De la brume dans mes lunettes_extrait #18

On est monté au 2ième vers minuit. Évidemment, la place était au trois quart vide. Le monde sort de plus en plus tard, mais l’heure de fermeture n’a pas changée. Ce qui fait que c’est encore plus difficile d’entrer en contact avec quelqu’un. Le temps manque cruellement pour générer une toute petite étincelle. Anyways, plus personne ne se regarde ou se parle dans les boites de nuit. Plus besoin, puisqu’il y a Grindr (entre autres). Si tu trouves pas ZE ONE en arrivant – genre tu fonces dedans, vous vous regardez avec de l’amour dans les yeux, vous vous frenchez et devenez un couple indestructible instantanément – pas de problème, il y a un logiciel pour toi. Prend ton téléphone intelligent, ta tablette ou ton ordi et cliques, t’es à 2mo de upload/download de fourrer la Terre entière.

Je l’ai encore désinstallé. Ça doit bin faire 20 fois en 20 jours. J’ai développé une relation amour/haine intense avec les logiciels de « rencontres ».

L’affaire, c’est ce que ça t’offre du rêve: l’espoir de trouver quelqu’un pour la nuit (surtout) ou pour la vie (on sait jamais). Ça semble tellement plus simple. Tu navigues dans un catalogue de photos de beaux gars, avec ou sans torse, avec ou sans tête, avec ou sans queue. Y’a de tout, pour tous. Vraiment.

Mais le monde est tellement picky. La fameuse phrase « masculin cherche idem » est devenue un classique de blague et de réalité. Parfois, tu fais de belles rencontres, mais c’est rare x 1000. T’es jugé à ta photo ou à ta première phrase. Pas le temps de niaiser, le gars cherche du divertissement NOW.

Pis quand tu réussis à attirer l’attention d’un gars généralement hors de portée (des muscles, du poils, une gueule de tueur, un sex appeal à la Chris Hemsworth), tu réalises que la discussion ne mène nulle part, même si ton interlocuteur disait aimer la discussion. Faque tu passes au suivant, puis encore au suivant jusqu’à avoir envie de garrocher ta machine sur le mur et t’acheter un chat.

En gros, ça sert à rien. En fait, oui. Ça sert à réaliser que ce n’est pas ça, la vie, que t’as pas nécessairement envie de trouver l’homme de tes rêves dans un catalogue et que tu vaux plus qu’une photo et une description sommaire. Même juste pour du sexe. Tu. Vaux. Plus. Que ça. Tu m’entends?

Faque au final, les gars autour de mon âge qui sortent dans les boites de nuit, c’est pas facile d’approche. Se regarder, flirter, se parler, se désirer, s’apprivoiser ça n’existe pas. Je dois pas être de mon temps ou juste trop sensible. Câlice.

En voyant la salle vide et le même monde que la semaine d’avant j’ai eu une sorte d’épiphanie. Je viens de rencontrer un gars qui semble fantastique et sincère. Veux-tu bin me dire ce que je fais ici? Est-ce que j’ai vraiment envie de jouer la même game que d’habitude et toujours chercher à trouver mieux?

– Veux-tu bin me dire c’qu’on fait ici?, je demande à JF.

– Je sais pas trop, la même chose que d’habitude?

– Boire, danser, boire, p’t’être frencher, p’t’être en ramener un à maison?

– Ça ressemble à ça.

Samedi soir sur la Terre

Samedi soir dernier, j’ai croisé l’ex. Le dernier, cette fois-ci. Je m’attendais à toutes sortes de réactions de ma part, considérant que je ne l’ai croisé qu’une seule fois en 10 mois et qu’à cette occasion, on n’a échangé que quelques mots distants. Samedi, c’était la première fois qu’on se retrouvait vraiment au même endroit et qu’une discussion était envisageable.

Je l’ai vu, mais semble-t-il que lui, non. Il ne m’a pas reconnu, semble-t-il aussi. En fait, on m’a dit qu’il n’était pas certain que c’était moi……..hehum. Peu importe. Pendant tout le processus de reconnaissance visuelle, j’étais assis au bar à profiter du spectacle organisé pour l’anniv’ d’un ami. Lui, l’ex, était assis à quelque pas de moi, hors de mon champ de vision (mais moi dans le sien). Je me sentais bien dans mon intérieur. Pas de tension particulière, pas de malaise non plus. Pas nécessairement envie d’entrer en communication, mais bien dans ma peau. J’étais en contrôle.

