De la brume dans mes lunettes_extrait #8

– On va pas faire trop de bruit parce que j’ai 3 colocs, ok?

– Préfères-tu qu’on aille chez moi?

– Non, ils savent que je suis gay et sont bin fins, même s’ils sont straights et un peu douches. Pis on est déjà rendu. J’ai vraiment envie de passer la nuit avec toi.

– Ça tombe bien, moi aussi.

On a monté l’escalier qui menait à l’appartement. J’ai ouvert la porte qui grince et on est entré avec une bourrasque de vent froid. On a essayé de faire le moins de bruit possible, malgré les planchers qui craquent et nos chuchotements. Les colocs étaient déjà couchés et l’appartement était plongé dans l’obscurité presque totale. Ça sentait un peu le pot. Ce sont des poteux, mes colocs. Et ils fument partout : dans leur chambre, sur la rue, au salon, sous la douche. Il n’y a pas de limite à leur consommation.

On a accroché nos manteaux sur les crochets de l’entrée, par-dessus la montagne de manteaux déjà empilés. On s’est dirigé vers ma chambre sur la pointe des pieds, en tâtant les murs d’une main et en se tenant par la main de l’autre. Je n’ai pas voulu allumer le plafonnier de mauvais goût de la chambre pour ne pas qu’il remarque le bordel monumental ambiant. Je ne fais pas souvent mon lit et j’ai tendance à empiler mes vêtements propres dans un coin de la chambre. J’ai un panier pour les sales, par contre. Et y’a jamais personne qui vient ici de toute façon, à quoi bon ranger. Mais malgré le foutoir, ma chambre est toujours « propre ». Je passe l’aspirateur compulsivement, je lave le plancher fréquemment et je change les draps une fois par semaine. Et si je compare avec le reste de l’appart, ma chambre est un exemple de propreté. Appelez-moi madame Blancheville! Pis il n’y a jamais de petites graines au pied de mon lit. C’est bin important, ça.

Je me suis cogné le tibia sur le bord du lit en me rendant à une lampe d’appoint accrochée à ma tête de lit. Impossible de la « dimmer » par contre, mais en la positionnant à 15 degrés par rapport au sol, vers le mur, ça donne une ambiance pas trop intense, pas trop tamisée. Juste assez pour qu’on se voit bien.

Je lui ai offert de prendre une douche. Chacun notre tour. Je ne voulais pas lui proposer une douche à deux tout de suite, j’étais quand même un peu gêné et me semble que c’est plutôt intense après seulement quelques frenchs. Je l’ai accompagné jusqu’à la salle de bain pour d’abord lui montrer le chemin et ensuite, lui expliquer le fonctionnement de la douche qui fonctionne toujours un peu mal. Je lui ai aussi sorti une serviette, une grande serviette douce et confortable qui sent bon. Une des miennes en fait, que je ne prête qu’à de rares occasions. Je lui ai aussi tendu une brosse à dents neuve, comme celles qu’on reçoit après une visite chez le dentiste. Encore dans l’emballage. Je suis sorti un peu gêné encore et je suis allé l’attendre dans la chambre.

Il a fait ça vite, genre assez vite. Pendant que j’attendais, j’ai eu le temps d’enlever mes pantalons, mon t-shirt et mes bas. J’ai gardé mes bobettes. J’ai pouche-pouché mon lit de mon parfum, parce qu’il sent bon mon parfum. On me dit toujours que je sens bon. Ou bonne, entre fifs. Je l’ai entendu sortir de la salle de bain parce que la porte frotte sur le cadre. Il a parcouru le long corridor bruyant qui mène à la chambre. Il craque comme une vieille maison craque. Il est entré dans la chambre en sous-vêtement avec ses vêtements en motton dans une main et sa serviette humide de l’autre. Il était beau. En esti, même.

Je me suis rendu à la salle de bain à mon tour pour me doucher à la vitesse de l’éclair tout en m’attardant aux zones névralgiques : les fesses, les t’ssours de bras et le sexe. Juste au cas. Je ne voulais présumer de rien, mais une bouche sur un pénis est si vite arrivée! C’est mieux qu’il soit propre. Je me suis brossé les dents aussi et gargarisé avec du Listerine. Je voulais que ce soit presque parfait, qu’on soit beau et propre dans nos bobettes.

De la brume dans mes lunettes_extrait #7

La discussion s’est poursuivie pendant quelques bières et quelques heures. On a abordé tous les sujets possibles : le couple, les échecs amoureux, le travail, l’amour à deux, à trois, nos rêves, l’amitié, le quotidien. Il me parlait calmement, mais avec conviction, authenticité et franchise. Il se donnait à fond, en tout cas. Toute visière levée. Il avait vraiment envie d’être là, je pense. Et plus les verres vides s’accumulaient, plus ses mains se rapprochaient des miennes. Comme dans les chick flicks quétaines. Puis, dans un énième moment de silence agréable, il a pris mes mains entre les siennes, les serrant doucement. Ses mains étaient moites, mais douces, chaudes aussi. De belles mains d’homme, des longs doigts solides. Les ongles propres aussi. J’aime ça un gars avec les ongles propres. Et là, il m’a souri et m’a demandé s’il pouvait m’embrasser.

– Est-ce que je peux t’embrasser?, demande Mathieu gêné.

