Boyfriend material

Me semble que ça fait longtemps que je n’ai pas étalé ma vie privée sur la blogosphère. Ça vous manquait, je sais. Voici, donc.

Le chapitre Paragraphe 3 vient de se terminer. Pas parce que ce n’est pas du boyfriend material, au contraire, il est beau, pis fin, pis drôle, pis attentionné, pis généreux, pis amoureux, pis je crois bien qu’il aurait mis la Terre à l’envers pour me rendre heureux. Exactement comme je ferais pour celui que j’aime. Mais suite à une discussion que j’ai souhaité franche, il a mis un terme à nos ébats parce que je ne suis pas capable de lui donner tout ce qu’il attend de moi. Je rumine des vieilles affaires, encore. Je n’ai pas complété tous mes deuils, je crois. J’ai encore de la colère emmagasinée, on dirait bien. En ce moment, je lui ouvrirais mon cœur pour les mauvaises raisons. J’ai donc dit non, implicitement. Il a dit non, explicitement. Question de timing, qui disent.

C’est dire que j’ai, un peu malgré moi, tiré la plug sur une pas pire belle histoire. Comme un amateur.

Un soir un peu trop arrosé, un bon ami à moi lui a dit que j’étais un peu FOMO ces temps-ci, dans des termes plus affectueux, bien sûr. Effectivement, j’ai en ce moment cette fâcheuse impression d’avoir peur de manquer quelque chose. Quoi ? Je ne sais pas. Pourquoi ? Non plus. Mais je ne reste pas en place deux secondes, j’ai besoin de sortir, de voir du monde, de flirter, de me sentir libre. C’est ça, j’ai besoin de LIBARTÉ. Plus qu’à l’habitude. Comme si j’avais été encabané pendant trop longtemps. Comme si je m’étais un peu trop privé au nom d’une certaine stabilité émotionnelle.

J’ai souvent dit que j’avais trouvé un anxiolitique efficace : le couple. Quand je suis en couple et heureux (cela va de soi), je n’angoisse pas, je dors la nuit, je souris le jour, j’apprécie rester chez nous les fins de semaine. Je suis léger et funné. Je crois qu’en pareille situation, et mon entourage pourra en témoigner, je suis à mon meilleur. Quand je date, je deviens rapidement instable, émotif, exagéré, intolérant, je me réveille la nuit pour ruminer, réfléchir ou paniquer, inutilement.

Maudit câlisse.

Dans la vie en général, mais plus particulièrement en ce moment, j’ai besoin de voir du monde, d’organiser des soupers le vendredi soir, de sortir dans les boites de pédés. Mes amis sont majoritairement gays, je suis gay, je vis gay et c’est comme ça que je me sens bien. C’est donc dire que j’ai besoin de quelqu’un qui va avoir envie de faire les mêmes activités que moi, avec le même monde que moi, au même rythme que moi ou presque. J’aimerais être différent, me satisfaire de peu, être capable de naturellement rester chez moi les fins de semaine, jardiner, tricoter ou jouer à la pétanque avec des amis. J’aimerais vouloir désespérément partir en camping, en voyage de pêche, avoir un chalet pour m’évader tous les fuckin’ weekends de l’année. Je ne suis pas encore rendu là. Je ne me sens pas comme ça. Je préfère les 5 à 7, les partys et rentrer aux petites heures du matin.

Ça me déçoit parfois.

J’ai 35 ans. J’ai l’impression d’en avoir 20. J’agis comme si je n’avais pas vécu et/ou appris. Mes amis me répètent à juste titre que ce serait peut-être le bon moment de prendre une pause, de me retrouver, de me ressourcer, d’être en couple avec moi-même. Genre.

Que faire maintenant ? Rien, je suppose. C’est la meilleure réponse que j’ai trouvée. Rien ou essayer de faire différemment, encore. J’imagine devoir construire un Trump wall entre les autres et moi. Pas par peur d’être blessé, juste pour éviter de rencontrer prématurément et de m’attacher indûment. Du moins temporairement.

En attendant, je vais laisser accrochés les dessins que Paragraphe 3 m’a fait au café. Juste pour me rappeler que c’était l’fun. Pis que j’aurais aimé être à la bonne place, au bon moment.

En deux temps, trois mouvements

Épisode 2783 sur les rapports humains.

J’ai revu le dude du premier paragraphe (réf.: Trois fois passera). Appelons-le affectueusement Paragraphe 1. Il m’a expliqué les raisons de son silence et m’a signifié son envie de me revoir. Il a d’abord oublié notre rendez-vous de « retrouvailles » d’une journée (wink), mais on réussi à setter une autre date. C’était bien. On a jasé de choses et d’autres, simplement. Depuis, on échange régulièrement, amicalement. C’est un bon gars au fond (wink wink).

Paragraphe 2 et moi on continue d’échanger et tout va pour le mieux. Je le trouve funné et j’aime beaucoup sa répartie. Il a plus d’une soirée dans son sac, ça change souvent le mal de place (sourire satisfait).

Sans même avoir lu mon blog, Paragraphe 3 est revenu dans le portrait. Il s’est confondu en excuses, en explications et en « je voudrais te revoir ». Je lui ai donc accordé audience. Je lui ai dit : « qui suis-je, intense x 1000, pour refuser les explications d’un intense x 1 000 000? ». On est allé bruncher, je l’ai écouté, il a remis son train sur les rails après un spectaculaire déraillement, j’ai dit des choses, on a échangé. Il a payé le déjeuner. Gentleman.

Il a perdu beaucoup de points. Il en a gagné plein d’autres. À suivre.

J’ai jamais été indifférent, au fond. J’étais plutôt intéressé, en fait. Mais tout ce branlebas de combat m’a fait un peu peur (no shit). Ça allait vite, c’était intense, ça allait sans doute un peu trop vite et c’était peut-être un peu trop intense. Ralentissons, donc. On va se revoir. Lentement, mais sûrement. À mon rythme et sans contrat. Tant que c’est simple de parts et d’autres, ça ira.

