Critique / Les ordinateurs

Mission Santa Cruz // Jusqu’à dimanche (dans le cadre du festival Fringe).

Un homme, Louis, sans grande envergure et peu ambitieux, décide de se joindre à un regroupement secret et restreint qui analyse les distorsions cognitives imposées par la société pour éventuellement s’en libérer. Ensemble, lui et les personnages qui ne semblent vivre que dans son ordinateur, entreprennent un programme de déconditionnement radical basé sur des théories à l’emporte-pièce. Le but: agir et penser autrement. Il finit par confondre sa réalité avec ce qui se passe dans son monde virtuel. Le jeu des acteurs (dont Samuel Brassard) est impeccable, la mise en scène est simple, mais efficace. J’aurais évité de donner un faux accent à Sylvain, cependant. L’ensemble est intelligemment réalisé, bien écrit et plaque un sourire au visage du début à la fin.

D’abord, c’est quoi l’amour?

On a commencé ça par un sympathique repas bien arrosé, entouré de gens drôles et agréables. On en a profité pour installer le Magic Mesh qui traînait sur la table. On l’a installé à quatre, en déconnant sur l’inutilité et le mauvais désign de l’objet. Deux installateurs, deux commentateurs. Pis on l’a testé, allégrement, en le traversant comme les stars qui entrent sur scène avec classe et aplomb. Après quelques essais plus ou moins fructueux et quelques déchirures stratégiques, il a fini au fond de ma poubelle. Alléluia. Beau moment.

Faque on a continué à boire et à jaser de tout et de rien. Le verbe léger, le coude aussi. Pis, on a décidé de sortir. Dans une boite de pédés. Parce que c’est, semble-t-il, un endroit où il est « facile » de rencontrer. Un ex m’a déjà dit qu’il ne comprenait pas la fréquence de mes sorties dans le village. Il affirmait qu’il se pointait dans une boite de pédés uniquement quand il avait envie de se trouver une baise (mais pas l’amour), insinuant, à mots à peine couverts, que 1. c’était simple pour lui de trouver et 2. de sortir là régulièrement faisait de moi une personne qui ne cherche que du sexe i.e. une personne de mauvaise vie. Une salope, quoi. Étrange raisonnement.

Pour quelqu’un qui s’y connait en bars gays saura affirmer que 1. trouver une baise (ou autre) n’est pas automatique ni toujours simple (surtout quand t’as un minimum de goût) et 2. qu’on en pense ce que l’on voudra, un bar reste un bar, village ou pas, et des amis s’y rencontrent souvent juste pour prendre un verre et jaser. Oui, oui, ça se peut. Certes, le principe de l’offre et de la demande est omniprésent, mais il est tout à fait possible de sortir dans un bar du village sans se frencher les amygdales ou se faire tâter l’pen.

Cela étant dit, je suis sorti en « célibataire », avec mes amis vraiment célibataires. Rendu là, on a continué à absorber une quantité vraiment pas raisonnable d’alcool, parce que c’est l’fun, ne pas être raisonnable. Et on s’est planté sur la piste de danse en choisissant un spot avec du beau monde, pour tout l’monde (j’ai quand même le droit de regarder, tsé). Mes amis étaient tout sourire et attentifs à la faune autour de nous. Ils avaient avant tout envie d’avoir un peu de plaisir entre amis, mais aussi, peut-être, who knows, de rencontrer un homme pour la nuit, mais surtout pour la vie.

Parce que vient un moment où, après une série d’histoires d’amour poches ou un trop long célibat, tu exiges, avec raison, que ce soit ton tour. T’as peut-être pas 100% confiance en toi, mais t’es une belle personne, t’as une belle personnalité et t’as un shit load d’amour à donner. Mais ça marche pas. Les gens que tu rencontres sont pas prêts, pas dans l’mood, pas rendus là. Ou ça veut juste pas faire d’efforts. T’es beau/belle, t’es magnifique même, mais c’est pas suffisant. C’est JAMAIS suffisant.

Ok, tu vas m’dire qu’il faut apprendre à être heureux avec soi-même et qu’on ne devrait pas avoir besoin des autres. Soit. T’as bin raison. Mais ton affirmation est plate. Je pense que même le plus endurci des aigris des célibataires a besoin d’affection de temps à autre, de plaire, d’être désiré, d’être regardé avec des étoiles dans les yeux. C’est vital, je pense.

Bin, comme à peu près à chaque semaine, ils sont tous rentrés bredouilles, sans même avoir communiqué avec un animal de leur espèce. Rien. Pas d’french, pas d’échange de numéros, pas de zieutage à l’urinoir. Sans doute quelques regards échangés, mais c’est tout. Pourtant, c’est si simple de rencontrer. C’est simple pour qui, déjà?