J’ai du réfléchir un gros 3 secondes. Je me suis semi levé sans parler et je me suis approché de lui. J’ai posé mes lèvres sur les siennes. Pas longtemps, juste un peu. Juste le temps de sentir ses douces lèvres bien collées aux miennes. Juste assez longtemps pour que les gens aux tables avoisinantes se retournent un peu, surpris de voir deux dudes se toucher. Même pas de langue, juste nos lèvres. Sont douces, ses lèvres. J’avais hâte à ce moment. Je l’attendais depuis quelques heures déjà.

Mathieu a fait signe à la serveuse, a demandé la facture (une seule!) et on s’est dirigé vers la caisse. Il a tout payé. « It’s on me », qu’il a dit. On s’est emmitouflé dans nos manteaux et articles d’hiver divers et on est sorti au grand froid, de la boucane de condensation plein la bouche. Il s’est retourné vers moi visiblement pour me dire quelque chose, mais j’ai mis mon doigt de mitaine de laine sur ses lèvres pour l’empêcher de parler. Je savais ce qu’il voulait dire. Et j’avais envie de la même chose. Je l’ai pris par la main et je l’ai trainé jusqu’au coin de la rue. Et là, j’ai callé un taxi. Pour lui et moi.

C’est une voiture grise qui s’est arrêtée. Je ne me souviens plus de la marque, mais c’était un format moyen, assez récent. Une Camry, peut-être. J’ai ouvert la porte :

– Vous prenez les cartes?, demande Samuel au chauffeur.

– VISA seulement, rétorque le chauffeur avec un accent antillais évident.

– Parfait!

On est monté dans le taxi. Tous les deux. Fébriles. Dans la voiture, ça jouait de la musique. De la grosse musique créole rythmée, quoi d’autre. Voyant qu’on était deux gars et qu’on avait un peu trop de proximité, le chauffeur a étrangement décidé de monter le volume pour nous enterrer. Assez fort pour alimenter une discothèque, mettons. Je me suis donc empressé de lui tapoter l’épaule pour lui demander gentiment, mais fermement de diminuer le son à un niveau décent. Et là, il s’est mis à parler :

– Êtes-vous des amis?, demande le chauffeur tout bonnement.

Mathieu me regarde, dubitatif.

– Lui, c’est ma date!, répond Samuel.

Le chauffeur nous regarde par le rétroviseur, perplexe.

– Le beau garçon à ma gauche m’a invité à prendre un verre, rajoute Samuel, fièrement.

– Je ne comprends pas, rétorque le chauffeur.

– Bin, on est gay là…, répond Samuel.

Le chauffeur nous regarde par le rétroviseur avec de grands yeux qui semblent vouloir lui sortir de la tête. Il s’arrête subitement, se met sur le « P » et se retourne :

– Attendez…vous déconnez pas, là?, s’insurge le chauffeur.

– Bin non, on déconne pas, ça existe!, répond fermement Samuel.

– Vous n’avez jamais vu ça?, demande Mathieu.

– Non, vous êtes les premiers, répond le chauffeur, un peu désemparé.

– Et qu’est-de que vous pensez de la chose?, demande Samuel.

– Ah non. Je ne comprends pas, là. Dans mon pays, ça n’existe pas, ça! Dieu a créé l’homme et la femme pour qu’ils soient ensemble…

– C’est bin d’valeur, mais Dieu y s’est planté parce que l’homosexualité existe pis on est là!, répond un Samuel catégorique.

– Avez-vous des enfants?, demande Mathieu.

– Oui, j’ai une fille et un garçon.

– Vous feriez quoi si l’un deux était homosexuel?, interroge Mathieu tout sourire.

– Je vais prier tous les jours pour qu’il soient normaux et éduqués…, ajoute le chauffeur exaspéré.

Mathieu et moi on s’est regardé avec un sourire de complicité tout en roulant les yeux au ciel. On était complice pour la vraie première fois. La discussion s’est poursuivie avec le chauffeur quelques minutes encore sur ce qu’est la normalité. Chacun a apporté son point dans un respect relatif. C’était assez animé, mais pas de là à se taper sur la gueule. On assistait à une belle conversation inutile de sourds à laquelle j’ai fini par couper court avant d’arriver à destination.

On est descendu du taxi, c’est moi qui ai payé et j’ai pas tipé. Il n’en méritait pas. J’étais pas à bout de nerfs, mais la moutarde commençait à me monter au nez. J’étais content tout de même qu’on ne se soit pas laissé faire. Mathieu souriait, satisfait de ce qui venait de se passer, semble-t-il. Plus tard, il me dira qu’il a été impressionné de ma réaction et qu’il admirait mon franc parler. Bin coudonc, c’est bin la première fois qu’on me félicite pour être sorti de mes gonds!

De la brume dans mes lunettes_extrait #6

– Dis m’en plus, demande Mathieu, ça m’intéresse.

– Bon, bin je suis étudiant en sciences po à l’UQÀM. En fait, c’est un programme bi-disciplinaire; ça s’appelle Relations internationales et droit international. C’est intéressant, mais c’est beaucoup d’enculage de mouches, avec des lectures interminables et des profs un peu deep. Mais j’ai la possibilité de faire un échange étudiant à l’étranger l’année prochaine.

– Ah oui?! C’est fun ça, et tu irais où?

– Je pense bien que j’irai en Angleterre pour améliorer mon anglais et voyager un peu dans les Zeuropes. Pour le moment, je pile mon argent parce que le taux de change est assez élevé et que la Caisse ne veut pas me prêter plus que 5000$. Je ne suis pas dans un domaine d’études qui rapporte selon eux. Les putes. Mais toi, tu fais quoi dans la vie? Tu travailles? T’étudies?