Ce qui m’étonne encore, c’est que je ne m’attendais pas à tant de revirements. Je n’espérais ni les explications de Paragraphe 1 ni le retour de Paragraphe 3. Habituellement, quand je prends le guess d’écrire des platitudes sur mes dates déchues, la suite est rarement positive. Je ne m’attendais à erdjien. Une ex-fréquentation m’avait déjà écrit pour me dire d’arrêter de parler de lui sur mon blog, que notre « histoire » était déjà loin derrière lui et que je devais cesser de l’embêter. J’avais ri. C’est donc qu’il se reconnaissait. Et que ça l’embêtait. J’en avais profité, du haut de ma confiance renouvelée, pour lui répondre que personne ne le forçait à me lire : « c’est à toué les oreilles », je disais.

Mais je peux le comprendre. Qu’on parle de moi en termes plus ou moins élogieux sur un site à 677 abonnés, ça pourrait me gosser. Mais ça signifierait sans doute aussi que j’ai été une p’tite vache à certains égards. Ça, ou que j’ai manqué de maturité. Ou de clarté. Ou de bin des affaires nécessaires à tout humain engageant un contact avec autrui. J’en viens donc à la conclusion que Paragraphe 1, 2 et 3 sont des gens bien et relativement groundés. Le monde et les temps changent.

Pis bonne fête des pères.

Des paillettes de solidarité

C’est un texte que j’ai publié en 2014 pour faire la morale à l’infâme Richard Martineau. Je le reprends aujourd’hui, suite aux événements d’Orlando, pour tous les haters de la Terre.

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Toi, hétéronormatif, tu ne comprends pas l’importance de célébrer la Fierté. Tu trouves qu’on est exagéré, déplacé, exubérant et qu’on devrait juste « être » et faire « comme tout le monde ». Pas besoin d’être fier de quoique ce soit de toute façon ou de se montrer avec des plumes dans l’cul, on a le droit d’adopter des enfants sur « votre » bras, c’est bin assez.

Toi, hétéronormatif, tu rejettes l’idée d’un défilé parce que toi, hétéro normatif, tu n’en as pas, toi, de défilé. Tu prétends ne pas avoir à être fier d’être hétéro et sans histoire. Et s’il fallait qu’on fasse un défilé pour tous les « gens différents », il y en aurait tous les jours. Tsé.

Toi, tu ne te réveilles pas un matin de tes 6 ans avec du désir gros comme la Terre pour un copain du même sexe que toi sans comprendre pourquoi. Tu n’as jamais eu peur d’en parler, toi. Toi, à 6 ans, tu joues avec tes autos miniatures et tu ne penses pas à ça. Au mieux, tu joues au docteur avec ta petite voisine et ça, c’est drôle et mignon pour la majorité des gens.

Toi, tu ne comprends pas ce que c’est de vouloir être « normal » aux yeux de gens comme toi. Tu n’as jamais eu à mentir sur qui tu es intrinsèquement pour avoir l’impression d’être accepté de gens comme toi. Parce qu’être pointé du doigt parce que t’aimes pas les mêmes choses que « tout le monde », tu ne connais pas ça.

Toi, tu ne comprends pas ce que c’est de faire rire de toi par les p’tits cons de ton école. Entouré d’hétéronormatifs, l’enfant « différent », qu’il soit blanc, gay, noir ou jaune, ne fait pas partie de la norme, il est donc risible, cela va de soi.

Toi, tu ne comprends pas ce que c’est d’avoir 16 ans, une blonde pour être « comme tout le monde » et être amoureux de ton meilleur ami. Tu ne sais pas ce que c’est de ne pas pouvoir lui dire parce que ce n’est pas « normal » ou « acceptable ». Les questions que tu peux te poser sur ton orientation sexuelle ne t’empêchent pas de dormir la nuit.

Toi, tu ne comprends pas ce que c’est d’avoir 15, 20 ou 30 ans, d’être un gars (ou une fille) et de devoir annoncer à tes parents que t’aimes quelqu’un du même sexe que toi. Aussi compréhensibles et humains soient-ils. T’as rien à annoncer de spécial sauf, peut-être, que t’as rencontré quelqu’un de bien et ça, pour tes parents, cela va de soi.

Toi, tu ne comprends pas cette peur d’être rejeté par ceux que t’aimes parce que la société te considère comme différent. On ne rejette pas un gars qui présente une fille à sa famille, à ses amis ou à ses collègues. Ou l’inverse.

Toi, tu n’as pas à avoir peur de marcher sur la rue et de tenir la main de la personne que t’aimes. Et toi, tu peux le faire partout dans le monde. C’est normal d’être toi. C’est accepté partout, comme VISA. Moi, pas si loin que ça, je peux me faire jeter d’un resto parce que j’aime un gars. Ou être la cible d’un hater meurtrier juste parce que je suis gay. T’as déjà pensé à ça?

Toi, t’as peut-être oublié qu’il n’y a pas si longtemps, à Montréal, on coffrait des gens parce qu’ils se retrouvaient dans des endroits dits clandestins parce que ce n’était pas légal de vivre comme eux. Ils se cachaient pour être heureux. T’as peut-être oublié aussi qu’ils se faisaient tabasser sans autre raison que leur différence et que leurs bourreaux étaient impunis et parfois même, applaudis.

Toi, tu ne soutiens pas toujours les gens qui font encore parfois les frais de commentaires homophobes, d’humiliation, de licenciement injustifié et de violence. Tu ne réalises pas qu’il y a 72 pays dans le monde où la communauté LGBT n’est pas la bienvenue. Que ces mêmes pays votent des lois pour condamner les homosexuels jusqu’à la peine de mort. Aux États-Unis, encore aujourd’hui, des lois sont votés pour restreindre nos droits et libertés. Toi, as-tu peur d’être tabassé parce que t’es hétéro et « normal »? Tu te souviens des deux jeunes gay iraniens qui ont été pendus par leurs pairs parce qu’ils s’aimaient? C’est ça, tu crois, la vie?