Il a fini par venir me saluer. Puis, c’est tout.

Plus tard, Superman et Obi-Wan, deux bon amis, sont venus me rejoindre. C’est à ce moment que le processus de communication s’est enclenché. Superman est bin willing quand il boit. Il perd ses filtres et réchauffe sa gêne. Faque il a dit à l’ex qu’il fallait enterrer la hâche de guerre (ou de peine, c’est selon). Après une longue discussion, l’ex est venu vers moi et m’a offert un verre. J’ai acquiescé, un peu sur mes gardes, tout de même.

Toujours est-il qu’on a jasé. Il a commencé par s’excuser une énième fois de m’avoir fait de la peine. Puis il m’a dit qu’il était content que j’aie rencontré quelqu’un de bien. Il n’en fallait pas plus pour me starter. Je me suis assis confortablement dans mon bulldozer et j’ai commencé à avancer. BIM! BANG! POUF! J’ai gardé mon calme, mais j’ai été ferme. Je lui ai dit ce que j’avais sur le cœur depuis tout ce temps. À visière levée. Je lui ai dit que je regrettais beaucoup. Je lui ai rappelé que quand on prétend aimer, on fait des efforts. Je lui ai donc fait la morale. Sur le coup, ça m’a fait un bien fou. Puis, calmement, sincèrement, il a dit : « je ne regrette rien de ce que j’ai pu te dire ». Ça devait aussi inclure les « je t’aime ».

J’ai terminé mon plaidoyer en lui disant qu’on n’avait sans doute plus rien à se dire.

Bête de même.

Il m’a fait de la peine et j’ai voulu lui en faire aussi. J’ai été maladroit et lui aussi. J’ai été condescendant et lui, excédé. J’ai voulu avoir raison, il a juste voulu être fin. Il n’y avait aucune raison que je mette des bombes en-dssour du char. Je suis heureux, il est heureux. La rupture nous a fait mal, mais elle nous a propulsé ailleurs, dans d’autres cieux différemment agréables, sans aucun doute mieux pour l’un et l’autre.

Je ne regrette pas ce que je lui ai dit. Je regrette seulement de lui avoir dit. Parce que ce n’était pas nécessaire. J’ai mal choisi mon combat. Ça arrive.

J’ai juste voulu avoir raison. Rien d’autre. Avoir raison et me tenir debout. Lui remettre en plein face que j’ai tant espéré/donné/aimé/pleuré pour fuck all. Je sais que c’est lui qui a raison: on est beaucoup mieux l’un sans l’autre/on n’était pas fait pour être ensemble. Ça n’enlève rien à ce qu’on a vécu/senti/aimé/voulu. C’était un beau moment, c’est terminé, on regarde devant, le cœur léger.

Après réflexion, j’aurais plutôt dû m’en tenir à ce que je lui ai déjà écrit : « Merci d’être passé, tu m’as rendu heureux. Merci d’être parti, tu m’as ouvert les yeux. Et merci de m’avoir permis d’avancer un peu plus dans la vie ».

On ne sera sans doute pas de bons amis, mais je n’ai pas envie de le détester.

Je lui ai donc écrit ceci : « On essaiera de faire mieux la prochaine fois qu’on se croise. Et merci pour le shooter 🙂 « .

√ Seen : 12:11 pm.

Ouin. Merci pour le shooter ;o)

 

Critique / Sister Act

Théâtre St-Denis 1 // Jusqu’au 2 août (dans le cadre du festival Juste pour rire)

Je m’attendais à du gros quétaine. Je m’attendais à ce que le jupon dépasse. Je n’espérais pas grand-chose d’une comédie musicale à la sauce québécoise traduite de l’anglais. Le jupon dépasse, c’est quétaine, mais c’est tout de même excellent.