– Je suis comédien de formation, mais je ne travaille pas beaucoup ces temps-ci. En attendant de décrocher le grand rôle ou un simple rôle, bin je travaille dans un resto, comme 99% des comédiens. Au moins, je travaille de jour. J’en connais beaucoup qui doivent se taper des shifts de soir/nuit dans les bars.

– Et tu travailles combien de jours semaine?

– Cinq, la semaine. En fait, j’ai commencé à travailler là avant de faire mon cours d’interprétation à l’école nationale. J’étais temps partiel, mais depuis que j’ai fini, ils m’ont donné un temps plein de jour. Ça fait 8 ans déjà!

– Et t’aimes?

– Ça me va pour le moment. C’est assez payant et j’ai toutes mes fins de semaines libres. Et mes patrons sont assez permissifs, j’ai pas besoin de me battre pour prendre congé quand j’ai une audition. Mais évidemment, je préférerais avoir plus de contrats.

– Ouin, je comprends, mais au moins tu travailles! Oh! que tu dois être beau sur une scène! T’as joué dans quoi?

– Ahah! C’est gentil, j’aimerais bien pouvoir te dire que j’ai fait beaucoup de shows, mais la plus grosse production à laquelle j’ai participé, c’était le spectacle des finissants de l’école. On a joué l’adaptation de Wajdi Mouawad de Voyage au bout de la nuit de Céline. Sinon, j’ai fait quelques petits contrats ici et là…

– Céliiiiiine?!?

– Louis-Ferdinand Céline, un auteur français qui a connu beaucoup de succès au début du siècle dernier. C’est un des auteurs français les plus traduit et diffusé dans le monde. C’était aussi un méchant antisémite et un collabo durant la Seconde Guerre Mondiale. La pièce est un jumelage de deux romans de Céline, entre autres. Ça raconte le passage de l’enfance à l’âge adulte d’un gars un peu naïf à la recherche de l’amour et de la confiance qu’il reçoit pas de ses parents. Il voyage en France, en Angleterre, il traverse la Première Guerre Mondiale, touche au colonialisme en Afrique, se retrouve dans un bordel américain. Il va croiser des exploiteurs, des hommes cupides, des persécuteurs, des âmes perdues et quelques personnes qui lui redonnent espoir en la vie. En gros, c’est ça. Et ça dure quatre heures! Difficile de bien résumer.

– Wow! Quatre heures?! Et tu jouais quel rôle?

– Ferdinand Bardamu, un des personnages principaux. En fait, il est presque toujours là. C’est vraiment une magnifique pièce à jouer. C’était beaucoup de travail, beaucoup de textes à apprendre, énormément de répétitions, mais c’était une expérience inoubliable.

– Hummm, j’aime quand tu parles. C’est juste beau quand tu parles.

Et là, Samuel regarde Mathieu droit dans les yeux, profondément, comme pour voir ce qu’il y a derrière. Mathieu fait la même chose, en souriant béatement. Tous les deux se fixent de complaisance, longuement. En silence. Il y a comme une petite pause dans l’espace temps. Le décor devient flou, il n’y a plus qu’eux qui existent. Leurs yeux deviennent la seule chose qu’ils regardent. Tout disparaît, le corps, le visage, les traits, les gestes aussi. Il ne reste que les yeux. Des yeux qui disent subtilement que le cœur palpite.

De la brume dans mes lunettes_extrait #5

Samuel ouvre la porte pour entrer au pub. Il laisse passer quelques clients qui quittent l’endroit et entre, un peu nerveux tout de même. Il passe la tête entre les rideaux du vestibule et scrute rapidement la place. Il aperçoit Mathieu à droite, assis sur une banquette, entre deux tables occupées. Près de la vitrine, à droite de Mathieu, deux femmes, jeunes, habillées simplement, mais au look professionnel. Elles semblent sortir directement du boulot. De l’autre côté, une femme et trois hommes fringués comme des avocats, début trentaine, dont l’un d’entre eux ressemble comme deux gouttes d’eau à Ryan Gosling, en moins beau, moins musclé, moins étonnant, évidemment. Ça rit fort, avec énergie,journée-stressante-enfin-finie. Mathieu, lui, est identique à ce matin : beau, bien habillé, mystérieux. Le manteau en moins. Il a gardé le foulard autour de son cou. Il porte une chemise blanche à fins carreaux bleus, saillante, les manches relevées. Il a détaché les deux premiers boutons du haut. Il regarde autour candidement, tenant mollement sa bière sur la table entre ses mains.

Samuel fait son entrée, discrète, mais remarquée. Il regarde dans la direction de Mathieu en souriant timidement. Mathieu le capte rapidement, ses yeux s’illuminent instantanément, pétillants, son sourire sourit. Il s’empresse de se lever pour l’accueillir.

– Bonsoir, beau toi! dit Mathieu, du bonheur dans la voix.

– Bonsoir! répond Samuel avec un sourire assumé, tout aussi illuminé.

Ils s’assoient et une serveuse apparaît aussitôt.

– Tu veux boire quelque chose? Je te l’offre, propose Mathieu.

– Avec plaisir, je te prendrais une rousse. Une pinte, s’te plaît.

– Une pinte ce sera!, dit la serveuse avec entrain.

– Tu penses que c’est du colorant qui donne la couleur rouge à la bière rousse?, Samuel demande à Mathieu.