Toi, tu penses que de payer des taxes et d’avoir des avantages fiscaux est suffisant. Toi, tu penses qu’on s’est battus juste pour ça. Mais tu ne comprends pas qu’on s’est avant tout battu pour être respecté et accepté, non pas juste toléré.

On s’est battu pour rester debout.

Un défilé de la fierté, pourquoi? Pour se féliciter du chemin parcouru pour la communauté LGBT ici et à travers le monde. Qu’on le fasse avec exubérance, enrobé de plumes, de paillettes ou les fesses à l’air ne change rien. On est là pour faire du bruit et rappeler que la différence existe. Et c’est beau, la différence. Qui plus est, ça aide parfois quelques âmes en détresse à sortir la tête de l’eau et vivre. Tsé, vivre.

Chaque défilé aussi, on garde une minute de silence en l’honneur de ceux qui sont morts du SIDA et de l’intolérance et pour ceux qui marchent toujours pour leur liberté au péril de leur vie. C’est pour ça qu’année après année, à chaque défilé, lors de la minute de silence, je lèverai le poing afin de signifier que je les soutiens dans leur combat.

On appelle ça la solidarité.

Le 12 juin, au Pulse d’Orlando, la vie était belle. Des gens s’amusaient, dansaient le sourire aux lèvres. Ils ne demandaient rien de plus que d’avoir du gros fun noir avec leurs amis. Rien de plus, rien de moins. Faire « comme tout l’monde », tsé.

Pense à tout ça. Parce que toi, tu n’as peut-être jamais eu à te battre pour exister.

Trois fois passera

Dans les trois derniers mois, j’ai daté trois gars. Commençons par ça.

Le premier, ça s’annonçait super bien. On s’est rencontré dans un bar, on s’est plu tout de suite, genre sourires automatiques, petites étoiles dans les yeux, une envie irrésistible de s’arracher nos vêtements. On s’est revu, en tête-à-tête au resto, chez lui, on avait envie de se revoir, on s’est revu, trois fois, et c’est à ce moment que j’ai dit l’impensable : tu me plais. Ça et quelques autres questionnements que je considère légitimes. MAIS OÙ AVAIS-JE LA TÊTE?! Depuis, plus rien ou presque. Des grenailles d’attention et quelques relances.

Le deuxième, je l’ai connu sur Tinder avant ma résolution. On a tous les deux swipé à droite, on s’est envoyé un premier message pis ça semblait parti pour la gloire. On s’est vu trois fois, chez lui, et c’était vraiment agréable. Cette fois, c’est moi qui ai reculé, je ne le sentais pas, mais je lui ai dit rapidement et avec des mots en séquence cohérente : « je ne souhaite pas m’aventurer sur cette voie avec toi ». Et le traditionnel : « je préfère qu’on reste ami ». Depuis, quand il a été prêt, on s’est revu en amis et j’apprécie ces moments.

Le troisième, je l’ai poké sur Facebook. Bin oui, je fais ça. Il m’a poké back, je lui ai envoyé un message et s’en est suivi un échange enflammé pendant deux semaines. Le gars, à l’extérieur de la ville pendant ce temps, est même revenu plus tôt parce qu’on ne se pouvait plus. Beau, fin, drôle, into me x 1000. Into him x 1000 aussi. On s’est vu pour la première fois vendredi et c’était juste parfait. Malgré son intensité plus aiguisée que la mienne et l’évolution rapide de la « relation », j’ai mis mes quelques issues récurrentes de côté au profit d’une possible chouette histoire.

On s’est revu samedi soir, je rencontrais ses amis (bin oui, vite de même, mais pourquoi pas?!), et je devais repartir avec lui, chez lui. Sauf que, j’étais fatigué et un peu dans ma tête, j’ai donc préféré partir sans lui, chez moi, et éviter des discussions possiblement akwards. Je lui ai dit et il a déchanté sur-le-champ. S’en est suivi – de sa part – un envoi massif de textos plus ou moins agréables à lire et deux appels manqués – je dormais, tsé, j’étais vraiment et réellement fatigué. Faqueeeeee, me suis fait domper hier matin. Bête de même. Je n’étais plus à la hauteur de ses attentes, tout à coup. J’aurais dû rester avec lui, faire comme si tout allait bien et sourire à tous vents. Me sacrifier pour la cause, en quelque sorte. Ça s’est fini hier matin donc, au téléphone. C’est toujours mieux que par textos. Ooooooooh well. Ça m’a rassuré sur un truc : il y a plus intense que moi. Merci, bonsoir.

Étonnement, hier matin, j’étais d’un calme plat. Quoi dire ou faire face à ça? Absolument rien. J’ai donc expérimenté le « lâcher prise » avec succès. C’est dire que devant une situation totalement hors de mon contrôle et démesurément dramatique, je suis encore assez sensé pour me retirer avec grâce et sans trop de séquelle. Je me sens quand même vidé de toute cette intensité, j’ai fait à peu près huit siestes dans la journée, mais je suis fier de ne pas avoir accepter de courir vers l’impossible, tête baissée. Y’a toujours bin des limites!

Ça met donc un terme, pour le moment, à un cycle de dating poche. Aujourd’hui, je dois avouer que j’étais un peu découragé/dégoûté des dernières semaines et de certaines de ces rencontres. C’est comme courir vers des portes grandes ouvertes, mais les recevoir en pleine face au moment d’entrer. Un moment donné, ça gosse.

Conseils du jour :

  1. Si tu dates pis que ça marche pas ou que tu veux pas, aies au moins les couilles de le dire rapidement, avec des mots qui se comprennent et des phrases claires. Sois assez adulte pour ne pas garder l’autre comme un rond de poêle allumé, juste au cas. C’est nul. La personne l’autre bord a possiblement un intérêt pour toi et tu lui donnes espoir pour rien. Répéter au besoin avec patience et un peu de cœur.
  2. Si t’es intense, apprends à te gérer un peu. Ce n’est jamais simple, les émotions sont souvent plus fortes que la raison, mais fais un effort. Au pire, rumine chez vous, parles-en à tes amis, radote, mais ne sois pas pathétique devant lui. Apprend à parler calmement, à tête reposée. Pour l’avoir vécu trop souvent, parler sur le coup de l’émotion ne donne JAMAIS les résultats escomptés. Répéter avec abandon, intelligence et estime de soi.
  3. N’accepte jamais qu’on joue avec toi. Tu vaux plus que ça, tu m’entends?

