You lost the moon while counting the stars

Ça fait longtemps que je ne t’ai pas écrit. Pourtant, je pense à toi chaque jour, plusieurs fois par jour même. Me suis dit que tu serais content de me lire (Ahah! Probably NOT!). C’est en écoutant Unchained melody en boucle aujourd’hui (bin quoi?!) que j’ai entendu ceci : « time can do so much ». C’est vrai que le temps fait beaucoup, surtout quand on est patient. Le fuckin’ temps.

Voici mon explication du pourquoi et du comment.

Lors de notre dernier échange courriel, je t’ai exposé trois faits: 1/ on s’est croisé dans la rue et on a jasé, simplement (c’était même assez agréable); 2/ je t’ai envoyé par courriel des vœux d’anniversaire courts et sympathiques auxquels tu as répondu par une platitude (ça commence à être ta marque de commerce); 3/ on s’est croisé dans un bar, on a dansé à quelques mètres l’un de l’autre, tu as même regardé longuement dans ma direction et pas même un hochement de tête. Et tout ce que tu trouves à me répondre c’est: « J’ai supposé que t’étais trop émotif »! Le problème, il est dans ma tête ou dans la tienne? À ce stade-ci, j’avoue être confus sur la question.

Paroles célèbres d’un ami : « P’t’être qui s’en câlice ». P’t’être bien.

Reste que, depuis cet échange et ces événements, j’ai compris une chose bien importante: je mérite beauuuuuuuucoup mieux. Je mérite plus de respect et de considération de ta part. Pour quelqu’un qui a prétendu m’aimer avec autant de passion et qui souhaitait garder un contact amical, t’es pas mal en train de rouler avec ton char sur ce qui restait d’amusant.  On jase, là.

Il y a quelques mois, j’écrivais ceci : « On se retrouve un matin sans douleur dans la poitrine, sans amertume, sans question existentielle. Le malaise s’est dissipé, on sourit de nouveau à la vie et on s’ouvre au bonheur ». C’est variable, mais je me sens un peu là.

J’arrive désormais à dormir sans artifice, je ne me réveille plus angoissé par ton absence, je suis capable d’imaginer mon quotidien sans toi, je me vois même rencontrer quelqu’un de bien à moyen terme. Pourtant (il y a toujours un « mais », tsé), tu me manques à chaque instant. Quand je reçois un texto (et que j’espère que ce soit toi), quand je ferme les yeux, quand je les ouvre, quand j’entends ton nom, quand je le prononce, quand je vois passer le nom d’un de tes amis, quand je lis des trucs du genre « you lost the moon while counting the stars », quand je rencontre un nouveau garçon, quand il m’embrasse, quand il me touche, quand je me réveille dans ses bras, quand sa voix ne ressemble pas à la tienne. Les occasions de penser à toi sont infinies, mais je n’ai plus mal à l’intérieur. Je suis déçu, je ne comprends pas (je ne comprendrai jamais), j’aimerais rencontrer quelqu’un qui va me donner autant de discussions intéressantes, de bon sexe, d’amour et d’attention que toi, mais je n’ai plus mal. J’ai même retrouvé cette urgence de vivre que j’avais piétinée en faisant ce que je faisais de mieux : m’adapter. Exit l’adaptation, viva la revoluciòn!

Tu sais quoi, je t’aime toujours du plus profond de mon cœur et je pense bien que ce sera le cas toute ma vie durant. Mais je n’ai plus envie de te drunk texter pour te le rappeler. Tu sais ce que je ressens, tu sais ce que j’ai à offrir et tu sais où me trouver. En attendant (même pas un peu), je vis à plein régime. Il y a bien quelqu’un sur cette planète qui n’aura plus envie de compter les étoiles et qui acceptera la lune que je voulais t’offrir. Life is good, you know.

Un petit bonheur de chemin

Je revenais d’une charmante soirée passée avec une amie dans un resto près de chez toi. Je venais tout juste d’enfourcher mon BIXI – la station de vélos la plus près était au coin de ta rue – en me disant que j’allais « innocemment » passer devant chez toi. À peine deux révolutions et trois mètres en direction de ton appart que je changeais d’idée et faisais demi-tour, au nom de ma santé mentale. Et comme ces choses-là arrivent au moment où on s’y attend le moins, tu étais là, à pieds, tournant le coin de ta rue.