– Non, c’est le niveau de torréfaction qui donne la couleur. Plus l’orge est torréfiée, plus la bière sera foncée, répond Mathieu.

– Wow! Tu sais que ce qui me charme vraiment beaucoup chez un gars? C’est son intelligence. Sa Culture aussi. Genre que le gars peut être moins beau, mais s’il est intelligent et qu’il sait s’en servir, je risque d’oublier bin des affaires à cocher sur ma liste. Donc, toi, beau, intelligent et cultivé Mathieu, parle-moi…

– Euh! Ok! Eeeeeee, bin j’ai 30 ans, je viens de Saint-Henri-de-Lévis, j’ai une sœur plus jeune. Mes parents sont toujours ensemble. Toi?

– J’ai 24 ans, je suis né à Montréal, mais j’ai habité à Saint-Hubert sur la Rive-Sud jusqu’à 21 ans. J’ai une sœur, plus vieille, mais plus petite, avec deux kids, un mari, plus grand et chauve, une maison, une cours et une piscine. Mes parents habitent juste derrière – akward, je sais – et sont ensemble depuis genre 40 ans. Ils s’aiment beaucoup et ça paraît. Mon père vénère ma mère, ma mère vénère mon père. C’est beau, c’est respectueux, c’est attendrissant, parfois gossant, parce que c’est comme too much, mais c’est le genre de relation que j’aimerais connaître, un jour. Je ne les ai jamais vu ou entendu se chicaner. Des désaccords, oui, sur des sujets chauds de l’actualité, comme les carrés rouges, mais jamais de guerre mondiale. Pis mon père démontre toujours beaucoup d’affection envers ma mère. Il dit souvent qu’il la regarde comme au premier jour…c’est beau, hen?, dit Samuel, fier de sa réplique, souriant de toutes ses dents.

– T’es drôle, toi. T’es comme un livre ouvert. C’est mignon, t’as une belle énergie!

– Ouais, ça dépend du point de vue. On me dit souvent que je suis too much, trop intense. Me suis fait domper pour moins que ça, haha!, lance-t-il à Mathieu.

– J’aime. J’aime beaucoup, même. Ça me fait pas peur les gens intenses. C’est stimulant, même.

De la brume dans mes lunettes_extrait #4

NYKS Bistro Pub, 18h07.

Je ne suis pas vraiment retard, mais presque. Je suis fashionably late. J’ai manqué le putain métro de peu parce que j’ai trop siesté – j’étais tellement bien sous la couette – et que j’ai mis trop de temps à me préparer, comme d’habitude. Je voulais être reposé, je me suis quand même levé à 4 heures ce matin! Et je voulais être présentable pour le beau Mathieu. Et comme d’habitude, j’ai dû attendre impatiemment le vieux train bleu cinq longues minutes de plus. Cinq très longues minutes. J’ai donc attendu, en écoutant Quand on a que l’amour, version Céline-la-toute-puissante. Chanson de circonstances. J’ai regardé avec violence les minutes du tableau indicateur s’écouler, len-te-ment. J’ai couru même, en attendant le train entrer en station, mais la porte du wagon s’est refermée à quelques centimètres de mon nez, bêtement, sans considération aucune, la pute. Métro pas fin.

Enfin, la station Place-des-Arts. ENFIN! J’arrive!

Pour l’occasion, sa première date avec Mathieu, Samuel a choisi des vêtements ni trop serrés ni trop sloppys ni trop voyants ni trop chics. Un accoutrement approprié à la circonstance, suffisant pour que Mathieu puisse présumer de l’apparence de son corps et qu’il distingue bien ses atouts. Il est beau garçon, Samuel, mais les hommes qu’il rencontre ne s’arrêtent souvent qu’à ça. Ils  accordent ordinairement moins d’importance à ses mots qu’à son cul. Son corps et sa tête rayonnent tellement, que rares sont ceux qui prennent le temps de l’écouter. Pourtant, il a beaucoup à dire. Et pas tant d’insignifiances.

Il a mis de parfum dans son cou, sur sa nuque et dans le repli de ses coudes, pour qu’à chaque geste, son prospect en reçoive une dose discrète, mais franche. Ça fonctionne généralement bien pour les séduire, ça. Et Samuel aime séduire. Le flirt est son sport favori.

Samuel a la taille fine, les épaules larges, mais proportionnées. Il est grand, mais pas assez pour être mannequin, on lui a déjà dit. Pas qu’il voulait être mannequin, mais un agent rencontré au hasard lui a dit, comme ça. Il a les cheveux courts, clairs, blonds cendrés, mais pas rasés. Il les perd un peu, d’ailleurs, mais rien pour écrire à sa mère. Ça lui donne un certain charme, semble-t-il. Ses yeux, ses grands yeux étincelants, sont verts uniforme d’armée et autour de sa pupille, un semblant de soleil orangé, comme un signal lumineux pour capter le regard. Ses yeux sont magnétiques, troublants, remplis d’émotions et de vérité. Il parle beaucoup avec ses yeux. Et quel sourire! Après les broches style clôture Frost, l’appareil dentaire nocturne, un ou deux blanchiments maison, son sourire est éclatant, remarquable rapidement. Il porte la barbe aussi, jamais trop longue ou trop courte. Elle est toujours bien taillée.