Pas besoin de résumer l’histoire, tout le monde connait Doloris Van Cartier, chanteuse de cabaret, qui se retrouve cachée chez des religieuses à l’abri de son dangereux copain et impresario.

Les décors sont efficaces, les costumes, magnifiques et la mise en scène de Denise Filiatrault, bien rodée. Le jeu de Dayane Ntibarikure, qui incarne Doloris, est très, très moyen, voire mécanique. Le chant n’est guère mieux : sa voix manque de puissance, de justesse et de présence. Dans le rôle de la mère supérieure, Linda Sorgini est irréprochable, autant dans le jeu que dans le chant. Sa voix est très solide, impeccablement juste et extrêmement malléable. France Castel, Dorothée Berryman et Suzanne Champagne, malgré leur rôle léger et comique, ajoutent beaucoup de professionnalisme à l’ensemble. Albane Château, dans le rôle de Sœur Marie Robert, rayonne d’un rare talent dans son numéro solo. D’une extrême justesse et d’une délicate, mais solide intensité, les spectateurs ont eu peine à contenir leurs applaudissements avant la fin de sa prestation (j’en suis). Les mélodies sont accrocheuses, le chœur, envoûtant. On tape du pied allègrement. La pièce est un peu longue cependant (2h30 avec entracte) et certains passages (surtout les gars, dont Normand Brathwaite) mériteraient encore du travail (beaucoup).

Bref, malgré l’inégalité de certains passages, la comédie musicale Sister Act « made in Québec » vaut amplement les 120$ au parterre. À vous plaquer un sourire du début à la fin.

De la brume dans mes lunettes_extrait #17

De proche, il est moins hot, on dirait. Mignon, mais pas à se jeter par terre. Les traits séduisants que je distinguais/convoitais là-bas sont moins définis/attirants ici. Pas que j’étais vraiment loin de l’autre côté du bar, mais avec les lumières tamisées et les effluves d’alcool, on peut embellir de beaucoup la réalité.

Faque c’est ça là, je suis planté devant lui, la main tendue. Il me regarde des pieds à la tête, sans broncher. Puis, rendu au sommet de ma subtile perte de cheveux, il esquisse un léger sourire, une pointe de condescendance dans les yeux. Surtout du désintérêt, je dirais. Comme si le scan tout juste effectué ne passait pas son test. Test de marde, oui. Puis, vient LA question poche de la soirée, avant même toute sympathique entrée en matière :

– T’as quel âge?

Même pas un « salut », là…

– Salut, moi c’est Samuel, j’ai 24 ans! Et toi?

J’ai appris à être poli, moi.

– 39, dit-il sèchement, en regardant ailleurs.

– Ok. Ça m’dérange pas, les gars plus vieux, dis-je peu maladroitement et vraiment pas convaincant. Transparence, je disais.

– Ahah. Bonne soirée!

– Ah bon…

Et le voilà qu’il part avec son verre de bière à moitié vide, le menton légèrement relevé, presque fier d’avoir été une petite vache! Bête de même! Bon. Je ne sais pas si je dois me sentir idiot d’être allé lui parler ou le trouver, lui, complètement nul d’être parti comme ça sans minimalement discuter. Parce que hé! on aurait juste pu jaser de tout et de rien sans attente. Faut croire que lui cherche un truc vraiment précis et que je ne corresponds pas à cette précision. Ça donne l’impression qu’il voulait vérifier si j’allais être assez willing pour faire les premiers pas. J’étais willing. Il a gagné son pari. C’était un risque à prendre. Ça joue un peu sur l’orgueil, quand même. Chose certaine, et une bonne affaire de réglée, c’est pas l’homme de ma vie. Ah!

– On dirait bin que tu t’es fait r’tourner d’bord!, me lance JF en scrutant « l’horizon ».

– Esti oui, pis sèchement à part de d’ça.

– C’est quoi, t’es pas assez beau?

– Non juste pas assez vieux. Y voulait trouver un mari à tout prix, j’cré bin. Exit la discussion légère et amicale. Il est parti, seul dois-je le rappeler, à la conquête de l’homme idéal…et de son âge!

– C’est plaaaaate! Bon, on commande tu d’autre bière pas bonne?