Nos regards se sont croisés et, hésitants, nous nous sommes arrêtés. Les salutations – à distance raisonnable – ont été « chaleureuses » et la discussion, très cordiale. Tu as pris de mes nouvelles, j’ai pris des tiennes. Comme d’habitude, on avait beaucoup de choses à se dire, naturellement, sans effort. Je m’intéressais à ce que tu disais, et tu étais attentif. On a même ri un peu. C’était un dialogue très casual, sans terrain glissant ou détonateur à portée de main. J’ai senti beaucoup de respect et même un peu d’affection. À un moment, j’ai conclu avec un « bon bin, j’vais y aller » parce que je commençais à avoir peur de ne plus pouvoir m’arrêter de parler, de m’enfarger dans mes pensées et que ça dégénère, comme trop souvent. On s’est dit « au revoir » comme on le dit à un ami et nous nous sommes éloignés.

J’ai évidemment réfléchi à ce qu’on s’était dit, à tes réactions, à ton rire magnifique. Juste un peu. Je t’ai trouvé beau, comme toujours. Malgré tout, t’avais l’air bored, avec un genre de « crissez-moi patience » dans le geste. Souriant, agréable et sincère, mais bored.

Plus je roulais et plus je pensais à ma propre réaction et j’étais fier de moi. Je t’ai parlé avec ouverture et simplicité, sans animosité ou rancœur, comme si j’étais rendu là. En fait, je ne sais toujours pas où j’en suis rendu, mais j’ai eu l’impression d’avoir fait quelques pas en avant sur mon petit bonheur de chemin.

Quand j’ai raconté l’épisode à un ami le lendemain, il m’a dit avoir vu des étoiles dans mes yeux, une petite étincelle de victoire. Et il a vu juste, parce qu’après toutes mes lettres sans réponse, mon espoir déçu, mes larmes répandues, tes silences convaincants, le retour du petit paquet, ton fameux texto – assez dégueu, merci – sur le principe de « passer à autre chose » et l’impression d’être devenu un débile mental à tes yeux, cette petite parenthèse m’a permis de me remettre résolument à marcher, la tête haute.

Tu ne reviendras pas, j’en suis presque convaincu aujourd’hui, mais avec cette courte discussion, je t’ai montré le Lulu que t’as connu et ça, pour moi, ça vaut plus que tout les retours inattendus.

Come On Eileen

Ce devait être la fête du printemps. Il aurait fait 18 degrés, on aurait ouvert la terrasse, sorti la table de pique-nique, fait le va-et-vient entre le dedans et le dehors, on aurait été fous comme d’la marde. Au lieu de ça, il a neigé mouillé, ça slushait, faisait frette. Qu’à cela ne tienne, on est organisé, un party du printemps sous la neige, ça s’est déjà vu, mettez vos bottes dans le corridor et venez vous réchauffer entre la cuisine et la salle à manger.

Ce soir-là, vous deviez être une 40aine de personnes de tous acabits : nouveaux amis, amis de longue date, nouveaux et ex-collègues, famille, un mélange éclectique de genres, de milieux et d’intérêts. Une belle crowd diversifiée. Le temps maussade ne vous a pas empêché de vous pointer, vous étiez au rendez-vous, comme si vous attendiez cette soirée depuis longtemps. Comme d’habitude, je ne vous ai pas tous beaucoup parlé, me promenant de l’avant en arrière, m’assurant que tout le monde s’amusait, buvait et aimait ce qui se passait. J’ai ri avec quelques-uns d’entre vous, pris un coup avec d’autres, consolé un ami, bitché le passé et géré, avec deux grandes âmes, un type un peu trop bourré ruminant son incohérence à genoux dans la neige.   

Malgré la foule clairement dégourdie et la musique d’ambiance, ça vous a pris un certain temps avant d’enflammer la place. Il a fallu faire tourner « Come on Eileen » pour que le feu prenne! Vous vous êtes mis à danser les bras dans les airs comme s’il n’y avait pas de lendemain. J’aimais ce que je voyais, de belles personnes qui savent faire la fête, avec naturel et générosité. Vous étiez magnifiques à regarder.

Et à ce moment-là, je me suis estimé chanceux de vous avoir dans ma vie, de près ou de loin, que vous soyez là, avec moi et un peu pour moi, du bonheur plein les bras. C’est beau, la vie. 

Je n’y ai pas échappé, j’ai pensé à toi, juste un peu. Sur cette chanson, j’aurais bien aimé faire briller les étoiles dans tes yeux. À la place, j’ai répandu mon amour en sourires et en éclats de rire aux gens qui étaient là. Ils étaient contents, eux.