Il s’entraîne quelques fois par semaine, raisonnablement. Il n’aime pas trop les salles de gym, c’est trop flashy et un peu déprimant. Pendant qu’il s’entraîne pour peu ou pas de résultats, des dizaines de gym queens se pavanent autour de lui avec un corps de rêve. Il y va, mais c’est plutôt un mal nécessaire, parce qu’il faut souffrir pour être beau, paraît-il.

Me voici devant le pub. Je prends une grande respiration, je replace un peu mes cheveux en bataille à cause du vent, j’essuie la sueur de course et de stress sur mon front et j’ouvre la porte, prêt à montrer mes plus belles couleurs.

You. Better. Wath. Out.

De la brume dans mes lunettes_extrait #3

Il est 14h et Samuel vient tout juste de terminer son quart de travail. Aujourd’hui, il a vendu beaucoup de cafés, fait une tonne de sourires, mérité beaucoup de bons pourboires, enduré quelques airs bêtes, mais surtout, il a reçu un numéro de téléphone des mains d’un beau ténébreux à la voix suave et chevelure de feu. Sans tarder, presqu’en courant, il se rue dans le minuscule local des employés, inoccupé pour le moment. Il enlève sa casquette, accroche son tablier et s’installe dans un coin confortable pour appeler le bel apollon. Il racle sa gorge, répète quelques formules de salutations en adoptant différents tons de voix, choisit sa voix naturelle, un « Salut! C’est Samuel, le gars du café… » simple, mais assumé, prend une grande respiration et compose le numéro magique.

– Salut! C’est Samuel, le gars du café…

– Hey salut, beau toi! La journée a été bonne? répond Mathieu avec aplomb, visiblement content d’entendre Samuel.

– Ouais! Assez occupée et agrémentée d’une visite inattendue ce matin!, dit Samuel avec un fond d’excitation dans la voix.

– Ah oui? Qui donc? Pas un fucké de stalker qui t’a donné son numéro de téléphone, toujours?

– Oui, oui, un certain Mathieu, un gars avec une belle gueule et bin du guts!

– Ahahah! pas toujours, t’sais, mais j’avais pas envie de laisser passer cette occasion-là! C’est toi ça, la belle occasion! Donc, à quelle heure t’es dispo?

– Oh! Vous êtes charmant, m’sieur! C’est quand tu veux, je viens de finir mon shift et je n’ai rien de prévu pour le reste de la journée…

– Ok! Je quitte le boulot vers 17h30. Rejoins-moi au NYKS sur de Bleury, au coin de Sainte-Catherine à 18h00. Ça te va?

– Parfait, au NYKS ce sera. À tout à plus!

Ça y est, j’ai une date avec un beau gars inconnu, ce soir, dans une place cool. Il est 14h15, j’ai donc beaucoup de temps pour me rendre à la maison, siester un peu, me doucher, me faire beau, sentir bon et le retrouver au pub, frais comme une rose. Je ne serai pas en retard cette fois-ci, comme j’ai trop souvent l’habitude. Tout d’un coup que celui-là, c’est le bon?

Joie.
Fois mille!

De la brume dans mes lunettes_extrait #2

LAPORTE (Mathieu), Montréal, Québec, 1980, homme séduisant et magnétique, trashy propre. Mystérieux, sensible, mais discret, la quête de sa vie est l’équilibre.

◊◊◊◊

– Suzy! M’apporterais–tu la carafe de corsé, s’te plaît? Pis aussi, j’vais avoir besoin de 25 cents, j’en ai presque plus, demande Samuel.

– Oui, dude! I’m coming!, répond Suzy enjouée en franglais.

Le service du Starbuck – Place d’Armes se donne presque qu’exclusivement en anglais. D’ailleurs, la majorité des employés et clients ont l’anglais comme langue maternelle. Sauf quand je suis là, tout le monde fait un effort, parce hey!, loi 101 oblige. Petite victoire.

– Gooooood morning Robert! V’là ton americano! C’est beau ta cravate! 2,25$, s’te plaît! Merci! Bonne journée, là! envoie Samuel, trop heureux de servir un café à 5h18, un 25 janvier assez glacial.

– Suzy! Tu viendrais m’aider?, la file s’allonge! lance–t–il avec empressement à sa collègue.

Suzy et Samuel répondent aux demandes des clients avec beaucoup trop d’enthousiasme faisant sourire quelques-uns d’entre eux et les cafés sortent à la pelle pendant plusieurs minutes. Le rush du matin se poursuit allègrement jusqu’à l’arrivée d’un homme mystérieux.

– Bon matin, Samuel…, dit un sexy client en arrivant au comptoir.

Samuel se retourne surpris par la voix inconnue qu’il entend. L’expression « té-qui-toué? » se reflète sur son visage.

– Euh…salut?! On se connait? Me semble pas t’avoir déjà vu ici.

– Non, en effet, mais je passe souvent devant la vitrine. Je t’ai vu quelques fois. Tu voudrais aller prendre un verre ce soir?

– Whoa…euh, oui, non, je sais pas t’es qui…tu veux quelque chose, là, tout de suite parce que des gens attendent.

– Non, mais tiens, c’est mon numéro. Appelle–moi pour ce soir, j’aimerais vraiment que tu acceptes. Moi c’est Mathieu.

– Oooooook! Bonne journée!, répond Samuel, avec un air désintéressé.

Quel culot! Mais quel homme! Jésus Marie Joseph! J’ai continué mon shift en repensant à ce moment, perdant parfois le contact avec la réalité. Je sais bin pas combien de café j’ai raté ce matin–là, mais Suzy a fini par me lancer des boules de papier pour que je sorte de la lune…

– Dude! Ça te dérangerait pas de te concentrer un peu? You just gave an empty cup to Francine. À trouve ça bin drôle, mais elle aimerait bien que tu lui verses du vrai café, you know!?