JF et moi avons bu une bonne partie de la soirée. Vers 22h, assez saouls, on a décidé d’aller prendre une pointe de pizza au petit boui-boui en face de la SAQ sur Ste-Cath. C’est là qu’on trouve la meilleure pizza au bacon de l’univers quand t’as trop bu. Pis on est retourné au Sky, les mains graisseuses et le ventre plein.

– Man, on n’apprend pas! Yé juste 11h pis y’a personne!, je dis sans être vraiment contrarié.

– Pis moi qui trippe pas sur le show de drags du vendredi…au moins, l’été, on peut aller passer l’temps sur la terrasse…

– Bon, on va tu voir Tante Gaby pour des shooters?

– OUI!!!, dis JF comme si je venais de lui offrir la Lune.

Et le show ô combien désagréable de drag queens poches commence. Buvons!

Critique / Les ordinateurs

Mission Santa Cruz // Jusqu’à dimanche (dans le cadre du festival Fringe).

Un homme, Louis, sans grande envergure et peu ambitieux, décide de se joindre à un regroupement secret et restreint qui analyse les distorsions cognitives imposées par la société pour éventuellement s’en libérer. Ensemble, lui et les personnages qui ne semblent vivre que dans son ordinateur, entreprennent un programme de déconditionnement radical basé sur des théories à l’emporte-pièce. Le but: agir et penser autrement. Il finit par confondre sa réalité avec ce qui se passe dans son monde virtuel. Le jeu des acteurs (dont Samuel Brassard) est impeccable, la mise en scène est simple, mais efficace. J’aurais évité de donner un faux accent à Sylvain, cependant. L’ensemble est intelligemment réalisé, bien écrit et plaque un sourire au visage du début à la fin.

D’abord, c’est quoi l’amour?

On a commencé ça par un sympathique repas bien arrosé, entouré de gens drôles et agréables. On en a profité pour installer le Magic Mesh qui traînait sur la table. On l’a installé à quatre, en déconnant sur l’inutilité et le mauvais désign de l’objet. Deux installateurs, deux commentateurs. Pis on l’a testé, allégrement, en le traversant comme les stars qui entrent sur scène avec classe et aplomb. Après quelques essais plus ou moins fructueux et quelques déchirures stratégiques, il a fini au fond de ma poubelle. Alléluia. Beau moment.

Faque on a continué à boire et à jaser de tout et de rien. Le verbe léger, le coude aussi. Pis, on a décidé de sortir. Dans une boite de pédés. Parce que c’est, semble-t-il, un endroit où il est « facile » de rencontrer. Un ex m’a déjà dit qu’il ne comprenait pas la fréquence de mes sorties dans le village. Il affirmait qu’il se pointait dans une boite de pédés uniquement quand il avait envie de se trouver une baise (mais pas l’amour), insinuant, à mots à peine couverts, que 1. c’était simple pour lui de trouver et 2. de sortir là régulièrement faisait de moi une personne qui ne cherche que du sexe i.e. une personne de mauvaise vie. Une salope, quoi. Étrange raisonnement.

Pour quelqu’un qui s’y connait en bars gays saura affirmer que 1. trouver une baise (ou autre) n’est pas automatique ni toujours simple (surtout quand t’as un minimum de goût) et 2. qu’on en pense ce que l’on voudra, un bar reste un bar, village ou pas, et des amis s’y rencontrent souvent juste pour prendre un verre et jaser. Oui, oui, ça se peut. Certes, le principe de l’offre et de la demande est omniprésent, mais il est tout à fait possible de sortir dans un bar du village sans se frencher les amygdales ou se faire tâter l’pen.

Cela étant dit, je suis sorti en « célibataire », avec mes amis vraiment célibataires. Rendu là, on a continué à absorber une quantité vraiment pas raisonnable d’alcool, parce que c’est l’fun, ne pas être raisonnable. Et on s’est planté sur la piste de danse en choisissant un spot avec du beau monde, pour tout l’monde (j’ai quand même le droit de regarder, tsé). Mes amis étaient tout sourire et attentifs à la faune autour de nous. Ils avaient avant tout envie d’avoir un peu de plaisir entre amis, mais aussi, peut-être, who knows, de rencontrer un homme pour la nuit, mais surtout pour la vie.