Avec tout ça, on a fait revenir le printemps. Quand je me suis levé ce matin, la neige avait fondu, le vent soufflait les odeurs de la nouvelle saison et le soleil brillait dans toute la maison. Je me suis dit que c’était un peu grâce à vous. En tout cas, dans ma tête c’est le printemps et c’est certain que vous y êtes pour quelque chose…

Voici les clés

Tu étais là hier, resplendissant comme toujours. Je t’ai aperçu au loin et tu m’as regardé à ton tour, quelques secondes. On ne s’est pas salué. Après tout ce qui s’est passé (ou ce qui ne s’est pas passé), le contraire aurait été étonnant et surtout, un peu étrange.

J’avais envie de passer une belle soirée, de ne pas appréhender quoi que ce soit, de ne pas t’éviter, mais de ne pas chercher à te voir. Surtout, j’ai essayé de mettre la switch à off. Malgré moi, je me suis souvent retourné pour te repérer, et toujours avec succès. T’es grand, beau et je t’ai dans la peau, donc difficile à manquer. Je m’imagine que tu as fait la même chose à l’occasion, juste pour « voir », par curiosité. J’ai dansé et dansé en chantant à tue-tête de vieux succès français (évidemment TOUS inspirés par l’amour) en vivant le moment présent. J’étais bien, vraiment.

Puis, il y a eu « Voici les clés », la chanson du bonheur et de l’espoir, et j’ai beaucoup pensé à toi. Je suppose que toi aussi, un peu. C’est MA chanson, tsé.

À minuit tapant, j’étais sur scène avec toutes les Dalida. Je l’ai fait un peu pour que tu me vois, un peu pour me défouler (c’est bien connu, Gigi L’Amoroso, ça rock!). Je ne sais pas si tu m’as vu, mais moi oui, et l’essentiel est que tu ne pouvais pas me manquer.

Puis, comme toujours, t’es parti sans dire au revoir et je me suis senti soulagé. La pression d’être le plus assumé, le plus beau et le plus souriant est tombée d’un coup et je me suis senti léger. Je me suis rendu au bar avec les amis et j’ai dument consommé trois shooters, trois verres de trop, sans réfléchir, sous des regards dubitatifs. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé ceci : je buvais ma peine.

Puis, subtilement, j’ai cherché un endroit où me réfugier et sans trop savoir pourquoi (en fait, oui, je le sais), je me suis mis à pleurer. D’amour, de tristesse, d’incompréhension, d’espoir, de bonheur. Les larmes coulaient à flot, sans retenue, incontrôlablement, comme j’en avais envie depuis longtemps. Puis j’ai profité de mon état d’alcoolémie avancé pour te texter « je t’aime ». Parce qu’au fond de moi, malgré moi, c’est un peu ce qui se passe : je t’aime.

Loin de la piste, de la boule disco et de la musique, avachi sur un sofa, les yeux fermés, les joues mouillées de larmes, avec la fictive envie de m’étendre sur l’asphalte, un ami m’a pris par la main et m’a ramené chez moi. Avec l’amour et l’empathie de celui qui comprend. Et ça, ça vaut plus que tous les amours ratés. En fait, c’est surtout ça la vie.

 

Un jour peut-être, très bientôt je l’espère, je ne penserai plus à toi de la même façon. Tu seras un lointain, mais magnifique souvenir. À ce moment-là, le soir venu, quand je fermerai les yeux, je pourrai imaginer mon avenir sans toi. Et je serai bien.

Le petit paquet

Je ne compte plus les jours depuis notre dernier échange, échange à sens unique cette fois, ton fameux statement sans tambour ni trompette. Quand j’ai ouvert la porte ce matin-là, le petit paquet que je t’avais offert se trouvait à mes pieds, intact. Il était là, parce que tu l’as ramené, une semaine plus tard, très tôt, en « passant par là ». Un déplacement utilitaire sans doute. L’occasion de faire d’une pierre, deux coups : mettre un enième, mais ô combien évocateur point final à mon roman d’amour et prendre la route pour le travail (c’est pratique, le pont est à deux pas).