Comment conclure, maintenant?

Les gars (les filles), on a tous des issues dans la vie. Y’a personne de parfait ni de totalement prêt à se lancer en relation. Même les plus zen de mes amis sont un peu fuckés. Sont juste plus calmes. On a tous un passé, des angoisses, des attentes, des trucs à régler, l’espoir de trouver le bon et le cœur fissuré d’histoires ratées. Y’en aura jamais de facile, maudit câlisse. Être en couple, c’est UN TRAVAIL DE TOUS LES JOURS. C’est pas juste du WOW, c’est aussi des discussions pas l’fun, des ajustements, des compromis, c’est traiter avec un HUMAIN qui a des travers différents des vôtres. Pis après avoir compris ça, c’est essayer d’avancer ensemble dans la même direction. C’est là que la magie s’opère, en principe. Mais pour ça, faut avoir un intérêt d’abord et être prêt à faire des efforts ensuite.

Parce qu’on a rien pour rien dans la vie, tsé.

Neeeeeeeext.

 

Sous le vent

Quand j’ai rédigé mon plan d’affaires, j’ai essayé d’y aller dans le détail : clientèle visée, groupes d’âges, offre de services, secteurs privilégiés, menu, liste de prix, etc. Évidemment, on pense à tout ce qui est prévisible et on tente de prévoir l’impossible. Trente-sept pages de réflexions, de tableaux et de prévisions. Dans tout ce processus de rédaction, une seule chose m’a vraiment échappée : les fucking ressources humaines.

Je n’avais jamais « dirigé » des employés. J’ai eu quelques bénévoles à aiguiller durant deux campagnes électorales, sans plus. Et les collègues sous ma terrible gouverne étaient des gens avec qui je m’entendais déjà bien et qui n’avaient pas vraiment besoin de patron. Un bénévole, de toute façon, c’est de l’or en barre. Ça donne du temps, beaucoup de temps et souvent son cœur pour une cause qui lui est chère. Généralement, donc, tout beigne avec eux, sauf rares exceptions. Mais un employé, c’est pas pareil. Ça échange un travail contre rémunération. Ses attentes ne sont pas les mêmes. Les miennes non plus.

Donc, les ressources humaines. Un joyeux mélange de psychologie de garage, de gestion chaotique d’horaires, d’émotions à apprivoiser, de remplacements d’employés malades, d’égos à gérer et de communication perpétuelle. En tant qu’ex-employé-petite-vache, je n’avais pas réalisé à quel point il pouvait être difficile d’être patron. Je comprends mieux, maintenant.

Je n’étais pas un bon employé. J’avais régulièrement l’air bête (possiblement tous les jours), je grognais à la moindre demande et j’évitais les rencontres d’équipes et/ou les 5@7 de bureau. Je considérais donner suffisamment de mon temps à un travail qui ne me plaisait pas tant pour en partager davantage avec les collègues APRÈS les heures de travail. J’étais pas super fin, je le réalise maintenant. Je ne rendais pas la tâche très à facile à mes patrons.

Tout ça pour dire que j’apprends chaque jour à être le boss. Je dois réfléchir à chacune de mes réactions, ne pas tout dire ce qui me passe par la tête, contrôler mon trop-plein d’émotions, absorber le leur, apprendre à écouter, à ne pas juger, à être compréhensif et continuer à servir les clients avec le sourire. Pas. Tous les jours. Facile.

Dans les deux derniers mois, les ressources humaines ont été tout sauf un long fleuve tranquille. En fait, c’est ce qui gruge le plus clair de notre temps. Un employé qui s’en va pour réaliser son rêve, un autre qui tombe malade une journée et qu’on doit remplacer à pied levé, hangover, avec 3 heures de sommeil dans l’corps, un autre qui quitte pour l’été, des discussions difficiles, répétées, deux congédiements, des entrevues, des embauches, de longues heures de travail. Ça et tant d’autres tâches. Et, je le répète, tout en gardant un sourire affable et sincère pour notre merveilleuse clientèle qui ne mérite que le meilleur. Les joies de l’entreprenariat. Ah!

Les ressources humaines donc, ce n’est pas mon sport préféré.

Et avec tout ça, le congélateur a rendu l’âme, le lave-vaisselle a dû être réparé deux fois dans la même semaine, la machine à glace est capricieuse. J’ai dit à la blague que notre monde s’écroulait un morceau à la fois. Wink. Mais il y a pire (parfois, je me le demande, haha!). Pis maintenant, quand une badluck nous tombe dessus, plus rien ne surprend. Emmènes-en des drames! Mon associée répète que nous sommes des arbres qui plient sous le vent. On plie en esti, pis on se redresse aussi vite. Système D dans l’tapis. Ainsi va la vie.

Les petites épreuves des dernières semaines, autant personnelles que professionnelles, nous rendent plus fort. C’est quétaine, mais vrai. Pis on a de bons employés, malgré tout. Double wink. Ma façon de leur dire merci, c’est de leur laisser le plus de latitude possible et de leur faire confiance. C’est en faisant confiance et en lâchant prise sur certaines variables qu’on est capable de grandes choses. Même au quotidien. Pis ça, pour moi, c’est le plus important.

Le cœur brisé d’étoiles

Je me suis retrouvé hier soir dans un appartement rempli de boites. Des boites de déménagement. Parce que mon ex-couple s’en va aujourd’hui.