Parce que vient un moment où, après une série d’histoires d’amour poches ou un trop long célibat, tu exiges, avec raison, que ce soit ton tour. T’as peut-être pas 100% confiance en toi, mais t’es une belle personne, t’as une belle personnalité et t’as un shit load d’amour à donner. Mais ça marche pas. Les gens que tu rencontres sont pas prêts, pas dans l’mood, pas rendus là. Ou ça veut juste pas faire d’efforts. T’es beau/belle, t’es magnifique même, mais c’est pas suffisant. C’est JAMAIS suffisant.

Ok, tu vas m’dire qu’il faut apprendre à être heureux avec soi-même et qu’on ne devrait pas avoir besoin des autres. Soit. T’as bin raison. Mais ton affirmation est plate. Je pense que même le plus endurci des aigris des célibataires a besoin d’affection de temps à autre, de plaire, d’être désiré, d’être regardé avec des étoiles dans les yeux. C’est vital, je pense.

Bin, comme à peu près à chaque semaine, ils sont tous rentrés bredouilles, sans même avoir communiqué avec un animal de leur espèce. Rien. Pas d’french, pas d’échange de numéros, pas de zieutage à l’urinoir. Sans doute quelques regards échangés, mais c’est tout. Pourtant, c’est si simple de rencontrer. C’est simple pour qui, déjà?

Des solutions efficaces pour rencontrer, y’en a juste pas. Ça arrive ou ça arrive pas. Ça prend une tonne de facteurs anodins pour que ça arrive, parfois pas. Le hasard, l’alignement des étoiles, la pleine lune, un nouveau t-shirt, une victoire du CH. Pis sont beaux, mes amis. Comme tout le monde, ils ont des issues et un passé à porter, mais sont fucking beaux. Dedans comme dehors. Pis vrais. Faque, c’est simple pour qui, déjà?

La seule chose qu’ils peuvent encore essayer, soir après soir, c’est de foncer. Ne pas hésiter. S’approcher, communiquer, sortir de leur coquille. Ça marchera p’t’être pas, mais au moins, ils auront donné le meilleur d’eux-mêmes, pour eux-mêmes, au monde entier. Pour glower in the dark. Pis ça aussi, c’est beau.

Faque, les lumières se sont allumées pis le DJ a fait tourné la Britney. My loneliness is killing me. Impunément.

Bitch.

De la brume dans mes lunettes_extrait #16

– Bon, bin, j’pense que si je fais pas un move, c’est pas lui qui va le faire…, je dis à JF en fixant intensément le gars de l’autre côté du bar.

Ça me gosse parfois de devoir faire les premiers pas. Parce que c’est pas toujours amusant, ce que ça déclenche en-dedans. Même si je suis toujours prêt à foncer – parce qu’à vaincre sans péril on triomphe sans gloire – ça me rend tout de même nerveux. Systématiquement. À moins d’être vraiment saoul. Meh.

Faque mon corps réagit à mon intention de sauter une clôture-pas-si-haute-que-ça: langue sèche et mains moites. C’est que tu sais jamais ce qui va se passer ou ce sur « quoi » tu vas tomber. L’inconnu, quoi. Le gars qui, de loin, avait l’air super masculin l’est finalement plus ou moins. Et sa voix, que t’imaginais virile vue la quantité de muscles qui ornent son corps, sa chemise ajustée, rouge, à carreaux et sa mâchoire de titan, s’avère être aussi aigüe que celle de la Carey quand elle se prend pour un dauphin – Guiness des records pour the highest note in the history of recorded music, information inutile au demeurant. Évidemment, je ne m’arrête pas juste à ça, mais disons que ce n’est pas ce qui me fait bander le plus. Et comme je disais, je ne suis pas vraiment timide, mais ça me gosse pareil. C’est un peu comme se mettre la tête sur le bûcher en attendant d’être jugé. Parce qu’un fif, c’est un peu ce que ça fait : ça juge. So do I.

