Se parler avec des mots

Y paraît que j’ai traversé les 7 étapes du deuil en environ deux semaines. C’est l’ex, avec qui je crois avoir conserver une belle relation, qui me l’a exposé. Je crois que c’est positif. Ça ne signifie pas que notre relation passée ne me manque jamais, mais ça signifie qu’on devait être rendu là. Cela étant dit, sans le vouloir vraiment, mais s’en vraiment m’en empêcher, je me suis remis sur le marché de la « date ». Ce qui fait que par un certain vendredi soir, je me suis fait beau, j’ai mis trop de parfum et je me suis dirigé vers un bar de taps avec toute la confiance du monde dans les yeux.

Dater en 2016, ça ne marche pas nécessairement de la même manière qu’en 2004. Avec la multiplication des réseaux de rencontres, le monde est devenu paresseux. Parce qu’on va se le dire, dater en ligne, c’est assez paresseux et ça n’engage à strictement rien. T’es assis dans ton salon, tu dis « salut, ça va? » à outrance et tu passes au suivant quand la conversation ne mène nulle part, which means, presque tout le temps. C’est d’autant plus facile que tu risques de ne jamais croiser la personne ou de ne pas la reconnaître dans un lieu public. Win-win.

Ça fait que le monde se parle de moins en moins.

Sauf que je suis un romantique et je pense que beaucoup de mes amis le sont aussi. Rencontrer face à face, c’est TELLEMENT mieux. Oui, faut que tu fasses l’effort de piler sur ta gêne pour engager une conversation, mais c’est vraiment plus constructif que de swiper à gauche ou à droite. C’est aussi le meilleur moment d’apprendre à te vendre, d’être séduisant, d’être authentique avec une touche de magie. Pis en personne, tu peux le/la sentir, le/la voir bouger, entendre sa voix, observer ses mimiques, ses réactions, admirer son sourire. Il y a un véritable échange qui s’opère. Tu ne peux pas faire ça su’ ta machine.

Faque le monde en 2016, ça cruise de moins en moins souvent dans un bar. À moins de rencontrer un ami d’ami, et encore. Pis quand ça cruise en personne et que ça plaît, ça trouve quand même le moyen d’aller voir sur les applications, d’un coup qu’il y aurait mieux. Parce que tout le monde le sait que la planète regorge de possibilités. Je l’ai fait, tu l’as fait, tout le monde le fait. Si ça ne marche pas avec lui, pas grave, mon application super duper va me permettre rapidement de combler le vide. C’est le pouvoir infini du câble.

Où est-ce que je m’en vais avec tout ça? C’est pas super clair, mais toujours est-il que j’ai désinstallé [encore] toutes les applications que j’ai pu installer dans les derniers jours. J’ai swipé dans les deux sens, j’ai envoyé des « salut, ça va? » et j’ai créé une liste de favoris des gars qui me plaisaient. Bin je trouve ça nul. Je me trouve nul. Ça fait ressortir chez moi des émotions désagréables. Ça me met inutilement en mode attente. Ça me fait perdre un temps précieux pour profiter de la vraie vie. Ça génère de l’espoir où il n’y en a que trop peu. Et ça crée aussi beaucoup d’indifférence face à l’engagement, à l’honnêteté et au respect. On ne devrait pas avoir besoin d’une telle police d’assurance. Quand on rencontre quelqu’un qui nous plaît, on devrait, je pense et bien humblement, se concentrer là-dessus un tant soit peu.

Pas nécessaire de fermer toutes ses portes. Pas nécessaire de fermer les yeux sur ce qui se passe autour. Mais laisser les portes ouvertes ne signifie pas non plus continuer à chercher activement une « date » de remplacement, au cas, sur toutes les plateformes de rencontres. C’est éviter l’essentiel, je pense : apprendre à connaître l’autre.

D’un coup qu’il y a mieux ailleurs, tsé. Parce qu’il y a, God knows, indubitablement mieux ailleurs.

Même si c’est rendu un must pour rencontrer, même si c’est « facile », même si tout le monde est là-dessus, je ne veux plus me conformer et je sais que la tâche sera ardue. Je veux formater cette nécessité en moi de vouloir combler le « vide ». Je pense que je préfère rencontrer moins souvent, mais en personne, et je refuse de me sentir comme d’la marde parce que le dude sur Hornet n’a pas répondu à mon approche. Au moins, face à face, quand ça ne clique pas, tu l’sais. Pis tu te sens d’la marde un peu moins longtemps. Neeeeeext.

Le célibat, comme la vie de couple, ce n’est pas toujours simple. Mais je suis persuadé qu’il y a moyen d’en tirer avantage. C’est certainement le meilleur moyen de travailler sur soi et de devenir une meilleure date pour l’avenir. Et qui a dit qu’on ne pouvait pas être heureux seul? Hen, qui?

Appelle ta soeur

Cet après-midi, j’ai texté à ma mère la liste de courses à faire pour le café et pour lui demander une info. Elle m’a répondu que les courses seraient faites demain, qu’elle aurait mon info après avoir récupéré son dossier au travail et qu’il y avait eu un écrasement d’avion aux Iles-de-la-Madeleine faisant sept victimes, dont Jean Lapierre. Pour l’écrasement, je savais. Pour Jean Lapierre aussi. Son texto finissait par : « je suis triste ».

C’est étrange. Je suis triste aussi. On semble tous tristes. Je n’ai qu’à regarder mon fil d’actualité pour le réaliser. D’abord, Jean Lapierre, au-delà de son allégeance politique, était un homme d’une rare intelligence. J’aimais son humour aussi, un humour à la fois gras et fin. Finalement, j’ai toujours admiré son éloquence. Il savait quoi dire et comment le dire. Bref, ça laissera un grand vide dans le paysage médiatique, je trouve.