Dans la journée d’hier, soumis au hangover d’alcool de la veille, j’ai eu le sentiment d’avoir le cœur brisé, sentiment agrémenté de cette fameuse impression de fin du monde post brosse. Pas uniquement à cause de cette relation qui s’est terminée, puisqu’on est tous les deux conscients qu’on est better off maintenant, mais surtout par le concept de séparation, encore. Ce n’est pas agréable une rupture, même consentante. Ça joue sur les sentiments, l’humeur, la confiance, les certitudes, le contrôle et les limites. Ça brasse bin des affaires pas l’fun.

Sur mes trois longues relations, je n’ai quitté le nid qu’une seule fois. Les deux autres, c’est eux qui sont partis. Ce qui fait que deux fois, je me suis retrouvé dans un appartement à moitié vide, ayant au début de la relation, fait de la place pour leurs choses. Donc, aujourd’hui, dimanche, la chambre sera vide. Genre vide. Ça me rend un peu triste. Ça, pis la brosse à dents en moins.

Par choix, j’ai dormi sur le sofa du salon depuis le jour R. Ça me réconforte dormir sur un sofa. C’est comme si je dormais ailleurs, où tout va relativement bien. J’oublis généralement mes angoisses et autres menus tracas. Je dors étonnement bien, malgré mes grandes jambes et le peu de marge de manœuvre. Et je n’ai pas l’intention d’installer un lit dans la prochaine semaine, au désespoir de ma mère. Dormir sur mon sofa, dans ma petite bulle, sera vraiment salutaire. Quelques jours encore, maman. Pas plus, promis.

Puis, j’ai rencontré un garçon il y a quelques temps. Notre rencontre était remplie d’étoiles, comme dans les films. Et les rencontres suivantes l’ont été tout autant. Puis, de son bord, de moins en moins. Puis, plus rien. Y veut, mais y veut pas. Devant ce foul ball annoncé, j’ai daté un autre garçon, me disant que je n’avais rien à perdre, sans trop réfléchir. Ça s’est bien passé, le gars est beau, fin, intéressant, drôle, mais non, je ne sens rien. Je veux celui qui ne veut pas. Classique.

Tout ça pour dire que j’ai peur du vide. Comme presque tout le monde en fait. Ça signifie que devant un échec, plutôt que de le cuver et d’essayer de devenir une meilleure personne, on passe au suivant, en espérant que le suivant soit celui qui nous permettra de se sentir mieux. They tried to make me go to rehab but I said : « no, no, no ». Mais c’est pas d’même que ça marche. Pour rencontrer quelqu’un, faut être prêt à ouvrir son cœur, à partager, à faire des efforts. Parce qu’être en couple, c’est jamais simple. Faut toujours faire des efforts. Quand on est prêt, on est capable de faire tout ça. Faque, j’entre en rehab.

Même si j’ai fait mon deuil, je ne suis pas tout à fait prêt à m’embarquer dans une nouvelle histoire. Officiellement, je ne veux pas. Officieusement, j’ai un peu envie. Mais j’ai des cossins à régler. Je le vois, je le sens. Même si j’ai envie d’essayer quelque chose avec le dude aux étoiles, ma gestion de crise est juste ridicule : j’insiste, j’espère, j’attends, et je répète, inlassablement. Ridule et/ou pathétique, c’est selon. Ce sont des signes ÉVIDENTS qu’il ne me laisse pas indifférent, mais signes ÉLOQUENTS que je ne suis pas encore rendu là. Si j’étais prêt, je serais un peu plus en contrôle de mes émotions et respectueux de mes limites. Pis je laisserais aller, for good. Advienne que pourra, sti. La vie regorge de dudes aux étoiles prêt à prendre ma balle au bond. Mais je pars toujours du principe que rien n’est impossible. C’est positif, je trouve. Mais ça me force parfois à m’acharner. Un peu. Ou beaucoup. Faque, avec tout ça, j’ai décidé de laisser aller, au nom du bonheur. À suivre, donc.

Cela étant dit, ce soir, c’est le début d’un nouveau chapitre. Celui de la reconstruction. C’est à partir de ce soir que j’aurai tout le temps de revoir mes priorités, de cuver mes peines, d’essayer de rencontrer sans trop m’attacher et de réapprendre à être un célibataire heureux. Juste apprendre à respecter mes limites, c’est un excellent début. Pis à prendre actions quand les signaux d’alarme retentissent.

Genre, style, comme.

Micheline la Conquérante

Hier soir, j’ai assisté au 10e combat sur la langue de bois. Tour à tour, des personnalités tous azimuts ont livré leur impression sur ce qu’est, in two thousand sixteen, la langue de bois. On a entendu des exemples parfois très concrets et d’autres plus métaphoriques.

Puis, il y a eu Micheline Lanctôt.

J’aime cette femme d’amour. J’aime son franc-parler, sa verve, son humour, le timbre de sa voix, sa prestance, son attitude-je-m’en-contrecrisse. C’est une boomer et fière de l’être. Elle a été de tous les combats de société depuis la Révolution tranquille. Je l’admire.

Hier, cependant, elle était fatiguée. Elle a répété qu’elle était fatiguée de se battre, d’espérer, de rêver pour la masse qui elle, s’est mise à genoux. Elle prétend que nous, générations X, Y, Z et la C – la nouvelle – que nous ne rêvons plus, que nous acceptons l’ordre établi, qu’on s’aplaventrit devant l’autorité. Qu’au printemps 2012, on a cogné des casseroles quelques semaines avant que le gouvernement nous fasse peur et qu’on se taise. J’ai pourtant souvenir d’un autre moment beaucoup plus effervescent. Il me semble plutôt que nous ayons manifesté pendant des mois, soir après soir, à coup de 400 000 personnes parfois, contre une injustice en éducation et finalement, contre toutes les injustices. Oui, on a arrêté de faire du bruit, mais on a obtenu un petit gain de cause: on s’est débarrassé du gouvernement en place, du moins temporairement.

Hier donc, elle était fatiguée ET frustrée. C’est un peu lassant.

Effectivement, les libéraux sont revenus au pouvoir, plus forts encore, mais je ne crois pas que ce soit particulièrement la faute des X, Y, Z, et des C.