Je prends une gorgée de ma bière flat devenue tiède et j’actionne la machine. Un petit frisson de dégoût me traverse le corps en l’avalant. Yak! Je me demande encore pourquoi je continue de boire la bière infecte du Sky…Poor beer for a poor guy.

Comme prévu, je me sens nerveux, comme chaque fois que j’ai un but à atteindre. Surtout un beau but comme celui-là.

Je contourne les tables sur mon chemin, j’esquisse quelques sourires aux jolis messieurs qui croisent mon regard. J’avance fier comme un paon. Lentement. La tête haute, le torse bombé, le sourire plaqué au visage. Subtil, mais évident. Je souris même à ceux que je trouve ordinaires. Je roule les yeux quand ils insistent. Je passe tout près du guichet ATM le long du mur rouge. Je passe devant un tableau moche d’un artiste inconnu qui montre un homme exagérément nu. Du nu pour du nu, c’est moche. Je traverse l’entonnoir de monde entre le bar et le petit escalier. Je m’approche dangereusement de ma sexy proie, l’œil perçant.

Quand je veux attirer l’attention, j’ai le regard insistant, profond, et j’arrive à faire sortir les mots silencieusement par mes gestes confiants. Ça marche 8 fois sur 10.

Il me regarde toujours. Depuis le début en fait, attentif. Je lui lance quelques regards intéressés et indicateurs de mon approche. Je transpire d’intérêt, enfin, j’essaie. Je suis un prédateur, je crois. C’est moi le prédateur qui fonce droit sur sa proie pour en faire sa victime. Mais je suis un prédateur doux parce qu’après les présentations, c’est moi qui devient victime. Je fond sous les regards tendres, je frissonne à l’écoute d’une voix chaleureuse, je perds mes moyens quand des lèvres touchent les miennes. Fille. Facile.

Me voilà devant mon but. « Planté » devant lui. Je tends ma main moite et je me présente, fier de ma shot.

Le vent dans tes cheveux blonds

J’ai envie d’écrire au « je ». Paraît que c’est pas beau, écrire au « je ». C’est pour ça que je vais le faire. BOOM!

—//—

Depuis aussi longtemps que je me souvienne, on m’a allègrement répété que j’étais intense. Trop sensible, trop émotif, trop draaaaama, trop exagéré. Juste trop. Il y en a même qui sont partis en me le disant (ou en le criant, c’est selon). Je. Suis. Too. Much. Ouin. Mettons que j’aurais pu apprendre à doser. Malheureusement (ou heureusement, ça dépend), il n’y a que le temps et les expériences pour nous l’apprendre. Depuis, je dose. Parfois.

Je suis comme ça : constitué intensément. Sans doute dû à mes parents, au milieu où j’ai grandi, à l’éducation que j’ai reçue. Ou à un échange de chromosomes funkys. Peu importe, c’est moi, ça.

Quand j’ai eu envie de lui dire que je l’aimais, je l’ai fait. Quand j’ai eu envie de lui écrire que j’avais de la peine, je l’ai fait. Contre les avis et les conseils de tous mes amis. Je l’ai fait. Avec le plus de mots possibles. De beaux mots réfléchis dans des phrases bien construites. Souvent sur plusieurs pages. Des romans-fleuves. Parce que, sur le moment, je pensais que c’était la meilleure chose à faire pour moi. Parce que j’avais besoin de m’exprimer. Parce que j’avais un indescriptible besoin d’être entendu et compris. Pour recommencer à respirer, pour réapprendre à dormir, pour arrêter de perdre mes ch’feux.

Je ne regrette rien. Pas un seul mot.

Certains diront que j’ai été over drama et que j’ai juste vomis mes émotions indistinctement, à tout vent. Ça, c’est ceux qui sont partis. D’autres diront que j’ai bien fait, que j’ai été honnête avec moi et les autres et que c’est une qualité admirable. Ça, c’est ceux qui sont restés.

Au fond, les gens peuvent bien dire ce qu’ils veulent. Parce que j’ai que rarement regretté mon intensité. Parce qu’elle a toujours été employée dans le but de comprendre l’incompréhensible. Parce qu’elle m’a entre autre permis d’être là où je suis maintenant, d’être la personne que j’ai choisi d’être et d’être entouré de toutes ces belles personnes généreuses et sincères. C’est ce que je veux après tout, être authentique et entouré de belles personnes généreuses et sincères.