Des solutions efficaces pour rencontrer, y’en a juste pas. Ça arrive ou ça arrive pas. Ça prend une tonne de facteurs anodins pour que ça arrive, parfois pas. Le hasard, l’alignement des étoiles, la pleine lune, un nouveau t-shirt, une victoire du CH. Pis sont beaux, mes amis. Comme tout le monde, ils ont des issues et un passé à porter, mais sont fucking beaux. Dedans comme dehors. Pis vrais. Faque, c’est simple pour qui, déjà?

La seule chose qu’ils peuvent encore essayer, soir après soir, c’est de foncer. Ne pas hésiter. S’approcher, communiquer, sortir de leur coquille. Ça marchera p’t’être pas, mais au moins, ils auront donné le meilleur d’eux-mêmes, pour eux-mêmes, au monde entier. Pour glower in the dark. Pis ça aussi, c’est beau.

Faque, les lumières se sont allumées pis le DJ a fait tourné la Britney. My loneliness is killing me. Impunément.

Bitch.

De la brume dans mes lunettes_extrait #16

– Bon, bin, j’pense que si je fais pas un move, c’est pas lui qui va le faire…, je dis à JF en fixant intensément le gars de l’autre côté du bar.

Ça me gosse parfois de devoir faire les premiers pas. Parce que c’est pas toujours amusant, ce que ça déclenche en-dedans. Même si je suis toujours prêt à foncer – parce qu’à vaincre sans péril on triomphe sans gloire – ça me rend tout de même nerveux. Systématiquement. À moins d’être vraiment saoul. Meh.

Faque mon corps réagit à mon intention de sauter une clôture-pas-si-haute-que-ça: langue sèche et mains moites. C’est que tu sais jamais ce qui va se passer ou ce sur « quoi » tu vas tomber. L’inconnu, quoi. Le gars qui, de loin, avait l’air super masculin l’est finalement plus ou moins. Et sa voix, que t’imaginais virile vue la quantité de muscles qui ornent son corps, sa chemise ajustée, rouge, à carreaux et sa mâchoire de titan, s’avère être aussi aigüe que celle de la Carey quand elle se prend pour un dauphin – Guiness des records pour the highest note in the history of recorded music, information inutile au demeurant. Évidemment, je ne m’arrête pas juste à ça, mais disons que ce n’est pas ce qui me fait bander le plus. Et comme je disais, je ne suis pas vraiment timide, mais ça me gosse pareil. C’est un peu comme se mettre la tête sur le bûcher en attendant d’être jugé. Parce qu’un fif, c’est un peu ce que ça fait : ça juge. So do I.

Je prends une gorgée de ma bière flat devenue tiède et j’actionne la machine. Un petit frisson de dégoût me traverse le corps en l’avalant. Yak! Je me demande encore pourquoi je continue de boire la bière infecte du Sky…Poor beer for a poor guy.

Comme prévu, je me sens nerveux, comme chaque fois que j’ai un but à atteindre. Surtout un beau but comme celui-là.

Je contourne les tables sur mon chemin, j’esquisse quelques sourires aux jolis messieurs qui croisent mon regard. J’avance fier comme un paon. Lentement. La tête haute, le torse bombé, le sourire plaqué au visage. Subtil, mais évident. Je souris même à ceux que je trouve ordinaires. Je roule les yeux quand ils insistent. Je passe tout près du guichet ATM le long du mur rouge. Je passe devant un tableau moche d’un artiste inconnu qui montre un homme exagérément nu. Du nu pour du nu, c’est moche. Je traverse l’entonnoir de monde entre le bar et le petit escalier. Je m’approche dangereusement de ma sexy proie, l’œil perçant.

Quand je veux attirer l’attention, j’ai le regard insistant, profond, et j’arrive à faire sortir les mots silencieusement par mes gestes confiants. Ça marche 8 fois sur 10.

Il me regarde toujours. Depuis le début en fait, attentif. Je lui lance quelques regards intéressés et indicateurs de mon approche. Je transpire d’intérêt, enfin, j’essaie. Je suis un prédateur, je crois. C’est moi le prédateur qui fonce droit sur sa proie pour en faire sa victime. Mais je suis un prédateur doux parce qu’après les présentations, c’est moi qui devient victime. Je fond sous les regards tendres, je frissonne à l’écoute d’une voix chaleureuse, je perds mes moyens quand des lèvres touchent les miennes. Fille. Facile.