L’échange de textos avec maman s’est poursuivi :

« Il lui restera une fille. Quelle tristesse. Je suis vraiment triste ».

Et finalement :

« Enfin, essayons de profiter de la vie maintenant. Profitons de chacun de nous xxx »

« Peu importe nos défauts, savourons la vie ensemble ».

Elle a raison sur toute la ligne (les lignes).

Quelle tristesse, d’abord. Une famille presqu’entièrement décimée dans un écrasement d’avion. Pas besoin d’être celle de Jean Lapierre. Pas besoin d’avion. C’est juste triste qu’un événement pareil se produise. Aux Îles, la mère de Jean les attendait pour enterrer son mari. Elle devra maintenant enterrer quatre de ses enfants. Ark. Personne ne peut rester indifférent à ça. Pour elle, le choc sera long à absorber, probablement long comme la route Montréal-Les Îles, à pieds et à la nage, aller-retour, 1000 fois. Triste, douloureux et long.

Ensuite, quel reality check redoutable. Demain, on ne sait pas ce qui arrivera. La vie ou la mort. Ça se résume pas mal à ça. Donc, profitons de la vie. Jour après jour, du mieux qu’on le peut. Et à partir d’aujourd’hui, même si ça aurait dû commencer hier ou avant-hier, dites à ceux que vous aimez que vous les aimez. Souvent. Tout l’temps. Tant qu’il y a de l’amour, il y a la vie et tant qu’il y a la vie, il y a de l’espoir.

Je l’ai répété souvent, j’ai été chanceux. Je suis né dans une bonne famille. J’ai été bien entouré, bien guidé, beaucoup aimé et profusément encouragé. Ma mère m’a souvent répété les phrases plus haut. Genre moult fois. Pis de croire en moi et en mes rêves. Mais on fini par l’oublier, surtout dans les moments plus difficiles. La vie, c’est souvent flou, pis parfois c’est complètement noir, mais y’a une estie de belle lumière au bout du tunnel. Chaque échec est le prélude d’une victoire. Grande ou petite. Presque toujours.

Allons-y avec les moyens du bord. Tous les petits moments de bonheur ou de bonheur-en-devenir comptent. Faisons le plein comme on peut et comme on veut. Un souper au resto, ok. Donner une deuxième chance à un ami, ok. Faire l’amour à son chum, ok. Faire une ride de vélo, ok. Monter dans l’AZUR pour deux stations, oh yeah! Toutes les raisons sont bonnes de se réjouir avant qu’il ne soit trop tard.

J’ai aussi croisé le weekend dernier une ex-collègue en rémission d’un cancer. Depuis cet événement et les récentes opérations, elle a revu ses priorités. Elle s’est revue travailler comme une folle et ne plus compter ses heures. Et oublier l’essentiel. Elle, sa vie, son entourage, ses envies. Elle ne le fera plus. Plus jamais comme avant. Parce qu’elle est passée à deux doigts de la mort. Ça remet certaines choses en perspective. À la fin de notre discussion, on a convenu qu’un projet déposé en retard fera grincer les dents du patron, mais la Terre n’arrêtera pas de tourner. Et personne ne va mourir. C’est toujours bien de se le rappeler.

Donc, en gros, soyons quétaines, mais vrais : n’attendons pas un événement tragique pour vivre. La vie, c’est maintenant.

Sur ce, m’en va appeler ma sœur. Pour lui dire que je l’aime malgré ses défauts. Wink.

Nous serons deux

J’y reviens souvent, je sais. C’est que, you know, la vie est remplie de rebondissements. Et que parfois, la discussion et les « accommodements raisonnables » ne suffisent plus.

Pourquoi écrire tout ça. Je ne sais pas. Ça me fait du bien, je crois.

—//—

Nous voilà de nouveau redevenus deux. Pour le mieux, semble-t-il. C’est ce que nous avons convenu après une âpre discussion et d’autres plus calmes. Pour le mieux, je disais. Malgré tout, malgré la sensibilité de nos échanges, le respect de la démarche et la profonde affection ressentie l’un pour l’autre, le bouleversement est brutal. Ne ne faisons plus un.

Du jour au lendemain, on devient, à toutes fins pratiques, des inconnus. Celui qu’on embrassait tendrement la veille ou contre lequel on se blottissait naturellement la nuit, prend ses distances. Les discussions du quotidien sont légères et désincarnées, on marche un peu sur des œufs déjà cassés, on fait chambre à part. Le sommeil est troublé, certaines réflexions jusque-là endormies se réveillent, l’émotion générale est à la survie, on occupe son temps le plus possible pour éviter de trop penser. Mais un moment de pause et on repense systématiquement aux raisons et aux « qu’est-ce que j’aurais pu faire de différent ». Des jours ça va, d’autres moins. C’est variable, comme le temps. Des jours on pète le feu, le lendemain, on se ramasserait à la petite cuillère. Après la pluie, le beau temps.

Mais les raisons, on les comprend tous les deux. Il y a peu de doute sur le pourquoi du comment. Mais c’est soudain. Comme toujours. Ça fait mal. Comme toujours. Ça anesthésie aussi.

Heureusement, on ne passe pas toutes nos journées à ruminer. Le travail occupe beaucoup. Et après le travail, il y a les séries télé, les amis, les activités. Et la douleur, vive, diminue tout de même un peu de jour en jour.