Bin oui, je m’enfarge souvent dans les fleurs du tapis, mais ça permet souvent de constater l’éclat des couleurs et la qualité du tissage. Bin oui, ça me prend du temps à passer au travers de certaines épreuves. Pis? Hen, pis? J’ai souvent répété à un ami qui a pris beaucoup de temps à se remettre d’une rupture: « tu peux m’en parler aussi souvent que tu veux, tu passeras à autre chose quand tu seras prêt ». C’est ça, pour moi, un ami. Pis c’est ça, pour moi, la vie.

Faque, j’ai souvent eu peur de montrer ma vraie personnalité. Parce que je suis intense, explosif, sensible, fou-mongol! Une belle folie, parzemple. Mais ça fait peur au monde, ça. Ça surprend, ça choque, ça confronte, parfois. Pis y font quoi quand ils ont peur, les gens? Ils se sauvent. Pis quand t’aimes la personne qui se sauve, ça fait mal.

Paraît que quand on s’assume pleinement, les gens n’ont pas le choix d’accepter. Je pense bien que ce soit vrai. Man, si ça te plaît pas, pars! Mais le secret du succès, je pense, demeure tout de même le relatif équilibre. Rien ne sert de courir, mieux vaut partir à point.

Il y a donc quelques personnes que j’ai beaucoup aimées et qui sont parties en courant. Dans toutes les directions. Partout où je n’étais pas. Meh.

Cé ça quié ça. Tant pis pour eux.

Ce matin, j’ai eu envie de dire ceci: « Il y a de ces frontières de la vie qui découragent, mais surtout, il y a de ceux qui nous donnent la volonté de les dépasser, de s’arrêter de l’autre côté et de réaliser que la peur n’existe plus ». C’est mon beau chum qui me l’a indirectement inspirée. Un soir, un peu saoul, très amoureux, il m’a demandé de lui promettre de ne jamais changer. Me suis mis à pleurer. Parce que pour la première fois, l’homme qui partage mes moments me donnait le droit d’être qui je suis. Avec ou sans lui. Sans avoir peur. Sans menace de disparaître. Sans sous-entendu. Be it, sti. Beau, grand, intense, funné. Toute. Ça, ça veut dire que ça peut plaire, du monde comme moi.

Faque, je n’ai plus peur.

Sti qu’c’est beau, c’est beau la vie.

De la brume dans mes lunettes_extrait #15

C’est maman qui téléphone.

– Alloooooooooooo!, oui, oui, je réponds.

– Salut, fiston! T’appelles pas souvent ta vieille mère…, elle dit TOUJOURS ça.

– Non, en effet, mais tu sais bien que je suis full occupé avec l’école, le travail et les hommes. Mais je t’aaaaaaime!

– Bin oui! Je l’sais bien! Bon, tu viens souper dimanche? Ta sœur va être là aussi.

– Hum, non, peux pas, j’ai déjà quelque chose.

– Bon. On va se passer de toi…encore! Fais moi signe si t’as envie qu’on lunch cette semaine.

– Oh oui! Ce serait bien. Suis libre mardi. On se texte plus tard, ok?

– Oui, oui, on se texte. Salut, mon fils. Sois prudent et bois pas trop!

– Bin non! Babaille!

Ma mère me texte, oui, oui. Et ma mère m’appelle souvent à de drôles de moments, comme le vendredi soir. Souvent, elle m’appelle plusieurs fois par jour. Elle doit s’ennuyer. C’est ce que ma sœur et moi en avons conclu.

L’important dans tout ça, c’est que malgré la conversation avec mom, je n’ai pas cessé de regarder le beau garçon de l’autre côté du bar. Par chance, il m’a aussi regardé et m’a lancé quelques sourires intéressés auxquels j’ai répondu, en souriant également, l’air timide. « L’air timide », ça plaît beaucoup. Je dois l’être un peu, mais ça ne paraît pas souvent. Je préfère foncer que de m’enfoncer dans une passagère timidité. Je n’ai donc pas souvent l’air timide. Et c’est tant mieux.