Est-ce que la tournure du scrutin de 2014 fait de nous des perdants ? Je ne crois pas. Est-ce que nous sommes un peu perdus? Possiblement. Est-ce que nos priorités ont changé ? Assurément. Et d’après vous, ça part d’où? On fait un peu avec ce qu’on nous a légué. Ce n’est pas une excuse, mais un fait. Les boomers qui se sont battus pour sortir de la Grande Noirceur l’ont fait parce que l’avenir devant eux était sombre, voire inexistant, du moins pour une partie de la population, les francophones en l’occurrence.

Ce sont eux qui ont bâti les grandes institutions qu’on connaît aujourd’hui. Ce sont eux qui ont créer la « classe moyenne », l’assurance maladie, la Caisse de dépôt, les CLSC, le réseau des universités du Québec, l’assurance automobile. Ce sont eux qui nous permettent maintenant de vivre plus aisément, plus librement, un peu plus en sécurité et plus instruits. Mais ce sont également eux qui tiennent encore les rênes du pouvoir arrachées jadis aux apôtres de l’Obscurantisme. C’est dire que si les nouvelles générations peinent à prendre leur place, c’est un peu parce que les boomers s’accrochent et laissent peu de place au changement. Les cadres qu’ils ont établis pour obtenir plus de liberté et de contrôle sur leur destinée, sont les mêmes qui nous empêchent un peu de progresser.

En somme, ils se sont battus quand c’était le temps et ils ont gagné. Bravo! Nous en sommes fucking reconnaissants. Le ras-le-bol était généralisé et les circonstances le permettait.

Notre avenir n’est pas sombre. Il est brouillé, mais pas sombre. Les possibilités sont encore endless, c’est déjà une nette progression par rapport à la Révolution tranquille. Cela étant dit, une révolution économique, politique, sociale et culturelle est à nos portes et elle est nécessaire, vitale. Il y a urgence d’y réfléchir, de poser ses assises, et il y a urgence d’agir, mais avec mesure. Parce que le système hérité des boomers est mauditement compliqué à contourner. Certes, nous sommes un peu résignés, léthargiques face aux scandales, à la corruption et à la langue de bois, mais ce n’est pas une question de générations. C’est une question de conjonctures.

Et j’oserais avancer que ce sont les vieux qui sont les plus désabusés. Sont fatigués, tsé.

Le jour où nous pourrons renverser un gouvernement par la rue arrive. On le voit partout dans le monde. Le pouvoir retournera vraisemblablement au peuple dans un futur rapproché. Et encore une fois, ce ne sera pas une question de générations.

Au Québec, en 2016, il n’y a pas de films ni de livres mis à l’index. On peut dire ce qu’on veut, quand on veut, à qui ont veut. On peut s’exprimer sur tous les sujets, sur toutes les tribunes. Les femmes ont le droit de vote, les gays ont le droit de se marier, on reçoit 55 000 immigrants annuellement, on profite d’un rare niveau de droits et de libertés fondamentales, on a accès à une éduction abordable, des soins de santé gratuits, de l’eau potable. Ce pourrait être vraiment mieux, mais c’est loin d’être le Goulag.

Pour ce qui est du rêve, je suis entouré de gens motivés, inspirants, idéalistes. Des entrepreneurs remplis de rêves, j’en connais un char pis une barge.

Par exemple, j’ai une amie qui, à 38 ans, un enfant sur les bras, une maison, et quelques dettes, a quitté son emploi après 15 ans de loyaux et dévoués services pour se lancer dans le vide. Elle rêve de mieux, de plus authentique, de plus stimulant, de vivre selon ses principes, de donner à sa fille des outils qu’elle considère essentiels pour l’avenir. C’est une femme remplie de fougue, d’une énergie contagieuse et d’une passion de la vie démesurément inspirante. Elle ira loin.

Il y a moi aussi. J’ai quitté mon emploi stable et payant il y a un peu plus d’un an pour lancer une entreprise dans un domaine fragile. J’ai pris le risque de vivre selon mes priorités, de faire de ma passion un travail et de me bâtir une vie qui me ressemble. Si ce n’est pas ça rêver, je ne sais pas ce que c’est.

Le monde, ça peut aussi se changer au quotidien, à petite échelle, une action à la fois. Pas besoin d’être un mouvement national et concerté à chaque fois pour que ça en vaille la peine. Il n’y a qu’à regarder les gens tous les jours pour constater qu’il y a présentement une révolution silencieuse qui s’opère. Les gens veulent de la qualité, du bio, payer moins, vivre mieux, avoir de meilleurs horaires, être leur propre patron, aimer leur job et VIVRE le reste du temps. Je crois que c’est ça, notre révolution. Voyez, pas toujours besoin de se taper su’a yeule.

J’ai des amis en politique, en finances, dans des OSBL, en coopération internationale, en droit, en entreprenariat. Chacun à leur façon, ils améliorent leur quotidien, pour eux et leurs proches, un projet à la fois. Ce sont eux qui changeront le monde d’aujourd’hui, avec ou sans Micheline Lanctôt.

Qu’elle soit fatiguée ou pas.

Se parler avec des mots

Y paraît que j’ai traversé les 7 étapes du deuil en environ deux semaines. C’est l’ex, avec qui je crois avoir conserver une belle relation, qui me l’a exposé. Je crois que c’est positif. Ça ne signifie pas que notre relation passée ne me manque jamais, mais ça signifie qu’on devait être rendu là. Cela étant dit, sans le vouloir vraiment, mais s’en vraiment m’en empêcher, je me suis remis sur le marché de la « date ». Ce qui fait que par un certain vendredi soir, je me suis fait beau, j’ai mis trop de parfum et je me suis dirigé vers un bar de taps avec toute la confiance du monde dans les yeux.

Dater en 2016, ça ne marche pas nécessairement de la même manière qu’en 2004. Avec la multiplication des réseaux de rencontres, le monde est devenu paresseux. Parce qu’on va se le dire, dater en ligne, c’est assez paresseux et ça n’engage à strictement rien. T’es assis dans ton salon, tu dis « salut, ça va? » à outrance et tu passes au suivant quand la conversation ne mène nulle part, which means, presque tout le temps. C’est d’autant plus facile que tu risques de ne jamais croiser la personne ou de ne pas la reconnaître dans un lieu public. Win-win.