Le plus difficile, c’est la nuit. Le sommeil déjà léger, il devient quasi absent pendant plusieurs jours, semaines. Et les souvenirs reviennent en force, les beaux moments et les images heureuses qui font que « maintenant » est une étape difficile à traverser. Parce que hé! c’est un peu plus de deux ans de nos vies partagées qui partent momentanément (et temporairement) en fumée. Et c’est à ça qu’on devrait se raccrocher, les beaux moments. Ceux qui nous ont rendu fuckin’ heureux. Mais trop souvent, et à tort, on se rappelle les chicanes, les discussions pénibles, les incompréhensions et le « maintenant » avec les mots qu’on ne partage plus et l’intimité désormais secrète. On « s’enferme » dans nos pièces respectives, on ne se dit plus au revoir le matin ou si peu, on ferme la porte quand on se brosse les dents.

Mais on n’a pas envie de drame. Juste du calme. Exit le maudit drame. Y’a toujours ce profond respect dans l’air et ça se passe plutôt bien dans les circonstances. On se retrousse les manches, on se relève et on continue notre route. Sur deux routes différentes. C’est tout.

Et la différence cette fois-ci, c’est que je n’ai pas le loisir de m’abandonner. J’ai une job dont je suis le héro. Je n’ai pas le choix d’entrer au travail, de sourire et de performer au meilleur de mes capacités. Pas toujours facile, mais valorisant. Et satisfaisant. Le sourire des gens me fait du bien.

Nous savons qu’après la tempête, c’est du gros bonheur sale qui nous attend. Comme on le mérite tous les deux. Et cette fois-ci, l’affection mutuelle sera plus forte que la distance de la décision, je le crois. Parce qu’il me semble que ça devrait être naturel, qu’après autant de temps passé ensemble, après avoir échangé tant de belles choses, tant de mots doux, de sourires complices, qu’on ne s’oublie pas. Il me semble, en tout cas.

Aide-toi et le ciel t’aidera

Il y a des moments où, financièrement, ça va moins bien. T’as beau vouloir, essayer, espérer, chercher un autre job, trouver l’idée du siècle, les comptes arrivent à vitesse grand V et l’argent fraîchement accumulée (ou pas) disparaît sans crier « terminus d’autobus ». Souvent et inévitablement, c’est durant cette période qu’il y a plus de comptes à payer et de chèques en circulation que d’argent disponible. Life sucks, parfois.

Et si tu crois que t’es seul dans cette histoire, rassure-toi, il y a toujours une institution bancaire qui pense à toi et qui sera toujours prête à te rappeler gentiment que ta vie, c’est d’la marde.

Cette semaine, un ami m’a dit : « ma paye a été déposée ce matin, mais j’avais pu une cenne dans mon compte depuis deux jours pis y’a un chèque qui est passé ». Si j’avais moi-même dit cette phrase-là, j’aurais ajouté un « câlisse » bien senti.

Pas de fond dans ton compte bancaire correspond presque toujours à la mention «frais effet sans provision ».  Accompagné d’un 45$ qui fait mal dans les circonstances. Une petite note assassine qui te rappelle que c’est pas facile dans tes poches ces temps-ci. Une remarque désespérante qui te ramène gracieusement à l’ordre pour te dire que tu gères mal tes affaires. Ou que tu fais jamais assez d’argent.

On sait tous que quand t’as pas une criss de cenne, t’as quarante-cinq belles piastres à flauber dans l’vide. Le « vide » qui correspond aux poches déjà pleine de ton institution financière qui fait des profits sans nom. Me semble que c’est logique. Attends, il est écrit zéro au bout de la ligne, mais c’est pas suffisant, tu peux aller dans le moins. Un peu plus bas, un peu plus loin. Joie.

Je comprends que le quarante-cinq dollars en question est comme une contravention suffisamment salée pour que tu t’organises et que ça n’arrive plus. Comme un ticket de stationnement. À force de te parker au mauvais endroit et de te faire pogner, tu te stationne ailleurs, où c’est permis. En principe. Et je suppose que plusieurs ont abusé par le passé, « obligeant » les banques à punir plus sévèrement. Mais mettons que ça ne t’arrive pas genre souvent slash genre une fois par année parce que t’as oublié un chèque en circulation et que le destinataire a pris huit mois pour le déposer. Mettons. Ça arrive. Un oubli. Une erreur. Me semble qu’une période de grâce pourrait être de mise. Je dis ça d’même.

Ça nous est tous arrivé à un moment ou à un autre d’oublier un paiement en attente. On ne passe pas nos journées à surveiller nos dépenses. Pas moi, en tout cas. Et chaque fois, on a dû payer le fameux frais. Et chaque fois, ça a fait mal à l’orgueil. Chaque fois encore on nous a dit que c’était automatique, que le système informatique opérait tout seul, comme la volonté du Saint-Esprit. Chaque fois, on a négocié avec notre banque pour qu’elle efface cet accroc à notre cote de crédit parce que hé! sans cote de crédit, on n’existe pas.

Je me souviens avoir déjà essayé de faire entendre raison à la madame de la Caisse : « Madame, c’est pas de votre faute, mais si j’ai déjà pas d’argent pour payer cette facture-là, comment pensez-vous que j’arriverai à finalement la payer avec les frais que vous m’imposez? Comment pensez-vous que je vais me sortir de la marde si chaque fois que j’essaie d’y arriver, vous en rajoutez une couche? Pis Desjardins à part de t’ça, c’est pas supposé être une coopérative qui s’occupe de ses membres? Genre, m’appeler avant pour me demander quand le chèque pourrait être déposé pour éviter cette discussion inutile? GENRE!

Mais non, Desjardins, c’est une banque, comme les autres, et elle s’en criss pas mal de tes bonnes intentions. Le profit avant tout, man.