Me voilà devant mon but. « Planté » devant lui. Je tends ma main moite et je me présente, fier de ma shot.

Le vent dans tes cheveux blonds

J’ai envie d’écrire au « je ». Paraît que c’est pas beau, écrire au « je ». C’est pour ça que je vais le faire. BOOM!

—//—

Depuis aussi longtemps que je me souvienne, on m’a allègrement répété que j’étais intense. Trop sensible, trop émotif, trop draaaaama, trop exagéré. Juste trop. Il y en a même qui sont partis en me le disant (ou en le criant, c’est selon). Je. Suis. Too. Much. Ouin. Mettons que j’aurais pu apprendre à doser. Malheureusement (ou heureusement, ça dépend), il n’y a que le temps et les expériences pour nous l’apprendre. Depuis, je dose. Parfois.

Je suis comme ça : constitué intensément. Sans doute dû à mes parents, au milieu où j’ai grandi, à l’éducation que j’ai reçue. Ou à un échange de chromosomes funkys. Peu importe, c’est moi, ça.

Quand j’ai eu envie de lui dire que je l’aimais, je l’ai fait. Quand j’ai eu envie de lui écrire que j’avais de la peine, je l’ai fait. Contre les avis et les conseils de tous mes amis. Je l’ai fait. Avec le plus de mots possibles. De beaux mots réfléchis dans des phrases bien construites. Souvent sur plusieurs pages. Des romans-fleuves. Parce que, sur le moment, je pensais que c’était la meilleure chose à faire pour moi. Parce que j’avais besoin de m’exprimer. Parce que j’avais un indescriptible besoin d’être entendu et compris. Pour recommencer à respirer, pour réapprendre à dormir, pour arrêter de perdre mes ch’feux.

Je ne regrette rien. Pas un seul mot.

Certains diront que j’ai été over drama et que j’ai juste vomis mes émotions indistinctement, à tout vent. Ça, c’est ceux qui sont partis. D’autres diront que j’ai bien fait, que j’ai été honnête avec moi et les autres et que c’est une qualité admirable. Ça, c’est ceux qui sont restés.

Au fond, les gens peuvent bien dire ce qu’ils veulent. Parce que j’ai que rarement regretté mon intensité. Parce qu’elle a toujours été employée dans le but de comprendre l’incompréhensible. Parce qu’elle m’a entre autre permis d’être là où je suis maintenant, d’être la personne que j’ai choisi d’être et d’être entouré de toutes ces belles personnes généreuses et sincères. C’est ce que je veux après tout, être authentique et entouré de belles personnes généreuses et sincères.

Bin oui, je m’enfarge souvent dans les fleurs du tapis, mais ça permet souvent de constater l’éclat des couleurs et la qualité du tissage. Bin oui, ça me prend du temps à passer au travers de certaines épreuves. Pis? Hen, pis? J’ai souvent répété à un ami qui a pris beaucoup de temps à se remettre d’une rupture: « tu peux m’en parler aussi souvent que tu veux, tu passeras à autre chose quand tu seras prêt ». C’est ça, pour moi, un ami. Pis c’est ça, pour moi, la vie.

Faque, j’ai souvent eu peur de montrer ma vraie personnalité. Parce que je suis intense, explosif, sensible, fou-mongol! Une belle folie, parzemple. Mais ça fait peur au monde, ça. Ça surprend, ça choque, ça confronte, parfois. Pis y font quoi quand ils ont peur, les gens? Ils se sauvent. Pis quand t’aimes la personne qui se sauve, ça fait mal.

Paraît que quand on s’assume pleinement, les gens n’ont pas le choix d’accepter. Je pense bien que ce soit vrai. Man, si ça te plaît pas, pars! Mais le secret du succès, je pense, demeure tout de même le relatif équilibre. Rien ne sert de courir, mieux vaut partir à point.

Il y a donc quelques personnes que j’ai beaucoup aimées et qui sont parties en courant. Dans toutes les directions. Partout où je n’étais pas. Meh.

Cé ça quié ça. Tant pis pour eux.

Ce matin, j’ai eu envie de dire ceci: « Il y a de ces frontières de la vie qui découragent, mais surtout, il y a de ceux qui nous donnent la volonté de les dépasser, de s’arrêter de l’autre côté et de réaliser que la peur n’existe plus ». C’est mon beau chum qui me l’a indirectement inspirée. Un soir, un peu saoul, très amoureux, il m’a demandé de lui promettre de ne jamais changer. Me suis mis à pleurer. Parce que pour la première fois, l’homme qui partage mes moments me donnait le droit d’être qui je suis. Avec ou sans lui. Sans avoir peur. Sans menace de disparaître. Sans sous-entendu. Be it, sti. Beau, grand, intense, funné. Toute. Ça, ça veut dire que ça peut plaire, du monde comme moi.

