. Pas de malaise, pas de silence, pas de rien. Un agréable sentiment de plénitude et d’être au bon endroit, au bon moment, avec la bonne personne. Juste du beau. Le soleil, le froid, la neige, mon kit de chienne à Jacques, le monde autour, même les laids.

Après notre mini course au bout de l’escalier, on s’est arrêté près de la clôture pour regarder la ville puis, il s’est retourné vers moi. Il a pris quelques secondes pour me regarder. Juste moi. Son sourire énervé-post-course est tombé pour faire place à un sourire de contentement. Il a découvert ma bouche de mon foulard, avec délicatesse et précision, et s’est approché lentement. Il m’a embrassé avec toute la douceur et présence possible. Puis, après son doux baiser, il a chuchoté :

– Je suis content de t’voir. Vraiment…

Je n’ai pas répondu, mais j’ai souri, satisfait. Si j’avais eu à dire quelque chose, c’eut été : « Moi aussi. Oooooh! que oui ».

Je l’aurais même crié : « MOI AUSSI! »