J’ai d’ailleurs passé toutes mes années de vie adulte à tonner contre Desjardins. De tous mes poumons. Pour l’incompétence avérée de ses « conseillers », pour le changement de cap sous le joug de Monique Leroux, pour le manquement à sa mission première qui est d’aider le petit épargnant, pour avoir détruit l’œuvre d’Alphonse-le-Commandeur, pour ses restructurations sans fin, pour les ristournes fantômes. Pour l’ensemble de son œuvre. Vrai, Desjardins a été assez fine pour me prêter pour mon entrée dans le monde de l’immobilier et pour l’ouverture de mon café, mais jamais sans garantie, jamais avec le sourire pis une petite tape dans l’dos. Mettons que pour la coopération en situation de crise, on repassera.

C’est comme les assurances qu’on paye toute notre vie en cas de vol. Fais toi pas voler, parce que tu devras payer un déductible et chèrement par la suite pour les biens qu’ils te remplaceront.

Tout le monde se sert tout l’temps, partout. C’est ça, le capitalisme. Merci à Bernie d’en faire part au monde entier, même si je crois que toute l’opération demeure utopique.

J’imagine que tout ce beau monde-là, les banques au premier chef, a adhéré à l’adage « aide-toi et le ciel t’aidera ». Parce que ce n’est certainement pas eux qui le feront.

Critique ta vie

Être critique de nos jours, c’est donné à tout le monde. On va au resto, au théâtre ou à un show de musique et, sur le chemin du retour, on peut faire part de nos impressions au monde entier. TripAdvisor, Yelp, Facebook, e tutti quanti.

On l’a lu et entendu à tout vent : à cause des réseaux sociaux, bla, bla, bla. Effectivement, tout le monde peut s’improviser ce qu’il veut quand il veut pour tout et rien. Je l’ai fait, tu l’as fait, tout le monde le fait. Je le fais encore, d’ailleurs. Je blogue.

Il y un an ou deux, j’allais au théâtre compulsivement. J’avais des cossins à régler dans mon for intérieur et le théâtre me permettait de ressentir l’essentiel. À force d’en voir – une vingtaine de pièces en autant de semaines – sans pour autant me déclarer professionnel en la matière, je me suis improvisé critique de théâtre. Selon mes critères, mes impressions, mon feeling. J’essayais de le faire intelligemment et constructivement, mais tsé, tout est sujet à interprétation. Ce qui est bien pour un, ne l’est pas nécessairement pour l’autre. Entre autres, j’ai fait une critique de la première lecture publique du roman d’une connaissance, le tout mis en scène. Un premier pas, disait-il, vers la création d’une pièce de théâtre en bonne et due forme. Il n’a pas aimé mon texte d’opinion et, à l’époque, je ne comprenais pas pourquoi.

Une lecture, à priori, c’est un laboratoire. C’est à ce moment que l’auteur teste des affaires et qu’il jauge la réception du public et le potentiel à moyen terme. C’est comme ça que j’ai vu la chose et j’ai cru ma critique positive malgré la critique, justement. Le truc, c’est que j’aurais dû lui envoyer personnellement, pas la partager avec mes 555 amis. Parce qu’en fait, ce que j’ai risqué de provoquer, c’est un possible désintéressement par quelques personnes de sa pièce en devenir. J’ai fait une critique dont les points « négatifs » risquaient de nuire à l’image de son projet. Pas que je crois avoir tant de lecteurs ni une notoriété whatsoever, mais tout commentaire négatif peut être attrapé au vol par des yeux inexpérimentés et/ou manquant de jugement. Et le mal, il se fait une critique négative à la fois. Demande à Pauline.

Pis parfois, c’est mieux de ne rien dire. Qui suis-je pour m’improviser critique, anyway.

C’est que, depuis l’ouverture du café, j’ai reçu plusieurs commentaires. Surtout positifs, heureusement, mais quelques personnes, deux au demeurant, n’ont pas aimé telle ou telle affaire. Un n’a pas aimé la température de son café ni notre biscuit sandwich, pourtant un must auprès des clients (trop sucré et « vulgaire », selon lui). Il nous a donné 2 étoiles. L’autre n’a pas aimé l’attente un dimanche après-midi beaucoup plus achalandé qu’à l’habitude (genre l’apocalypse) et est même partie sans avoir consommé les cafés commandés. Elle nous a donné 1 étoile.

Oh well. Que dis-je, virgule, OH WELL.

L’attente, généralement, c’est on ne peut plus involontaire. Ça dépend vraiment du nombre de personnes qui arrivent plus ou moins en même temps et qui commandent aussi plus ou moins en même temps. Et même si on met toutes les mains disponibles à la tâche, ça se peut que ce soit plus long qu’à l’habitude. On a juste une machine. Elle fait des cafés 30 secondes à la fois. Ça ne s’excuse pas, mais une personne sensée devrait comprendre ça. Au pire, si c’est trop long, annules ta commande avant de partir, sinon, on a perdu notre temps tous les deux. Et dans les circonstances, me punir ne sert vraiment à rien.

Un café trop chaud, ça se dit à celui qui l’a préparé, sinon c’est toi qui vis un moins bon moment. Le dire à la Terre entière quand il suffit de le mentionner au barista et peut-être l’aider à faire mieux pour toi et tant d’autres, c’est plus constructif. Enfin, il me semble. À moins que tu ne sois là que pour chiâler. Ça se peut, ça aussi. Qui plus est, refuser que le propriétaire de l’entreprise communique avec toi suite à une critique assassine, c’est un peu lâche. Just sayin’.

Faque j’aurais dû envoyer ma critique à l’auteur, c’eût été mieux.