Faque, je n’ai plus peur.

Sti qu’c’est beau, c’est beau la vie.

De la brume dans mes lunettes_extrait #15

C’est maman qui téléphone.

– Alloooooooooooo!, oui, oui, je réponds.

– Salut, fiston! T’appelles pas souvent ta vieille mère…, elle dit TOUJOURS ça.

– Non, en effet, mais tu sais bien que je suis full occupé avec l’école, le travail et les hommes. Mais je t’aaaaaaime!

– Bin oui! Je l’sais bien! Bon, tu viens souper dimanche? Ta sœur va être là aussi.

– Hum, non, peux pas, j’ai déjà quelque chose.

– Bon. On va se passer de toi…encore! Fais moi signe si t’as envie qu’on lunch cette semaine.

– Oh oui! Ce serait bien. Suis libre mardi. On se texte plus tard, ok?

– Oui, oui, on se texte. Salut, mon fils. Sois prudent et bois pas trop!

– Bin non! Babaille!

Ma mère me texte, oui, oui. Et ma mère m’appelle souvent à de drôles de moments, comme le vendredi soir. Souvent, elle m’appelle plusieurs fois par jour. Elle doit s’ennuyer. C’est ce que ma sœur et moi en avons conclu.

L’important dans tout ça, c’est que malgré la conversation avec mom, je n’ai pas cessé de regarder le beau garçon de l’autre côté du bar. Par chance, il m’a aussi regardé et m’a lancé quelques sourires intéressés auxquels j’ai répondu, en souriant également, l’air timide. « L’air timide », ça plaît beaucoup. Je dois l’être un peu, mais ça ne paraît pas souvent. Je préfère foncer que de m’enfoncer dans une passagère timidité. Je n’ai donc pas souvent l’air timide. Et c’est tant mieux.

Bon, je fais quoi, là? Je vais lui parler ou pas?

– Yo! JF, tu penses quoi du dude en face?

– Mouin, pas laid. Tu m’as pas dit que t’avais daté un gars cette semaine?, une pointe de jugement dans le regard.

– Oui, oui, mais paraît qu’il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier…?, je dis à JF avec des yeux interrogateurs.

– Je te le confirme! Anyways, vous vous êtes vus juste une fois, tu peux bin continuer à butiner.

Je ne sais pas si son intervention est judicieuse, mais elle ne me laisse pas indifférent. C’est vrai, après tout. On ne s’est vu qu’une fois, Mathieu et moi. Et si je rencontrais l’homme de ma vie ce soir et que je m’empêchais à cause d’un dude que je n’ai vu qu’une seule fois? Et si je réalisais, suite à la deuxième date, que Mathieu ne m’attire pas tant que ça finalement? Et si je réalisais qu’il baise mal ou qu’on n’est pas compatible? Mieux vaut ne fermer aucune porte et m’ouvrir aux chances qui pourraient s’offrir à moi.

J’ai la FOMO.

Fear of missing out.

De la brume dans mes lunettes_extrait #14

Comme prévu, c’est vendredi et qu’est-ce qu’on fait le vendredi? On sort! Comme je disais, généralement je retrouve les potes, on mate les beaux garçons et on se saoule jusqu’à pas d’heure! La routine, quoi. Ce soir, c’est Jean-François qui m’a texté en premier:

– Salut pitchounette! 😀

– Salut poulet! 🙂

– Vous allez bien?

– Oh! Oui! Et vous?

– Je vais, je vais. Quels sont nos plans ce soir?

– J’en ai pas encore. On va prendre une pinte ou douze au Sky?

– Parfait! 18h?

– J’y serai! 🙂

– À toute! 🙂

JF, c’est mon chum de sortie. Pas qu’on n’a pas d’autres points en commun, mais on se voit d’abord et avant tout les soirs de sortie. On forme un bon team de broue, en tout cas. On observe tous les garçons qui passent, on les jugent, on les envie, on rit d’eux, on bave, on roule souvent les yeux au ciel, mais aussi, parfois, on se parle de nos vies, où on est rendu, quelles sont nos dernières conquêtes, pourquoi ça ne fonctionne pas, ce qu’on recherche dans la vie. Bref, je l’aime bien. Je pense qu’il m’aime bien aussi, mais il n’est pas du genre à étaler ses émotions. JF, c’est du genre indifférent/indépendant, mais je sais qu’au fond, c’est un sensible, c’est juste qu’il préfère ne pas le montrer. Moi c’est l’inverse, je le montre trop. On doit s’équilibrer, je suppose. Bref, je rejoins JF au 5 @ 7 le plus meat market en ville!