Ça fait que le monde se parle de moins en moins.

Sauf que je suis un romantique et je pense que beaucoup de mes amis le sont aussi. Rencontrer face à face, c’est TELLEMENT mieux. Oui, faut que tu fasses l’effort de piler sur ta gêne pour engager une conversation, mais c’est vraiment plus constructif que de swiper à gauche ou à droite. C’est aussi le meilleur moment d’apprendre à te vendre, d’être séduisant, d’être authentique avec une touche de magie. Pis en personne, tu peux le/la sentir, le/la voir bouger, entendre sa voix, observer ses mimiques, ses réactions, admirer son sourire. Il y a un véritable échange qui s’opère. Tu ne peux pas faire ça su’ ta machine.

Faque le monde en 2016, ça cruise de moins en moins souvent dans un bar. À moins de rencontrer un ami d’ami, et encore. Pis quand ça cruise en personne et que ça plaît, ça trouve quand même le moyen d’aller voir sur les applications, d’un coup qu’il y aurait mieux. Parce que tout le monde le sait que la planète regorge de possibilités. Je l’ai fait, tu l’as fait, tout le monde le fait. Si ça ne marche pas avec lui, pas grave, mon application super duper va me permettre rapidement de combler le vide. C’est le pouvoir infini du câble.

Où est-ce que je m’en vais avec tout ça? C’est pas super clair, mais toujours est-il que j’ai désinstallé [encore] toutes les applications que j’ai pu installer dans les derniers jours. J’ai swipé dans les deux sens, j’ai envoyé des « salut, ça va? » et j’ai créé une liste de favoris des gars qui me plaisaient. Bin je trouve ça nul. Je me trouve nul. Ça fait ressortir chez moi des émotions désagréables. Ça me met inutilement en mode attente. Ça me fait perdre un temps précieux pour profiter de la vraie vie. Ça génère de l’espoir où il n’y en a que trop peu. Et ça crée aussi beaucoup d’indifférence face à l’engagement, à l’honnêteté et au respect. On ne devrait pas avoir besoin d’une telle police d’assurance. Quand on rencontre quelqu’un qui nous plaît, on devrait, je pense et bien humblement, se concentrer là-dessus un tant soit peu.

Pas nécessaire de fermer toutes ses portes. Pas nécessaire de fermer les yeux sur ce qui se passe autour. Mais laisser les portes ouvertes ne signifie pas non plus continuer à chercher activement une « date » de remplacement, au cas, sur toutes les plateformes de rencontres. C’est éviter l’essentiel, je pense : apprendre à connaître l’autre.

D’un coup qu’il y a mieux ailleurs, tsé. Parce qu’il y a, God knows, indubitablement mieux ailleurs.

Même si c’est rendu un must pour rencontrer, même si c’est « facile », même si tout le monde est là-dessus, je ne veux plus me conformer et je sais que la tâche sera ardue. Je veux formater cette nécessité en moi de vouloir combler le « vide ». Je pense que je préfère rencontrer moins souvent, mais en personne, et je refuse de me sentir comme d’la marde parce que le dude sur Hornet n’a pas répondu à mon approche. Au moins, face à face, quand ça ne clique pas, tu l’sais. Pis tu te sens d’la marde un peu moins longtemps. Neeeeeext.

Le célibat, comme la vie de couple, ce n’est pas toujours simple. Mais je suis persuadé qu’il y a moyen d’en tirer avantage. C’est certainement le meilleur moyen de travailler sur soi et de devenir une meilleure date pour l’avenir. Et qui a dit qu’on ne pouvait pas être heureux seul? Hen, qui?

Appelle ta soeur

Cet après-midi, j’ai texté à ma mère la liste de courses à faire pour le café et pour lui demander une info. Elle m’a répondu que les courses seraient faites demain, qu’elle aurait mon info après avoir récupéré son dossier au travail et qu’il y avait eu un écrasement d’avion aux Iles-de-la-Madeleine faisant sept victimes, dont Jean Lapierre. Pour l’écrasement, je savais. Pour Jean Lapierre aussi. Son texto finissait par : « je suis triste ».

C’est étrange. Je suis triste aussi. On semble tous tristes. Je n’ai qu’à regarder mon fil d’actualité pour le réaliser. D’abord, Jean Lapierre, au-delà de son allégeance politique, était un homme d’une rare intelligence. J’aimais son humour aussi, un humour à la fois gras et fin. Finalement, j’ai toujours admiré son éloquence. Il savait quoi dire et comment le dire. Bref, ça laissera un grand vide dans le paysage médiatique, je trouve.

L’échange de textos avec maman s’est poursuivi :

« Il lui restera une fille. Quelle tristesse. Je suis vraiment triste ».

Et finalement :

« Enfin, essayons de profiter de la vie maintenant. Profitons de chacun de nous xxx »

« Peu importe nos défauts, savourons la vie ensemble ».

Elle a raison sur toute la ligne (les lignes).

Quelle tristesse, d’abord. Une famille presqu’entièrement décimée dans un écrasement d’avion. Pas besoin d’être celle de Jean Lapierre. Pas besoin d’avion. C’est juste triste qu’un événement pareil se produise. Aux Îles, la mère de Jean les attendait pour enterrer son mari. Elle devra maintenant enterrer quatre de ses enfants. Ark. Personne ne peut rester indifférent à ça. Pour elle, le choc sera long à absorber, probablement long comme la route Montréal-Les Îles, à pieds et à la nage, aller-retour, 1000 fois. Triste, douloureux et long.