Une critique, c’est bien, c’est même sain. J’en veux des positives et des négatives. J’ai aussi envie que le client qui fera une critique m’en parle aussi de vive-voix. C’est généralement ce qui arrive et tant mieux. Ça aide à progresser. Pis Jésus veut que tu aides ton prochain. Une critique au comptoir, avec le responsable du café trop chaud ou de l’attente interminable, c’est fucking hot, finalement. Parce qu’une critique émanant d’une frustration passagère reste et fait inutilement baisser la moyenne. Pis ça gosse.

Heureusement, je crois que le monde sait se faire sa propre idée et ne se fie que rarement aux critiques et étoiles galvaudées sur la toile. Quoique.

En terminant, j’ai lu un commentaire sur un autre établissement qui m’a laissé un peu pantois. Et j’ai eu envie de dire (crier) ceci :

Si tu trouves ton expérience bin winner dans un café de troisième vague, mais que tu donnes trois étoiles juste parce que t’aimes PAS le café de troisième vague (tu préfères le Van Houtte, tsé), c’est con. Overall, t’as passé un bon moment et c’est un peu tout ce qui compte.

En gros, comme pour tout dans’ vie, prends ton gaz égal pis toute va bien aller.

Mieux vaut être chauve que mal coiffé

Je sors de chez le barbier. Pis je suis pas content. J’ai payé beaucoup trop cher pour une coupe de ch’feux pis de barbe pas à mon goût. Pis je l’ai même tippé. Câlisse.

J’ai le droit d’avoir des exigences. Je n’ai pas beaucoup de ch’feux, mais ça ne signifie pas que je veux qu’on me fasse n’importe quoi. Je veux justement que ça ait l’air de que « quelque chose » malgré qu’ils soient courts et sans réelle coupe. Si je t’explique comment mon ch’feu pousse, écoute-moi, je sais comment mon ch’feu pousse. Je ne te connais pas, tu ne me connais pas non plus, t’es pas mon coiffeur depuis 1000 ans, j’ai besoin de savoir que je peux te faire confiance, faque écoute-moi. Un minimum, me semble.

J’ai une belle barbe aussi, fournie, épaisse et colorée. J’ai aussi envie qu’elle soit bien taillée. Tsé, TAILLÉE, pas juste effleurée de ton clipper pendant une demi-heure. Parce que si tu ne me la tailles pas pour vrai, je devrai dépenser le même montant la semaine prochaine pour la faire tailler pour vrai, pis ça, je ne veux pas. Si je te dis que je n’aime pas telle ou telle affaire, j’ai l’droit, après tout, c’est moi qui paye. Et ton rôle, c’est de me faire ce que je demande. Parce que je ne te connais pas. Ni ton style ni tes compétences. Et que les ch’feux pis la barbe, c’est un sujet sensible, me semble. C’est quand même moi qui va me promener avec ça su’a tête pis dans ‘face.

Si j’ai l’air angoissé, ne fais pas subtilement signe à ton voisin-de-chaise-coiffeur-lui-aussi pour me « rassurer » avec un ton condescendant. No fucking way. Dire quoi faire et ce que tu veux à un coiffeur que tu ne connais pas, même si c’est pas super clair, c’est un droit fondamental. C’est son rôle de comprendre ma demande et de s’exécuter le mieux possible. C’est aussi de vérifier en cours de route si tout va comme souhaité. Je suis peut-être un client exigeant. Mais je pense juste aimer en avoir pour mon argent. Faque prends ton gaz égal, c’est moué qui décide.

J’étais aussi entouré de trois gars. Coiffeurs et clients. Assurément straight. Ça parlait de chicks pis de bars de chicks. J’étais donc minoritaire et en terre étrangère. On était quatre dans un espace gros comme un gosse. Une petite gosse. Faque, en expliquant mes affaires, dans les jambes de tout l’monde, j’ai senti qu’on me prenait pour une princesse. Me suis senti jugé sur mes exigences plutôt simples. Je suis une princesse, certes, mais c’est aussi peut-être parce que je sais ce que je veux et ne veux pas. Et je réclame le droit d’être une princesse en tout temps et surtout quand il s’agit de ma tête. Fin de la discussion.

En fait, ça m’a fait réaliser que j’aime offrir un service impeccable. Enfin, essayer de. Ce que j’ai reçu ce matin, n’était pas du tout un service à la hauteur de quoi que ce soit. Sontaient gentils, mais un brin au-dessus de leurs affaires et surtout pas très attentifs. Je ne considère pas que le client a toujours raison, mais presque. Un client qui vient au café et qui n’aime pas mon café, je jase avec lui, je lui en fait un autre et si ça ne convient toujours pas, je ne le fais pas payer. Mon minimum. Si un client me demande de lui faire un grilled cheese sans fromage, on va jaser aussi, je vais possiblement rouler des yeux sans m’en rendre compte, mais je vais lui faire quand même. Avec le sourire. Parce que j’offre un service qui, je l’espère, sera à la hauteur de ses attentes. Un client qui-veut-avoir-raison, mais qui n’est pas arrogant dans sa démarche est un client qui mérite d’avoir raison. Il me semble.

Bref, j’en ai parlé toute la journée. Genre toute la journée. Ça m’a gossé big time. Pis je n’y retournerai pas. Je suis au moins certain de ça.

Tout est bien qui commence bien

C’était un samedi. On m’avait demandé pour prêter le café pour un tournage. FUCK YEAH! Après La Presse +, La Presse format papier (oui, madame!), Canoë.ca, Montreal Addict et Les Petites Manies, j’ai dit oui sans hésiter! C’était pour une émission de télé sur les transgenres qui sera diffusée sur la chaîne Moi&cie en 2016. Pour plein de raisons, je trouvais que c’était louable de le faire.