Complexe Sky, 18h03.

– Me semble qu’on est toujours déçu quand on vient ici. Y’a juste des vieux bedonnants trop bronzés et ridés qui n’ont jamais réussi à se matcher…, je dis à JF en arrivant près de lui.

– C’est pas comme si on était pas habitué, répond JF, l’air détaché. Pis en plus, c’est deux pour un sur l’alcool, dois-je te le rappeler. On est des étudiants petits salariés pauvres, si je puis me permettre.

– Bin trop vrai! C’que j’peux être sotte!

Je commande une Labatt Bleue en fût, flat, et ça vient dans deux verres. Joie! JF prend un Bloody Ceasar, encore. Et on boit. Entre temps, je spot un joli garçon de l’autre côté du bar qui se démarque de la foule du troisième âge par sa jeune gueule de tueur. Grand, barbu, masculin. Je suis assez flirty dans la vie. J’aime flirter. Je vois un beau gars et je le regarde, beaucoup. On ne me connait pas très subtil. En fait oui, je suis subtil dans l’approche, mais pas dans le geste. Quand je regarde un dude, c’est aussi subtil qu’un camion de vidanges dans une ruelle. Donc, je lui jette un regard de feu qu’il ne peut pas ne pas remarquer.

Ça vibre dans ma poche.

De la brume dans mes lunettes_extrait #13

Évidemment, Éric est témoin de notre échange, il est assis en face de moi. Même s’il joue avec intérêt à Candy Crush, bien avachi dans sa chaise de matante, il est attentif à mon échange et lève fréquemment les yeux quand je lui fais part de ce que j’écris et de ce que Mathieu me répond. Et évidemment, il me convainc de ne pas trop faire attendre le beau Mathieu. Il me souligne avec raison qu’un gars intéressé, beau et intéressant mérite à tout le moins qu’on s’y attarde et qu’on lui donne une chance (ou deux). Parce que c’est assez rare un gars intéressé, beau et intéressant, si le reminder est nécessaire. C’est pas rare, il y en a tout plein, mais vous comprenez ce que j’veux dire. Pis c’est aussi parce que je dis à qui veut bien l’entendre que j’ai envie d’être en couple. Faut que je sois conséquent.

Depuis le temps que j’ai accepté ma condition, que mon entourage le sait et que je vis activement ma différence sexuelle dans des lits inconnus, j’ai envie d’être en couple. Il me semble que ça va de soi. Je peux compter sur les doigts d’une seule main les amis qui n’en ont pas envie. Certains prétendent qu’ils préfèrent le célibat, mais je pense qu’ils se mentent à eux-mêmes. Et moi, mis à part quelques amourettes de quelques heures à quelques jours, ça ne m’est jamais arrivé. Je ne sais pas ce que c’est partager avec quelqu’un au quotidien (sur une longue période), les matins collés de fin de semaine (semaine après semaine), les brunch à deux, le sexe à toutes heures, les discussions sérieuses. Mais j’ai aussi envie d’un gars qui va me faire vibrer, autant que les Life Savers rouges. Pis pour le savoir, bin, je dois le côtoyer. Donc, je le côtoierai.

Avant de se quitter, Éric et moi on a « élaboré » la stratégie de retour sur l’échange textos. Je dois le texter (ou le rappeler, c’est mieux) pour lui proposer une autre journée, genre un déj samedi matin ou une date romanticoquétaine dimanche soir. Avec bouffe, alcool et film. C’est un bon conseil que Éric m’a donné: « Si t’es intéressé, mais que tu as autre chose de prévu, propose une autre soirée, ça entretient la flamme ». C’est ce que je vais faire right now.

J’embrasse Éric, on se serre dans nos bras et on se dit « à la prochaine fois ». Je choisis d’appeler Mathieu, même si j’HAIS parler au téléphone!

(ça sonne)

(il répond)

– Oui, bonjour!

– Yo! c’est Sam!

– J’ai bien vu sur mon afficheur…que me vaut ton appel, beau toi?

– Bin, je voulais te proposer une autre date, étant donné que je peux pas vendredi. Que dirais-tu de samedi matin, pour le déj ou dimanche soir, ailleurs que chez moi?

– Ahah! Je choisirais bien les deux, mais je vais y aller pour dimanche soir. Tu veux venir chez moi?