– Mais t’as vu ZE homme qui m’a laissé son numéro? Je devrais l’appeler?, dit Samuel, les yeux ronds comme des balles de golf.

– Bin oui! T’as rien à perdre. But hurry up!, le monde attend pis Francine is thirsty!

Bin coudonc, je pense bien que je vais l’appeler. C’est un peu freak comme approche, mais comme on va se rencontrer dans un endroit public, y’aura pas de danger. De toute façon, c’est pas pire que de ramener un gars frenché dans un bar dont je connais à peine le prénom! J’ai quand même 1 ou 2 histoires de baise qui ont fini en histoire d’amour, ça vaut toujours la peine d’essayer. Je trouve ça même un peu romantique qu’il m’aborde comme ça, out of nowhere. Il avait l’air décidé et rempli de confiance, en tout cas. C’est beau un homme qui a confiance. Je trouve ça bien beau, moi. Je ne sais pas quel genre de fucké peut passer et repasser devant la même vitrine, jour après jour, pour zieuter un gars, mais le genre de fucké qui me plaît! J’ai fait ça tellement de fois sans avoir le guts de me lancer.

Cet homme, ce Mathieu, est étincelant de charisme! Grand, les épaules larges, le regard franc avec des yeux d’un bleu éclatant. Brillants et profonds, aussi. Il a une magnifique chevelure noire, bien coiffée, mais naturelle qui donne juste envie d’y passer ses mains, longuement. Sa voix est grave, une voix d’homme, douce et posée. Un beau style, des lunettes à monture épaisse, un manteau trois–quarts, gris charbon, avec un beau motif de tissage et le cou couvert d’une écharpe rouge en grosse laine. Ok! je suis charmé! Ne pas perdre son numéro. NE PAS PERDRE SON NUMÉRO et l’appeler après mon shift!

Joie!

De la brume dans mes lunettes_extrait #1

Parce qu’au-delà des drames amoureux et des questionnements existentiels, il y a la vie, ouioui. Et cette vie, je la veux pleine de projets heureux. Pour ce faire, chaque semaine, j’essaierai de publier une suite à l’histoire qui suit. Donc, EXIT dramaaaaaa, HELLO création.

Vos commentaires sont les bienvenus! Titre sujet à changement sans préavis.

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TURGEON (Samuel), Montréal, Québec, 1990, éphèbe des temps modernes. Curieux, sensible, naïf, il est à la recherche du bonheur parfait.

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Je m’appelle Samuel. J’ai 24 ans et des poussières. Je viens tout juste d’entamer ma deuxième année d’université. J’étudies en sciences po à l’UQÀM. En fait, en relations internationales, mais c’est plus simple de dire science po. Ça m’intéresse, mais c’est avant tout un coup de tête. Mes trois choix de programmes étaient commerce international, sciences politiques et communication. Bin j’ai été accepté dans les trois, avec l’option exceptionnelle de m’inscrire en Relations internationales grâce à mon excellente cote R. Et je venais tout juste de flirté avec un beau diplomate en visite. Ça m’a inspiré. J’aimerais ça, devenir diplomate. C’est sexy, un diplomate, ça gagne beaucoup d’argent et ça voyage beaucoup. C’est donc ce que j’ai fait, je me suis inscrit dans un beau programme contingenté avec des gens qui vont faire partie de l’élite, qu’ils disent. Mais je suis loin d’être premier de classe, mais je patauge bien dans le « B+/B– « . Si ce n’était des lectures soporifiques et des fiches de lectures interminables, ce serait encore plus intéressant – et je serais encore meilleur. Mais il paraît que la masturbation intellectuelle fait des personnes intelligentes, faque je me branle les neurones big time.

J’habite le Plateau avec 3 colocs trouvés sur Kijiji. Sont smatts, mais bruyants. Sont tous straights et un peu douches, mais j’avais pas vraiment le choix avec mon pas-de-salaire et mon envie irrésistible d’habiter sur le Plateau. C’est quand même IN, le Plateau, même si c’est rempli de vieux et de Français exilés. En tout cas, il y a une belle vie de quartier. Pis j’aime ça, la vie de quartier. Pis mon appart est direct sur Laurier, à 2 secondes du métro. Au moins les colocs sont pas chiants. C’est pas mal vivre et laisser vivre. Chacun a sa tablette dans le frigo et chacun fait sa vaisselle. Le bol de toilette est toujours couvert de pisse, mais c’est pas mal l’affaire la plus dérangeante. Parfois on fait des partys, mais nos gangs ne se mêlent pas trop.

Je travaille au Starbuck de la Place d’Armes, celui sur Saint-Antoine. Dans un beau building des années 30, juste en face de la pire intégration architecturale du siècle: le palais des Congrès. Ewwww, quelle idée! Ça représente bien le Québec, ça. Faire du neuf avec pas de moyen, pas de temps et pas de goût. Ça donne inévitablement du laid. Je travaille comme barista 20 heures semaines et tôt le matin. Je commence à 5h00, mais j’aime ça. Je suis vraiment hop-la-vie à cette heure-là et j’ai vraiment envie de faire sourire les clients. C’est mon but en fait: les aider à bien commencer leur journée. Une chance que j’ai un but, parce que vendre du café, jour après jour, c’est pas la job la plus stimulante. Mais je me dis qu’en étant positif, il ne peut que m’arriver de bonnes choses.