On m’avait grosso modo expliqué le concept de l’émission : on arrive avec notre équipe, on film une entrevue avec les deux jeunes et un de leur parent, on consomme, on s’en va. L’affaire allait être ketchup! Ce que je n’avais pas vraiment réalisé, c’est qu’on parlait de jeunes. Des adolescents. 13 et 14 ans. J’ai été touché, genre VRAIMENT touché. Sur le coup, je me suis dit : « c’est jeune pour entreprendre un changement aussi important et radical qu’un changement de sexe ». Je n’avais juste jamais imaginé que ça pouvait se passer à cet âge-là. Vivre le drame d’être dans le mauvais corps, oui, mais entreprendre les démarches sérieuses et irréversibles, non. Les personnes que j’ai vu traverser ce « désert » étaient beaucoup plus âgées…et troublées. Des adultes, majeurs et consentants, mais fucking troublés. Nina Arsenault, par exemple.

D’ailleurs, j’ai assisté à son one-woman show, si on peut l’appeler ainsi. C’était un genre de biographie actée, un combat intérieur extériorisé et mis en scène. C’était troublant de détails, de vérités et de points d’exclamation en caractère gras. Décider, avec les moyens du bord et par tous les moyens, de devenir une femme (on parle ici de chirurgies multiples dans des pays où c’est moins surveillé ou d’injections maison de silicone). Beau. Douloureux. Irréel. Bouleversant. Parce qu’après tout ce récit, on comprend que sa recherche de féminité et son combat intérieur, malgré son statut affirmé de femme nouvelle et sa notoriété, n’aura probablement de fin. Sa vie de garçon, trop longue à ses yeux, aura possiblement diminué le bonheur tant attendu d’être enfin femme. Enfin, c’est ce que j’en ai compris.

Les ados de ce fameux samedi de tournage sont décidés. Audacieusement décidés. Ils sont peut-être malheureux dans leur peau originale, ils ont peut-être broyé du noir à un moment ou à un autre, mais ils sont positifs face à l’avenir. Ils savent qu’ils ont la possibilité de vivre comme ils l’entendent dans peu de temps. Ils veulent être du sexe que leur corps leur dit d’être. Et la solution existe, c’est pratiquement déjà acquis.

D’abord, ils sont nés ici, dans une société libre et démocratique, et pour leurs démarches commencées ou futures, c’est un gros plus. Ils sont chanceux et nous aussi. Nous sommes dans un pays de libertés et c’est une chance énorme. Aussi, ils ont des parents en or : ouverts, attentifs, aimants, compréhensifs, indulgents. Finalement et surtout, ils sont articulés. Ils sont capables de décrire leur état, d’exposer clairement les faits, de parler d’eux ouvertement, de leurs sentiments, de leur parcours, de leurs rêves. Ils sont au courant de la marche à suivre, des répercussions à court et moyen terme et des qu’en-dira-t-on. Inspirant au possible.

J’ai souri, j’ai été ému, j’ai pleuré. J’ai félicité ces jeunes-là pour leur force de caractère et de contribuer, d’une manière bien personnelle, à démystifier la « chose » et de faire avancer la société, une vie à la fois. J’ai remercié les deux mamans présentent pour leur ouverture d’esprit, leur grand cœur et de contribuer, à leur façon, au changement des mentalités. C’est à ce moment que j’ai pleuré. J’ai eu l’impression de vivre un moment unique, de croiser des gens d’exceptions, d’être quelque part de vraiment beau où les problèmes n’existent pas et où tout un chacun peut être qui il est sans complexe. Ça se peut tout ça et ça se passe ici.

Ç’a fait ma journée.

Article : Cinq trans, cinq destins heureux – La Presse

Stop in the name of love

Il n’y a pas de mot pour expliquer ou comprendre quand ça se passe. Peu importe les auteurs, l’endroit, peu importe les raisons, la religion, les revendications, il n’y a rien qui explique un tel débordement. C’est indicible. Paris est en deuil. Le monde aussi.

Pourquoi Paris? Pour le passé colonialiste de la France? Pour l’implication des Français en Syrie et en Irak contre l’État islamique? Pour sa croisade main dans la main avec les États-Unis et la coalition? Oui, peut-être, mais pourquoi Paris encore? Londres, Ottawa, Washington, Canberra y participent aussi activement. Ils ont, eux aussi vous me direz, eu leur lot d’attaques. Il y en a eu aussi en Arabie saoudite, en Jordanie, au Qatar, à Baheïn et aux Émirats arabes unis, eux aussi membres de la coalition. Ne faisons donc pas d’amalgames douteux. Ce n’est PAS un problème « arabe ». C’est un problème d’extrémistes. Et des extrémistes, il y en a partout, en Occident, au Moyen-Orient et ailleurs. À côté de chez vous, peut-être. Mais pourquoi Paris, aussi souvent, aussi sanglant? C’est à n’y rien comprendre. C’est nul. C’est triste et inhumain.

On a vu passer des tonnes de photos de Paris, de drapeaux français, des statuts solidaires, attristés, bouleversés. On a vu passer des « hashtags » de paix, de soutient. On a aussi vu passer #prayforparis. Je vous le dis, je vous le demande, ne priez pas pour Paris. C’est possiblement cette même religion qui entre trop souvent dans nos vies à coup de bombes et de kamikazes. Pensez à Paris, soyez solidaires des Français, offrez votre aide si vous êtes là-bas, mais ne priez pas. Il y a mieux à faire.