– J’ai complètement oublié de te demander si t’habites seul…

– Non! J’ai une coloc, bin sympathique. Elle est très discrète par contre. Une vieille amie que j’ai connu y’a 10 ans à l’école. Le plus beau, c’est qu’on vit et on laisse vivre, si tu vois ce que je veux dire. Et on a un immense appartement, avec chacun notre salon.

– Nice! Bin si ça te dérange pas, on peut faire ça chez toi?

– Ça ne me dérange vraiment pas. Ça me tente beaucoup, même!

– Bon, parfait, mais c’est moi qui cuisine, ça te va?

– Excellent! J’ai hâte!

On a convenu d’une heure, que Mathieu irait chercher le vin et on a jasé menu un peu avant de se laisser avec le sourire et l’envie de se revoir. Ça s’entend un sourire. C’est fou ce qu’il me fait à l’intérieur. Moi qui jouait l’indépendant face aux textos de tout à l’heure, ça vibre en-dedans maintenant. Étrange.

C’est ça, les papillons?

Très chère Pauline

Très chère Pauline,

Pour cette dernière lettre, j’ai envie de t’appeler Pauline. Et j’ai envie de te tutoyer. Ce n’est pas par manque de respect, c’est justement parce que je te respecte beaucoup. Les gens que l’on aime et que l’on admire font un peu partie de nos vies et on a souvent l’impression qu’ils sont comme un ami proche ou un membre de notre famille. Et malgré la distance que la fonction oblige, je me sens proche de toi. Depuis des années, tu partages un peu mon quotidien. À la maison, plus jeune, à travers les discussions avec mes parents, et plus vieux, dans les médias, durant la course à la chefferie de 2005, aux cabinets de Montréal et de Québec, à l’opposition et au gouvernement.

Ma mère, que tu connais bien, m’a transmis cette passion pour la politique et le Québec. Elle et Denise, sa sœur que tu connais aussi. C’est de famille, il paraît. Je me rappelle encore les conversations familiales teintées bleu foncé où l’on était un pour tous et tous contre Yvan, l’oncle fédéraliste! Il n’y avait de la place que pour le Parti Québécois et l’indépendance de notre beau Québec. Et pas question d’aller à contre courant! Un LeBlanc (ou fils de), c’est souverainiste, point final!

J’ai vu ma mère faire de la politique pour donner ce qu’elle a de meilleur à sa communauté. Je l’ai vu donner du temps dans une campagne électorale ou l’autre et surtout, participer avec conviction et ardeur au référendum de 1995. J’étais jeune, mais je l’ai suivi dans son élan. Parce que son élan était inspirant.

C’est grâce à cette femme formidable qu’est ma mère que je t’ai rencontré. Je devais avoir 20 ans. Depuis cette rencontre, parce que le cœur a ses raisons, j’ai décidé de te suivre et de t’appuyer, bon gré, mal gré.

C’était à ton tour de m’inspirer.

Ce que j’ai vu chez toi, c’est de la conviction, de la générosité, du respect et de l’authenticité. Ce que j’ai vu, c’est une femme qui croit profondément que les Québécois seraient mieux servis à diriger eux-mêmes leur destinée. Ce que j’ai vu aussi, c’est une femme fière, forte et déterminée à tout donner pour en laisser le moins possible derrière. Une femme qui croit vraiment qu’elle peut faire une différence.

J’ai toujours cru que tu irais plus loin encore. Dès le jour où nous avons été présentés, je t’imaginais un jour devenir la première. De ces réunions de comité dans Taillon, aux trajets en voiture où je te conduisais vers un évènement ou un autre durant la course à la chefferie – jusqu’à peindre ton local de campagne! – à ton retour en politique en 2007, je savais bien que jamais tu n’abandonnerais. Et je savais aussi que quoiqu’il arrive, je ne t’abandonnerais pas non plus.

Jour un de mon militantisme, j’ai travaillé pour que mon entourage connaisse la personne inspirante que tu es. Puis, j’ai écris des lettres d’opinion dans les journaux, j’ai participé à des tribunes téléphoniques, j’ai, avec mon copain de l’époque, créé un site internet qui s’appelait « Pauline la pas fine » pour démentir tous les ragots qu’on racontait à ton sujet. Je t’ai appuyé à tout moment, même quand je n’étais pas d’accord, parce que c’est ça, la loyauté. Je t’ai écrit aussi.

Avec toi, j’ai vogué de défaites en victoires, j’ai traversé des eaux troubles et j’ai grimpé au sommet de l’État. Tu y es arrivée! Tu es devenue la première! Ma première! Le sentiment que j’ai vécu à ce moment était indescriptible. Un moment unique, inoubliable, j’en frisonne encore. J’ai pleuré, même. Pauline Marois, devenait ENFIN première ministre! La première! Après toutes ces années de travail et d’attente, après tous ces efforts et cet espoir, enfin les Québécois avaient compris. Et tu m’as donné ma chance : celle de te servir au meilleur de mes compétences.