Bon, je fais quoi, là? Je vais lui parler ou pas?

– Yo! JF, tu penses quoi du dude en face?

– Mouin, pas laid. Tu m’as pas dit que t’avais daté un gars cette semaine?, une pointe de jugement dans le regard.

– Oui, oui, mais paraît qu’il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier…?, je dis à JF avec des yeux interrogateurs.

– Je te le confirme! Anyways, vous vous êtes vus juste une fois, tu peux bin continuer à butiner.

Je ne sais pas si son intervention est judicieuse, mais elle ne me laisse pas indifférent. C’est vrai, après tout. On ne s’est vu qu’une fois, Mathieu et moi. Et si je rencontrais l’homme de ma vie ce soir et que je m’empêchais à cause d’un dude que je n’ai vu qu’une seule fois? Et si je réalisais, suite à la deuxième date, que Mathieu ne m’attire pas tant que ça finalement? Et si je réalisais qu’il baise mal ou qu’on n’est pas compatible? Mieux vaut ne fermer aucune porte et m’ouvrir aux chances qui pourraient s’offrir à moi.

J’ai la FOMO.

Fear of missing out.

De la brume dans mes lunettes_extrait #14

Comme prévu, c’est vendredi et qu’est-ce qu’on fait le vendredi? On sort! Comme je disais, généralement je retrouve les potes, on mate les beaux garçons et on se saoule jusqu’à pas d’heure! La routine, quoi. Ce soir, c’est Jean-François qui m’a texté en premier:

– Salut pitchounette! 😀

– Salut poulet! 🙂

– Vous allez bien?

– Oh! Oui! Et vous?

– Je vais, je vais. Quels sont nos plans ce soir?

– J’en ai pas encore. On va prendre une pinte ou douze au Sky?

– Parfait! 18h?

– J’y serai! 🙂

– À toute! 🙂

JF, c’est mon chum de sortie. Pas qu’on n’a pas d’autres points en commun, mais on se voit d’abord et avant tout les soirs de sortie. On forme un bon team de broue, en tout cas. On observe tous les garçons qui passent, on les jugent, on les envie, on rit d’eux, on bave, on roule souvent les yeux au ciel, mais aussi, parfois, on se parle de nos vies, où on est rendu, quelles sont nos dernières conquêtes, pourquoi ça ne fonctionne pas, ce qu’on recherche dans la vie. Bref, je l’aime bien. Je pense qu’il m’aime bien aussi, mais il n’est pas du genre à étaler ses émotions. JF, c’est du genre indifférent/indépendant, mais je sais qu’au fond, c’est un sensible, c’est juste qu’il préfère ne pas le montrer. Moi c’est l’inverse, je le montre trop. On doit s’équilibrer, je suppose. Bref, je rejoins JF au 5 @ 7 le plus meat market en ville!

Complexe Sky, 18h03.

– Me semble qu’on est toujours déçu quand on vient ici. Y’a juste des vieux bedonnants trop bronzés et ridés qui n’ont jamais réussi à se matcher…, je dis à JF en arrivant près de lui.

– C’est pas comme si on était pas habitué, répond JF, l’air détaché. Pis en plus, c’est deux pour un sur l’alcool, dois-je te le rappeler. On est des étudiants petits salariés pauvres, si je puis me permettre.

– Bin trop vrai! C’que j’peux être sotte!

Je commande une Labatt Bleue en fût, flat, et ça vient dans deux verres. Joie! JF prend un Bloody Ceasar, encore. Et on boit. Entre temps, je spot un joli garçon de l’autre côté du bar qui se démarque de la foule du troisième âge par sa jeune gueule de tueur. Grand, barbu, masculin. Je suis assez flirty dans la vie. J’aime flirter. Je vois un beau gars et je le regarde, beaucoup. On ne me connait pas très subtil. En fait oui, je suis subtil dans l’approche, mais pas dans le geste. Quand je regarde un dude, c’est aussi subtil qu’un camion de vidanges dans une ruelle. Donc, je lui jette un regard de feu qu’il ne peut pas ne pas remarquer.

Ça vibre dans ma poche.