J’ai aussi eu vent d’un incendie dans un camp de migrants hier à Calais. Vraiment?! Des migrants qui fuient justement les violences et l’extrémisme? Ils ne comprennent rien, ces ignares et insensibles pyromanes. Ces gens, ces RÉFUGIÉS venus de loin dans la douleur et l’impuissance, ne sont pas plus dangereux que vos voisins, compatriotes de « souche ». Ils le sont probablement moins. Certains diront que les accueillir chez nous nous expose sans doute un peu plus à la colère de l’extrémiste. Peut-être, mais je m’en fous. Je préfère qu’on soutienne la paix, l’amour et l’accueil à la guerre, la haine et la peur. C’est clair?

La ville de Québec (cibole!) a aussi son lot de bêtes conservateurs (dans tous les sens du terme). Cette semaine, on a pu lire une banderole installée au-dessus de l’autoroute Henri-IV qui disait « Réfugiés, non merci ». Bande de caves. Depuis quand on réagit comme ça face à la misère? Depuis quand on ferme nos portes aux plus démunis? Bande de caves x 1000. Le Québec et le Canada sont une terre d’accueil et de paix, point. C’est non négociable. Depuis trop longtemps, le conservatisme de droite et d’extrême droite font mal à nos valeurs. La peur de l’étranger a pris le dessus sur le fucking gros bon sens. Réveille-toi avant qu’il ne soit trop tard et accueille les 25 000 réfugiés Syriens à bras ouverts. Et ce, peu importe les conséquences directes ou indirectes. La peur ne doit JAMAIS gagner. Elle peut être vécue, assimilée, mais pas incapacitante ou récalcitrante. STOP IN THE NAME OF LOVE.

N’ayons pas peur, même si ces actes nous l’inspire. Le président Hollande l’a très bien dit : “ Il y a effectivement de quoi avoir peur, il y a l’effroi, mais il y a face à l’effroi une Nation qui sait se défendre, qui sait mobiliser ses forces, et qui une fois encore saura vaincre […]. ” Soyez forts, Français. Tenez-vous debout pour le meilleur et pour le pire.

Et n’oublions pas, il y a Paris, il y a eu Londres, Ottawa, New York, et tant d’autres en Occident, mais il y a tellement ailleurs, Beyrouth par exemple, aussi sanglant, aussi dramatique, aussi inhumain, tous les jours ou presque. La Palestine, aussi. Ne l’oublions pas. Soyons aussi et autant solidaires, même si on ne les entend pas.

Il y a sans doute une raison à tout ça. Peut-être est-ce l’exportation à outrance de nos « valeurs ». Peut-être est-ce cette recherche incessante de la « paix ». Peut-être est-ce cette recherche de la paix et l’exportation de nos valeurs pour les mauvaises raisons. Peut-être des fous de Dieu, aussi. Des fous tout court, sans aucun doute.

Il y a beaucoup de matières à réflexion. Espérons que les « grands » y verront un signal qu’il faut faire mieux ou différent. Ou qu’il est peut-être déjà trop tard.

Ainsi soit-il

22 septembre 2015.

Ça fait exactement deux semaines que j’ai ouvert la porte de La brume dans mes lunettes. Pis ça va bien. Genre, vraiment bien.

Il y a déjà des gens qui viennent ici tous les jours. Il y a un couple de l’âge de mes parents qui vient souvent et qui demande toujours en entrant « qu’est-ce qu’on mange aujourd’hui? ». Il y a Marie-Josée Longchamps qui passe régulièrement et Émile Proulx Cloutier qui se pose deux trois fois par semaine. J’ai été interviewé par LaPresse+ et Canoe.ca. Mon beau café/salon de thé/la-troisième-pièce-de-ton-salon a fait l’objet de quelques critiques positives sur différents blogues (et une négative, mais le gars boude aussi Myriade!?). Ça fait deux semaines, mais j’ai déjà l’impression que ça fait des mois. Tout le monde a l’air si habitué d’y passer du temps. C’est beau et ça me fait chaud au cœur.

Je suis tellement reconnaissant.

Je ne réalise pas encore que mon emploi m’a quitté le 27 mars dernier. Ça faisait 14 ans que je n’aimais pas mon travail. Mon dernier patron l’a compris : « tu passes aux communications ou tu t’en vas, on va se rendre service à tous les deux ». J’ai essayé les comms pendant un mois, on devait me faire une offre, mais on a tous réalisé que ça ne fonctionnerait pas. Pas motivé, pas intéressé, pas payant, pas ça. J’ai attendu l’offre qui n’est jamais venue pour finalement être mis à pieds. Dans le calme et le respect, avec un gros « fais donc c’que t’aimes dans’ vie ». Il avait maudiment raison.

Mais faire ce qu’on aime, ce n’est pas toujours simple ni possible. Parfois, on fait ce qu’on peut, pour payer les factures, entre autres. J’aurais bien aimé tripper sur ma job de technicien à 30$ de l’heure et accepter de faire le même travail pendant 35 ans, avec le sourire, sans broncher et le sentiment du devoir accompli. Mais je suis exigeant, je veux plus, je veux mieux, je veux un peu de passion. Et malgré tout, mon but professionnel n’est pas tant de faire de l’argent. Je veux juste ne pas trop avoir l’impression de travailler, avoir envie de donner mon 1000% jour après jour, voyager deux trois fois par année sans trop me priver, faire quelque chose qui me stimule, être heureux. Je n’en demande pas tant.

Me voilà donc, cinq mois plus tard dans ma deuxième maison, le premier jour du reste de ma vie. Pis j’aime ça. Je travaille 82 heures par semaine, j’ai le trou d’c*l en d’ssour du bras, mais j’aime ça. Je ne vois pas le temps passer, je vois du beau monde, j’ai des discussions intéressantes avec des inconnus, je dis bonjour à plein de monde, j’ai un cuisinier et un barista formidables, je souris, sti. Simple de même.