Je l’ai vu, sans un pincement au cœur, sans grande surprise d’ailleurs, ayant bien avant toi envisagé cette option. Je me suis rendu au travail, comme tous les matins, relativement serein. Le message était clair et sans équivoque : « laisse-moi tranquille! ». Je l’ai compris. J’ai décidé de ne plus me manifester, de ne plus écrire, de reprendre le contrôle de ma vie. J’ai décidé (vraiment cette fois) de ne plus t’espérer, ne plus t’attendre, de regarder devant moi, les yeux grands ouverts, le cœur léger, avec la satisfaction d’avoir écouté ma petite voix et d’avoir foncé. Depuis, dans ma tête, j’ai fait un petit « X » de victoire sur mon calendrier.

Souvent, l’envie d’aller frapper à ta porte me prenait. Dans mon monde idéal, tu ouvrais, tu me prenais dans tes bras, fou d’amour et on reprenait là où on s’était laissé. Puis, je revenais à cette réalité qu’on s’est maladroitement infligée.  D’autres fois, en rentrant à la maison, je t’imaginais m’attendre devant chez moi. Tu me disais que je te manquais et que tu souhaitais qu’on se retrouve, autrement. Et là, l’évidence me ramenait à l’ordre, il n’y avait personne, devant chez moi tu n’étais pas. Je suis ailleurs maintenant, enfin je crois. Je suis heureux et confiant, c’est déjà ça.  Un ami m’a dit ceci : « Dear past, thank you for the lessons. Dear future, I’m ready », je suis un peu rendu-là.

Avec un peu d’aide et de réflexion, j’ai fait le constat suivant : une rupture, quoique hautement désagréable, nous permet de se remettre en question, de se repositionner, de réévaluer ses envies, ses buts, ses valeurs, mais surtout de réaliser SA valeur (in a good way). C’est l’occasion d’apprendre à voir la vie d’une autre façon, avec ouverture, simplicité et positivisme. C’est difficile, pénible même, angoissant aussi. Et si on ne s’en remettait pas cette fois? Ça fait tellement mal à l’intérieur qu’on se demande si on se sentira bien à nouveau. La route est longue, sinueuse, tantôt plateau, tantôt vallée, mais on y arrive, nécessairement, une larme et un sourire à la fois.

Et puis, avec tout ça, on ne peut qu’être meilleur demain. Pourquoi pas. 

Quand la colère va, tout va

Un ami me dit souvent que l’amour n’est pas une opération comptable. On ne peut ajouter, soustraire ou diviser une donnée d’un problème simplement comme on le ferait sur un bout de papier. Ce qu’on vit, n’est pas un chiffre avec une valeur définie ou une équation avec un résultat indiscutable. Les données s’additionnent, se soustraient aléatoirement avec parfois de drôles de résultats.

Souvent, quand tout semble fonctionner, quand la tête, le cœur, les tripes et le sexe sont au diapason, il arrive que ça ne fonctionne toujours pas. Le timing, le cheminement personnel, la peur d’être aimé, de l’inconnu ou de souffrir sont autant de raisons de reculer et trop souvent, de disparaître. Et même avec beaucoup de discussions et de persuasion, rien n’y fait, le sentiment est refoulé jusqu’à disparition complète (c’est ce qu’ils prétendent, du moins).

La suite peut se solder par de la colère difficilement exprimable et/ou canalisable. Guidé par l’insatisfaction de différents obstacles amoureux et l’espoir d’un revirement, ça sort « tout croche », avec une méchanceté déguisée, une incompréhension obsédante, une incrédulité déconcertante, une agressivité contenue, mais accusatrice et une tristesse débordante. Trop longtemps réprimées, les émotions peuvent faire beaucoup de ravages. Difficile, direz-vous, de bien s’exprimer quand on évalue, à tort, que chaque parole peut avoir une incidence désastreuse sur le cours des choses, comme si, un pas de trop dans un sens ou dans l’autre nous ferait passer automatiquement du purgatoire à l’enfer. Et naturellement, la colère dictant sa loi, le moment tourne au vinaigre, on regrette, on voudrait effacer l’ensemble de nos paroles et obtenir une seconde chance pour nos « dernières paroles ».