Les Québécois ont compris, mais ils oublient vite aussi. Ils sont devenus aussi insondables que les gens de la capitale nationale. Ils sont capricieux, ils tranchent et punissent par les urnes, en ne visant souvent pas les bonnes personnes. Je sais qu’avec toi, on aurait déplacé des montagnes, on aurait fait du Québec un endroit plus prospère et des Québécois, des gens plus fiers. Je le sais. Il nous fallait juste du temps.

La politique, on ne le dira jamais assez, est un sport extrême. C’est ingrat, aussi. Tu le sais plus que quiconque. Tu as tout donné, surtout ce que tu as de meilleur pour ton Québec. Tu lui as donné 30 ans de ta vie. Et qu’est-ce qu’il te reste? Nous, moi, des gens fiers et honorés d’avoir pu te côtoyer, d’avoir pu t’aider à atteindre ton idéal et de nous avoir fait rêvé. Tu as marqué l’imaginaire de milliers de Québécois. Et avec toi, on a fait l’histoire.

J’aurais aimé être plus proche de toi, pouvoir te parler de mes impressions, de ce que j’entendais dans la rue, qu’on discute du Québec qu’on souhaite pour tout un chacun. J’aurais aimé pouvoir te servir plus longtemps et qu’on fasse, tous ensemble, de grandes choses et plus encore, l’indépendance du Québec. Avec ton départ, c’est un peu une partie de mon rêve qui s’éteint. Il faudra quelqu’un de bien charismatique pour te remplacer à la tête de l’État et du Parti Québécois.

Tu m’auras appris le sens des mots travail, loyauté, humilité et détermination. Tu m’auras appris à donner ce que j’ai de meilleur pour une cause qui en vaut vraiment la peine. Tu m’auras appris qu’on arrive à tout à force de travail. L’espoir fait vivre, qu’ils disent.

Merci pour l’espoir et les convictions!
Merci pour l’aventure et le rêve!
Merci pour la fierté et la confiance!
Mais surtout, merci d’avoir été ma 1re première ministre!

Désormais, quand je parlerai de toi, je t’appellerai Madame la Première Ministre, parce que c’est que tu es. La plus grande des premières.

Prends bien soin de toi, Pauline. Et si tu as besoin de moi, je serai toujours là, prêt à servir.

Ton plus grand fan.

De la brume dans mes lunettes_extrait #12

– Bon matin, beau toi!, écrit Mathieu.

– Salut sexy! Tu vas?, je réponds.

– Tu fais?

– Je brunch avec mon ami Éric!

– Je vais bien, malgré la courte nuit…

– On est chez Régine!

– Oh! Chanceux! J’ai bcp entendu parlé!

– On reviendra si tu veux!

– J’aimerais bcp! T’as des plans pour ce soir?

– Hummm, oui! Je rejoins des amis pour un verre ou douze.

– Oh! Ok! J’ai hâte de te revoir! 🙂

– 🙂 (c’est tout ce que j’ai été capable de répondre).

BOOM! Il a hâte de me revoir. Déjà. C’est un peu intense, il me semble. Je ne sais pas trop comment le prendre, c’est pour cette raison que j’ai répondu avec un bonhomme sourire. Ça lui donne l’impression que je suis content de lire son dernier texto sans m’engager. Je suis content, là, faut pas douter, mais je trouve ça intense, comme je disais. L’impression, c’est bin important en relation, surtout au début. Et laisser une bonne impression, en laissant toutes les portes ouvertes, c’est vital. Ça nous donne la possibilité de choisir et à l’autre, d’espérer.

Éric me rappelle avec raison qu’un gars intéressé rappelle. C’est un point de vue qui se défend assez bien. Je suis intéressé aussi, mais je ne suis pas pressé, c’est tout. Il est vraiment génial, le mec, mais généralement, on dit d’attendre 2 ou 3 jours avant de donner des nouvelles. C’est un concept un peu débile, j’en conviens, mais il paraît que si tu rappelles trop vite, tu peux avoir l’air désespéré et si tu prends trop de temps, t’as l’air désintéressé. Faut jauger. Et on s’entend que ce n’est pas toujours évidente, de jauger.