J’ai aussi de la chance. J’ai des parents aussi mongols que moi, une conseillère financière qui a du guts et des amis willing (et aidants) en esti. Pis tout ce beau monde-là passe me voir, régulièrement, pour boire un bon café, jaser, flâner dans les fauteuils dépareillés, refaire le monde le temps d’une journée. Sont fins pis je les aime. D’amour.

Faque merci pour ces deux premières semaines fantastiques !

J’ai juste hâte à demain (pis à une petite sieste).

Mettre Paris en bouteille

Ma très chère Paris,

J’ai dû te visiter une bonne dizaine de fois. J’ai de la chance, tu me diras. On peut dire ça, mais j’ai aussi accès à du crédit, merci pour tout.

J’y suis allé pour la première fois au printemps 2002 quand ton économie prenait le virage Euro et que tes caisses enregistreuses montraient encore la conversion en Francs. C’était aussi tout juste après le premier tour de la présidentielle où ton loose cannon préféré, Jean-Marie, passait au second tour. Au même moment, place Nation était investie de milliers de manifestants du FN sous le regard de bronze de Jeanne-D’Arc la conquérante. Je logeais tout près. Ça scandait fort sous ton ciel, Paris. T’étais effervescente. Un peu mélangée, mais effervescente tout de même.

J’étais là aussi l’année dernière quand ton monde marchait pour la Palestine. C’était explosif, mais tellement vivant.

Une bonne dizaine de fois, donc. Je ne compte plus les étampes « entrée » et « sortie » de ton pays dans mon passeport. Fun, n’est-ce pas? 🙂

Chez vous, j’ai testé les toilettes turques, les chiens dans les restos, les escaliers étroits (et certainement non-conformes), les ascenseurs pour une personne, les sixièmes étages à pieds. J’ai logé dans tes combles et dans tes hôtels 2 étoiles. J’ai abondamment utilisé ton vaste métro et j’ai découvert le plaisir de me promener dans tes rues à vélo. La vélib’erté, quoi!

J’ai aussi et malheureusement expérimenté ton humeur de râleuse et tes indications douteuses. J’ai même failli marcher beaucoup trop longtemps de Melun à Versailles après m’être fait indiquer trois directions contradictoires. Tu peux être drôle quand tu veux.

J’ai aussi goûté à ton excellent foie gras, à tes grands vins abordables et à tes fromages frais, plus accessible qu’à la maison. J’ai A-DO-RÉ tes croissants au beurre tout chauds sortis du four, tes délicieux choux à la crème et ton délicat canard confit. Pour certaines affaires, Paris, tu l’as vraiment.

Cela étant dit, je ne sais pas par où commencer, ni comment te le dire sans t’offusquer : j’en ai un peu marre de me faire paumer chaque fois que je pose les pieds chez toi. Tu vois, si ton offre de services était exceptionnelle, je n’aurais aucun problème à remplir tes coffres à la hauteur de mes moyens. Le problème, c’est que tu me vois, moi touriste, comme une vache à lait qu’on peut traire sans relâche et sans considération. Tu ne respectes pas suffisamment celui ou celle qui se déplace souvent à grand frais dans ta Ville Lumière. En 2015, ma belle Paris, le client recherche avant tout de la reconnaissance, sache-le. Ce que tu nous offres à nous, tes 22 millions de visiteurs annuellement, est aléatoire, outrageusement touristique et certainement pas reconnaissant. À moins de vider mes poches et celles de mon voisin, tes frites sont beiges, ton confit est frit, ton tartare est peu goûteux et ton service désincarné. Quand on me dit qu’on mange bien à Paris, je fais les grands yeux. On manGEAIT bien, je dis. T’as perdu de ton luste, un peu.

Cependant, je peux comprendre que ton quotidien se résume souvent à ne servir que des touristes exigeants et inconsidérants. Mais c’est un peu ce que tu inspires. Voici ce que je te propose pour t’améliorer :

  1. Sois attentive quand je te parle. Arrête de me faire répéter. Mon accent est parfait comme il est, je ne parle pas une langue étrangère à la tienne et je ne suis pas drôle. Ris de mon accent et j’imiterai le tien, et vraiment mieux que toi, à part de t’ça.
  2. Ne me parle pas en anglais parce que tu ne me comprends pas, tu le parles plutôt mal et c’est moi qui ne te comprendrai pas.
  3. Lâche ton ton/air condescendant et/ou exaspéré et/ou désintéressé quand je m’adresse à toi, c’est pas gentil. Commence par me donner un service professionnel et tu pourras avoir l’air bête aussi souvent que tu le souhaiteras.
  4. Le Québec connaît autre chose que Céline Dion ou Garou. Ça devient insultant, sérieusement.
  5. Je suis courtois avec toi, toujours, je suis en vacances et heureux d’être là, montre-moi que tu apprécies ma présence et un peu ta vie.
  6. Essaies d’être drôle quand tu fais des blagues. Tes commentaires sur mon accent, mon accoutrement, mon sens de l’orientation ou mes connaissances géographiques ne sont pas de l’humour, c’est ton opinion et ce n’est souvent pas drôle. Travaille là-dessus.

Heureusement, Paris, tu n’es pas la France. Aussi, pour un temps du moins, je pense avoir fait le tour de tes rues sinueuses, de tes monuments majestueux et de tes places grandioses. Je t’aime toujours, tu sais, mais tu vois, la dernière fois, il y a quelques jours déjà, tu m’as demandé de payer 16 € pour une pointe de quiche, une petite salade, un coca et zéro sourire. C’est un snack à 23 piastres, ça.

Faque c’est ça, là.