C’est un intense et fréquemment injustifié besoin de donner un sens, de trouver des réponses, de comprendre, mais aussi de bien paraître, de plaire, de convaincre qui façonnent maladroitement le cours des événements. C’est aussi et surtout un manque de confiance en soi et en la vie, de même qu’une incapacité à se respecter soi-même et à se faire respecter des autres qui dirigent la réflexion dans la mauvaise direction. Être en colère, la vraie, la laide, ça signifie qu’on n’a pas écouté suffisamment sa petite voix intérieure, qu’on a refoulé, enfoui, annihiler la moindre parcelle de ce qui compte vraiment : soi-même et son bonheur. Ça signifie aussi qu’on a peut-être mis de côté nos valeurs, nos besoins, nos envies pour quelqu’un ou quelque chose qui ne répondait pas favorablement à nos attentes. Faque, on devient frustré, pis on EXPLOSE!

Une partie de la solution c’est de partager nos réactions sans considérer l’autre comme responsable de nos sentiments. C’est le meilleur vecteur de changement. Simplement se mettre en colère ne changera rien, parce qu’on répètera encore et encore les mêmes « patterns ». Il faut aussi comprendre qu’on ne peut contrôler la véritable conclusion de nos histoires. Seule la vie sait vraiment où elle s’en va et il est à notre avantage de lui faire confiance. Ensuite, se faire confiance à soi-même, parler et s’écouter un peu, beaucoup, juste assez. Trouver un juste milieu entre s’exprimer, se contenir et devenir inutilement agressif. Finalement, accepter et avancer.

Je sais aujourd’hui que j’aurais dû m’exprimer davantage, autrement et qu’il aurait été pertinent de faire entendre ma petite voix à temps. Je l’ai fait, mais pas assez souvent et pas toujours de la bonne manière. J’ai trop fréquemment et inconsciemment choisi l’escalade à l’apaisement.

Je sais aussi que j’aurais dû, il n’y a pas si longtemps, le faire avec toi. Simplement parce qu’on le valait bien. 

 

Une chance qu’on s’a

Je les ai tous regardés hier soir, avec attention, en me disant que j’avais de la chance. Et j’ai apprécié chaque minute passée avec eux. J’ai vraiment profité (pour une rare fois) du moment présent (parce que, dans la vie, c’est ce qui est le plus important). Mon père, ma mère, ma sœur, son homme et les petits, le moment était agréable au possible. Il manquait la Française et un traditionnel étranger esseulé, il manquait toi aussi, mais les essentiels étaient là. 

C’était un réveillon composé de toutes sortes de discussions, sur tous les sujets. Des plus anodins, aux plus sensibles. On a ri, chanté, dit des gros mots, raconté nos vies dans le détail (on avait du temps), grincé des dents par moment, parlé avec passion, trouvé le temps long, ri encore et pleuré dans les bras l’un de l’autre, quétaine de même. On s’est aimé à cause. On a même parlé à la petite Boulotte au téléphone, réfugiée pour les festivités de Noël en terre de France. On a tout fait ça naturellement, sans se forcer, avec intérêt, sincérité et respect. 

Merci Jésus, ma famille a le mérite et le précieux privilège d’être – autant que faire se peut – équilibrée. Du moins, elle a appris à naviguer avec assurance sur des eaux pas toujours tranquilles. Nos parents nous ont offert le meilleur d’eux-même, avec tendresse et maladresse, avec justesse et excès. Elle n’est pas parfaite, oooooooh non! Mais elle sait discuter, écouter, s’entendre, profiter de la vie et surtout, aimer. Elle me fait du bien. Et elle a fait du bien à tous ceux qui se sont assis à leur table.  

Il y a eu des cadeaux aussi, mais rien d’indécent. Juste des enfants heureux, satisfaits, avec des étoiles dans les yeux. 

J’ai beaucoup pensé à toi hier soir, il me manquait quelque chose, mais je suis heureux. Parce que ceux qui m’entourent sont magnifiques. La famille, comme les amis. J’ai de la chance. Une chance qu’on s’a.

À vaincre sans péril on triomphe sans gloire

En amour, « passer à autre chose » est un concept qui devient plutôt flou et difficile à appliquer à soi-même. Ça signifie souvent mettre une croix sur quelqu’un à qui on tient, qu’on aime généralement beaucoup. C’est avancer seul, quand on a envie de faire le chemin à deux. C’est mettre derrière soi des mois de bonheur (nécessairement entrecoupés de creux), pratiquement du jour au lendemain. C’est se lever le matin en se disant que demain sera bien quand on pense qu’hier était mieux. Ça demande du temps (encore et encore), du recul et beaucoup d’efforts. Émotions en dents de scie obligent, on peut être pathétiques par moment, s’enfermer pendant des jours pour cuver notre peine, noyer notre chagrin dans l’alcool et les boites de nuit, embêter les amis avec les mêmes histoires ou perdre le contrôle devant l’être aimé croisé par hasard. Et ça passe, avec le temps. On se retrouve un matin sans douleur dans la poitrine, sans amertume, sans question existentielle. Le malaise s’est dissipé, on sourit de nouveau à la vie et on s’ouvre au bonheur.