Je sais pas trop ce que je veux faire dans la vie. Je sais juste que j’aimerais peut-être faire de la politique. Devenir premier ministre serait pas mal cool. Me semble que j’aimerais ça gérer un pays. Le Québec est pas encore un pays, mais ça pourrait le devenir. J’aimerais ça, en tout cas. Toujours est-il que j’ai pas vraiment d’idée, mais je suis un méchant bon doer. Donne-moi un projet, pis je vais te le monter et en faire quelque chose de gros. Pis beau. Pis l’fun. Faque imagine-moi premier ministre avec des gens plein de bonnes idées autour de moi. Ça serait fou!

Sinon, j’aimerais bien être écrivain, chanteur, danseur, animateur télé, pape (pour foutre le bordel au Vatican), diplomate, astronaute, indépendant de fortune. J’aime bin des affaires. Je suis assez curieux dans la vie. Je dis souvent que je connais un peu de choses sur plein de sujets. Ça fait de moi quelqu’un de cultivé, il paraît. J’aime ça, être cultivé. Mais je sais aussi qu’il est « trop tard » pour certains jobs. Ou ça ne me ressemble juste pas. Je reste positif, parce que quand t’es positif, il peut t’arriver bin de belles affaires.

Fermer la porte

Mes deux dernières relations amoureuses se sont terminées de la même façon: « je t’aime, mais je ne peux pas ». Cet aveu, quoique plutôt joli en théorie, est bin bin laid dans la vraie vie. C’est rempli de candeur, c’est peut-être même d’une sincérité indéniable (ce n’est pas parce qu’on laisse qu’on n’aime plus). Mais on a beau mettre son cœur sur la table, se montrer sensible, le dude qui nous fait face ne le prendra pas mieux. Parce que malgré l’authenticité de la déclaration, c’est aussi une façon sournoise (et souvent inconsciente) de conserver un ascendant sur l’être-aimé-dont-on-ne-veut-plus. On veut bien faire, être fin, mais en ne fermant pas la porte, en émettant des « peut-être », on donne l’impression qu’on garde l’autre comme une option en poche (tout en fourrant avec la Terre entière) et celui qui s’est fait domper va attendre, malgré lui (et l’avis de ses amis).

Je me souviens très bien que ma première vraie rupture (désolé pour ceux d’avant) s’est terminée comme il se doit. Quoique qu’extrêmement douloureuse, les mots prononcés avaient le mérite d’être clairs et sans équivoque. JE. NE. T’AIME. PLUS. Rien de plus, rien de moins. Pas de r’venésie possible. Il y a eu des larmes, des nuits blanches de questionnements, de la colère. Mais que ce soit vrai ou non, cet homme a fait montre d’un grand respect. J’ai été psycho pendant un temps, je lui ai envoyé des courriels d’insultes, je lui ai crié des bêtises au téléphone et j’ai pris TOUTE la place quand on se trouvait dans la même pièce. J’ai été une sale petite pute. Mais quand je l’appelais, il répondait, calmement, toujours prêt à faire la paix. Il finissait toujours par me répéter les mêmes choses: « Je ne t’aime plus, tu dois passer à autre chose ». Anyway, quand un gars ne t’aime plus, ça paraît, il assume et vit « bien » avec ça. Il n’a pas peur de t’affronter et de se commettre. Dans ce temps-là, t’as pas le choix de prendre ton trou et de regarder ailleurs.

Est-ce que la rémission est plus facile? Non. Est-ce qu’il y a encore de l’espoir? Peut-être, mais vraiment juste un petit tiny fond inutile et vide de sens. Chose certaine, je n’ai pas attendu comme une conne qu’il se rejette dans mes bras. Il avait été clair, c’était fini pour la vie.

Depuis, on s’est tout pardonné et c’est même devenu un ami proche, le genre d’ami que je connais comme le fond de ma poche, qui me tombe souvent sur les nerfs,  mais que j’aime d’un amour inconditionnel. J’ai juste envie de le respecter d’avoir été aussi sensible et sensé dans les circonstances. Tout ça, parce qu’il a fait ce que je me suis évertué à faire avec les autres: « m’accompagner » dans la rupture.

Tous, sauf un.

Ce « un », c’est celui que j’ai dompé en lui disant que je l’aimais toujours, mais que je devais d’abord aller au bout de ce qui trottait dans ma tête i.e. une histoire de marde qui allait allait finir dans le ventilateur (when shit hits the fan). Je lui ai candidement dit, avec les meilleures intentions du monde, que la porte n’était pas fermée et qu’un jour, peut-être, après avoir fait mes niaiseries, je reviendrais vers lui. ER-REUR. J’ai mis ce magnifique garçon dans un mode attente et d’espoir intenable, jusqu’à ce qu’il décide que j’étais le pire trou d’cul de la Terre et qu’il me sorte de sa vie à tout jamais. Et il avait raison.