D’abord, j’ai incontestablement envie de le revoir, mais le vendredi soir pour moi, c’est sacré. Je veux pouvoir décider de ce que je fais et avec qui je le fais. Je ne sacrifierai pas un vendredi soir festif pour le passer avec une simple date, aussi hot soit-elle. No way. Généralement, je passe tous mes vendredis avec mes amis. On va prendre un verre dans une boite de pédés, avec les amis jeunes ou vieux, on va manger dans un resto pas cher (et souvent cheap) du village et on finit ça sur une piste de danse, entourés de beaux gars (ou pas) et d’alcool. On finit souvent au même endroit, on voit souvent le même monde, on finit souvent saouls morts, mais ces soirées-là sont presque toujours mémorables. Et l’été, il y a les terrasses, la chaleur et les touristes pour ajouter au bonheur de vivre. Je les aime, mes amis. Et j’aime l’été.

Briller de mille feux

J’ai croisé l’ex-ex récemment. Dans le métro. Par hasard. Considérant le fait que j’ai étalé notre fin de vie amoureuse sur mon blogue – si peu, allons donc! – et que mon dernier texte était plutôt « violent » à son endroit, j’ai supposé qu’un signe de tête scellerait l’issue de cette rencontre impromptue. Mais non, il m’a vu, il m’a souri et s’est empressé de venir me jaser. Faque on a jasé. Simplement. On a même ri.

C’est dire que le temps arrange beaucoup de choses.

J’ai bien conscience que d’écrire sur des épisodes de ma vie, même sans nommer personne, puisse choquer/troubler/déranger les principaux intéressés. Ils se reconnaissent, tsé. Je sais aussi que ce n’est peut-être pas le meilleur moyen de développer une relation amicale post-relation amoureuse. Mais c’est le seul moyen que j’ai trouvé de faire sortir le trop plein d’émotions quand ça devenait insoutenable. Ça m’a évité d’être trop pathétique. Au téléphone ou par texto. Au moins ici, ils ont eu le choix de me lire ou pas. C’est à eux les oreilles.

Insoutenable, ça l’a été. Parce que pour cuver ma peine, j’ai délaissé les nuits de sommeil réparateur et j’ai enivré mes pensées de Grindr, de théâtre et d’alcool. J’ai tout remis en question, encore une fois, pour essayer d’éviter de répéter les mêmes erreurs, encore une fois. Comme d’habitude, j’ai exagéré, j’ai été pathétique et j’ai recommencé. Jusqu’à ce que ça s’arrête, après quelques mois, sans avoir besoin de crier lapin. Mais insoutenable, ce ne l’est plus et depuis un bon bout d’temps déjà. J’ai retrouvé le sourire. Pour moi et pour de bon, je crois bien.

Je pense encore souvent à ceux qui ont croisé ma route. J’ai encore beaucoup de questions sans réponse. Elles le resteront possiblement toujours. C’est sans doute le plus difficile à accepter. Il m’arrive parfois d’être nostalgique par rapport à ce qui s’est passé ou qui aurait pu/dû se passer. Je réalise aussi qu’ils m’ont apporté un peu ou beaucoup et qu’ils m’ont permis d’être là, en 2014, avec un coffre à outils-pour-la-vie bien garni. Juste pour ça, je suis reconnaissant. Pour la finale, je les emmerde un peu.

Par contre, ils m’ont aussi permis d’assimiler une chose fondamentale : la vie à deux est loin d’être parfaite. Pour vivre à deux, il faut du temps, de la patience et de l’ouverture. Une vie de couple sans problème ou discussion sérieuse, ça n’existe pas. ÇA. N’EXISTE. PAS. Communiquer, c’est essentiel. Il faut pouvoir parler de tout. Il n’y pas de sujet tabou.

Il n’y en pas, un point c’est tout.

Il y a quelques temps, j’ai rencontré un garçon génial. Avec lui, j’ai eu peine à m’ouvrir. Pas qu’il ne le mérite pas, pas qu’il n’en vaut pas la peine, mais j’ai eu maille à détacher la corde (avec un gros nœud) que le précédent avait attaché à mon cœur et ma tête. Puis, exaspéré, j’ai décidé de la couper et d’éteindre le ventilateur-when-shit-hits-the-fan. J’ai finalement laissé monter dans ma barque le dude avec un grand D. Depuis, il est là et il me rend heureux. Pour une fois, l’homme que je côtoie n’a pas envie de courir dans la direction opposée. Je n’ai pas besoin de le retenir, de l’attacher ou de lui promettre la lune. Il reste là, quand je grimpe dans les rideaux et quand j’en redescends. Il est même prêt à ramer pour deux.

Surtout, il me permet d’être moi-même. Et il aime quand je brille de mille feux.