Ensuite, quel reality check redoutable. Demain, on ne sait pas ce qui arrivera. La vie ou la mort. Ça se résume pas mal à ça. Donc, profitons de la vie. Jour après jour, du mieux qu’on le peut. Et à partir d’aujourd’hui, même si ça aurait dû commencer hier ou avant-hier, dites à ceux que vous aimez que vous les aimez. Souvent. Tout l’temps. Tant qu’il y a de l’amour, il y a la vie et tant qu’il y a la vie, il y a de l’espoir.

Je l’ai répété souvent, j’ai été chanceux. Je suis né dans une bonne famille. J’ai été bien entouré, bien guidé, beaucoup aimé et profusément encouragé. Ma mère m’a souvent répété les phrases plus haut. Genre moult fois. Pis de croire en moi et en mes rêves. Mais on fini par l’oublier, surtout dans les moments plus difficiles. La vie, c’est souvent flou, pis parfois c’est complètement noir, mais y’a une estie de belle lumière au bout du tunnel. Chaque échec est le prélude d’une victoire. Grande ou petite. Presque toujours.

Allons-y avec les moyens du bord. Tous les petits moments de bonheur ou de bonheur-en-devenir comptent. Faisons le plein comme on peut et comme on veut. Un souper au resto, ok. Donner une deuxième chance à un ami, ok. Faire l’amour à son chum, ok. Faire une ride de vélo, ok. Monter dans l’AZUR pour deux stations, oh yeah! Toutes les raisons sont bonnes de se réjouir avant qu’il ne soit trop tard.

J’ai aussi croisé le weekend dernier une ex-collègue en rémission d’un cancer. Depuis cet événement et les récentes opérations, elle a revu ses priorités. Elle s’est revue travailler comme une folle et ne plus compter ses heures. Et oublier l’essentiel. Elle, sa vie, son entourage, ses envies. Elle ne le fera plus. Plus jamais comme avant. Parce qu’elle est passée à deux doigts de la mort. Ça remet certaines choses en perspective. À la fin de notre discussion, on a convenu qu’un projet déposé en retard fera grincer les dents du patron, mais la Terre n’arrêtera pas de tourner. Et personne ne va mourir. C’est toujours bien de se le rappeler.

Donc, en gros, soyons quétaines, mais vrais : n’attendons pas un événement tragique pour vivre. La vie, c’est maintenant.

Sur ce, m’en va appeler ma sœur. Pour lui dire que je l’aime malgré ses défauts. Wink.

Nous serons deux

J’y reviens souvent, je sais. C’est que, you know, la vie est remplie de rebondissements. Et que parfois, la discussion et les « accommodements raisonnables » ne suffisent plus.

Pourquoi écrire tout ça. Je ne sais pas. Ça me fait du bien, je crois.

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Nous voilà de nouveau redevenus deux. Pour le mieux, semble-t-il. C’est ce que nous avons convenu après une âpre discussion et d’autres plus calmes. Pour le mieux, je disais. Malgré tout, malgré la sensibilité de nos échanges, le respect de la démarche et la profonde affection ressentie l’un pour l’autre, le bouleversement est brutal. Ne ne faisons plus un.

Du jour au lendemain, on devient, à toutes fins pratiques, des inconnus. Celui qu’on embrassait tendrement la veille ou contre lequel on se blottissait naturellement la nuit, prend ses distances. Les discussions du quotidien sont légères et désincarnées, on marche un peu sur des œufs déjà cassés, on fait chambre à part. Le sommeil est troublé, certaines réflexions jusque-là endormies se réveillent, l’émotion générale est à la survie, on occupe son temps le plus possible pour éviter de trop penser. Mais un moment de pause et on repense systématiquement aux raisons et aux « qu’est-ce que j’aurais pu faire de différent ». Des jours ça va, d’autres moins. C’est variable, comme le temps. Des jours on pète le feu, le lendemain, on se ramasserait à la petite cuillère. Après la pluie, le beau temps.

Mais les raisons, on les comprend tous les deux. Il y a peu de doute sur le pourquoi du comment. Mais c’est soudain. Comme toujours. Ça fait mal. Comme toujours. Ça anesthésie aussi.

Heureusement, on ne passe pas toutes nos journées à ruminer. Le travail occupe beaucoup. Et après le travail, il y a les séries télé, les amis, les activités. Et la douleur, vive, diminue tout de même un peu de jour en jour.

Le plus difficile, c’est la nuit. Le sommeil déjà léger, il devient quasi absent pendant plusieurs jours, semaines. Et les souvenirs reviennent en force, les beaux moments et les images heureuses qui font que « maintenant » est une étape difficile à traverser. Parce que hé! c’est un peu plus de deux ans de nos vies partagées qui partent momentanément (et temporairement) en fumée. Et c’est à ça qu’on devrait se raccrocher, les beaux moments. Ceux qui nous ont rendu fuckin’ heureux. Mais trop souvent, et à tort, on se rappelle les chicanes, les discussions pénibles, les incompréhensions et le « maintenant » avec les mots qu’on ne partage plus et l’intimité désormais secrète. On « s’enferme » dans nos pièces respectives, on ne se dit plus au revoir le matin ou si peu, on ferme la porte quand on se brosse les dents.

Mais on n’a pas envie de drame. Juste du calme. Exit le maudit drame. Y’a toujours ce profond respect dans l’air et ça se passe plutôt bien dans les circonstances. On se retrousse les manches, on se relève et on continue notre route. Sur deux routes différentes. C’est tout.

Et la différence cette fois-ci, c’est que je n’ai pas le loisir de m’abandonner. J’ai une job dont je suis le héro. Je n’ai pas le choix d’entrer au travail, de sourire et de performer au meilleur de mes capacités. Pas toujours facile, mais valorisant. Et satisfaisant. Le sourire des gens me fait du bien.

Nous savons qu’après la tempête, c’est du gros bonheur sale qui nous attend. Comme on le mérite tous les deux. Et cette fois-ci, l’affection mutuelle sera plus forte que la distance de la décision, je le crois. Parce qu’il me semble que ça devrait être naturel, qu’après autant de temps passé ensemble, après avoir échangé tant de belles choses, tant de mots doux, de sourires complices, qu’on ne s’oublie pas. Il me semble, en tout cas.