Quand on prétend que l’autre compte vraiment, l’accompagner dans la rupture ne signifie pas être présent et disponible tous les jours pour répondre à ses appels de détresse (les amis sont là pour ça). Ça ne signifie pas non plus répondre à tous ses textos ou ses lettres d’amour désespérées (et sans doute désespérantes). Ça signifie simplement établir des balises sans ambigüité sur la fin de l’aventure amoureuse et lui offrir un minimum de soutient vers l’amitié. Ne. Pas. Fuir. Me semble que c’est pas compliqué. C’est juste offrir à l’autre le respect que l’amour-inconditionnel-désormais-chose-du-passé devrait inspirer. Parce qu’on ne laisse pas toujours dans la rancœur et la colère. Parfois, souvent même, on laisse avec une grande tristesse parce qu’on sait qu’on perd beaucoup. Quand on « aime » toujours, ne vaut-il pas mieux tout tenter pour mettre en place une bonne « gestion » de la rupture. Évidemment, ça demande des efforts et, on va se le dire, on n’est pas tous gearé pour ça.

Au final, on est des adultes intelligents (enfin, je l’espère) et on devrait être capables d’établir un semblant d’harmonie dans la rupture afin d’établir tranquillement les bases d’une future amitié. Traite-moi comme un ami et j’agirai comme un ami. Parce qu’on peut réussir une rupture, tout comme on peut, si on le veut, réussir son couple. Mais pour que ça réussisse, il faut y mettre du sien, à deux. Il suffit d’assumer ses décisions, d’aimer son vis-à-vis sincèrement, de vouloir le garder dans sa vie et de croire que c’est possible. Le reste devrait aller de soi.

Ou comme dirait mon grand ami le gummy bear des neiges: « Même si parfois, il faut juste donner un peu de temps au temps! ». Le fucking temps.

 

Lève-toi et marche!

Je l’ai encore désinstallé. Ça doit bin faire 20 fois en 20 jours. J’ai développé une relation amour/haine intense avec les logiciels « de rencontres » que sont les Grindr, Scruff et autres supercheries du genre. Veux-tu bin m’dire pourquoi on est branché là-dessus?!

L’affaire, c’est ce que ça t’offre du rêve. L’espoir de trouver quelqu’un pour la nuit (surtout) ou pour la vie (on sait jamais) est au bout de tes doigts. C’est tellement plus simple, enfin, le croit-t-on. Tu navigues dans un catalogue de photos de beaux gars, avec ou sans torse, avec ou sans tête, avec ou sans queue, tu lis des textes remplis de fautes et tu te fais rapidement une fausse image de la personne à qui tu n’écriras pas. Y’a de tout, pour tous. Vraiment.

Parfois, tu fais de belles rencontres, très belles même, mais c’est rare, rare x 1000. Il y a beaucoup de morrons sur la planète virtuelle (et je suis sans aucun doute le morron de quelqu’un) et beaucoup de gens jugent rapidement avec l’intempestif bouton « block » (j’en fais souvent partie). Pas le temps de niaiser, je me cherche du divertissement NOW (not!).

Pour certains, ça offre une pause (vraiment?!). Bin avachi sur ton sofa, tu jases avec des inconnus, de tout, mais surtout de rien. Ça t’empêche de trop penser aux vraies affaires, tsé celles qui font mal. Là-dessus, tu ne pourras possiblement pas discuter de la récente campagne électorale ou du dernier roman de Gabriel García Márquez (je sais, son dernier a été publié en 1997, pis?), mais tu pourras exercer ta dextérité à écrire « Salut! », « Comment ça va? », « Tu cherches quoi? » et qui sait, si t’es vraiment efficace et déterminé, obtenir un premier rendez-vous « galant » ou te tremper le pinceau avant le lever du soleil. Tout ça, si et seulement si, t’as pas la PIRE déception de ta vie (ce qui est assez fréquent) quand le gars ouvre la porte (il est plus petit, plus laid, plus gras, il parle du nez, a un mono sourcil et il ne ressemble à AUCUNE de ses photos). Sinon, après quelques minutes d’une discussion qui ne mène généralement nulle part, tu passeras au suivant, puis au suivant jusqu’à avoir envie de garrocher ton téléphone ou ta tablette (les photos sont plus grosses) sur le mur et t’acheter un chat. Au moins, t’as arrêté de penser à ce qu’il ne fallait pas. Petite, petite victoire.

Puis, un jour, après avoir changé de photo 12 fois et avoir obtenu des résultats inégaux, tu réalises que ça ne fait que vaguement revitaliser ton égo vidé de sa confiance après une rupture retentissante, ton célibat prolongé ou une mauvaise décision amoureuse. Pis là, tu lâches ta machine, tu commences à faire des activités qui te plaisent, tu t’arranges pour sortir, tu rencontres du nouveau monde réel (oui, oui, ça existe) et tu jases avec un beau gars live qui te sourit et te trouve charmant, là, devant toi, vrai comme chu là. Fiouuuuuuuu! Bon, ça demande évidemment un peu plus d’efforts parce qu’il te faut voir derrière la brume virtuelle, sortir de chez toi, réfléchir plus rapidement (quand t’écris, t’as plus de temps) et ouvrir ta bouche pour en faire sortir quelque chose de beau. Mais t’es capable. T’es beau aussi (ou belle, mais y’a pas de fille sur ces affaires-là). Vas-y, fais-le pour toi!

En gros, ça sert à rien. En fait, oui. Ça sert à réaliser que ce n’est pas ça, la vie, que t’as pas nécessairement envie de trouver l’homme de tes rêves dans un catalogue et que tu vaux plus qu’une photo et une description sommaire. Même juste pour du sexe. Tu. Vaux. Plus. Que. Ça. Tu m’entends?

Et rappelle-toi une chose: l’homme de ta vie ne sortira pas des craques de ton sofa. Faque, lève-toi et marche!