Mais avant d’en arriver là, je suis d’avis qu’il faut, avec retenue et intelligence (prends des notes, Lulu), faire son possible pour réparer les pots cassés en cours de route. Quand on croit que ça vaut la peine, que cette histoire mérite de revivre sous de meilleurs cieux, il faut se battre avant d’abandonner. Il faut croire à l’impossible et garder espoir. Évidemment, en pareilles circonstances, ce sont les émotions qui guident trop souvent nos actions. Il faut donc prendre du recul et du TEMPS (le fucking temps).

Et je demeure persuadé que « nous n’avons pas le droit de fuir le bonheur [faire preuve de jugement ici]. La plupart des gens n’ont pas notre chance. Quand ils se plaisent, ils ne tombent pas amoureux. Ou quand ils sont amoureux, ça ne marche pas au lit. Ou quand ça marche au lit, ils n’ont rien à se dire après. Nous, on a tout, sauf qu’on n’a rien puisqu’on n’est pas ensemble » [1].

Je pense avoir compris. Passer à autre chose, pas de problème. Mais quand ce genre de bonheur te tend la main, tu la prends.

Avoir su, je l’aurais prise plus souvent…

[1] Beigbeder, Frédéric (1997). L’amour dure trois ans. Paris. Éditions Grasset & Fasquelle.

S’il suffisait d’aimer

Il paraît qu’on aime et qu’on arrête d’aimer de la même façon i.e. instantanément. Il paraît aussi qu’il n’y a pas de raison précise pour en arriver à l’un ou l’autre de ces constats. Ça arrive, comme ça, à un moment donné. Sachant tout ça, il ne reste qu’à apprendre à vivre avec le résultat, aussi incompréhensible soit-il.

Des mois passés à aimer, avec espoir et confiance, pour se retrouver au point de départ, un peu déçu d’avoir autant donné. Ça arrive. Trop souvent. C’est comme avoir l’impression que rien n’est arrivé, comme si, du jour au lendemain, on n’avait jamais existé.

C’est triste et bouleversant.

D’une conclusion à l’autre

J’ai cherché sans trop chercher, j’ai trouvé, j’ai espéré, j’ai aimé, j’ai reculé, puis avancé de nouveau, j’ai aimé plus encore, passionnément, mais c’était trop peu trop tard et j’ai perdu. J’aurai au moins essayé jusqu’au bout. Et je recommencerai, le cas échéant (tout en évitant les étapes où ça pleure à la fin).

J’aime beaucoup, passionnément, intensément. J’aime trop, à faire fuir, paraît-il. Beaucoup sont partis. Mais quelques-uns sont restés et j’ai vécu avec eux de belles et grandes histoires d’amour. J’ai encore espoir.

Et parfois, quand j’ai eu l’être aimé près de moi, prêt à tout, je m’en suis désintéressé sans raison et j’ai regardé ailleurs en espérant trouver « mieux ». J’ai eu tort. Trop souvent. Et j’ai perdu quelques bons partis en chemin. J’apprends toujours.

L’être humain est étrangement fait. Quand il a tout pour être heureux, il fout tout en l’air et quand tout est foutu, il veut faire marche arrière. Il a beaucoup de difficulté à réaliser ce qu’il a, quand il l’a. Et même quand il veut, parfois, il ne peut pas.

Life is a bitch.

Nous sommes souvent trop exigeants, trop sévères, pas assez tolérants. Il faut que tout fonctionne, tout de suite, maintenant. Et parfois nous ne sommes juste pas prêts. Mais l’amour, le vrai, ce n’est pas nécessairement le coup de foudre; c’est avant tout un travail de tous les jours. On ne s’aime pas en criant soleil. On s’aime en apprenant à se connaître, en s’appréciant, en partageant. On s’aime avec le temps.

Je l’aimais celui-là, mais j’ai manqué de temps.

Un jour, j’ai choisi de l’aimer et de lui dire, chaque fois que j’en aurais envie. Dorénavant, je le ferai dans ma tête, en espérant secrètement.

Ou je le crierai dans la rue, triste et perdu.