De la brume dans mes lunettes_extrait #19

Je suis sorti du bar déprimé. Saoul et déprimé. De moi, de mon rythme de vie nocturne, de la vie gay, des hommes. De Facebook, des crisettes dans les bars, des crocs-en-jambe amoureux, des textos malaisants, des situations délicates, des exs croisés ici et là, des changements de bord de rue, des lendemains de fin du monde. De tout. Avec le cerveau en mode scénario catastrophe. Pis quand c’est la nuit, qu’il fait noir, y’en a pas de lumière au bout du tunnel. Tout est pire. C’est sombre, gris, froid, même dans la tête. Surtout dans la mienne à ce moment précis.

C’est cyclique aussi. Ça arrive deux, trois fois par année; je suis rempli d’espoir, je glow in the dark, je suis invincible, mais le bulldozer de la réalité me rattrape et me roule dessus : JE. VEUX. UN. CHUM. Et je n’y arrive juste pas. Je butine trop, je fais des choix épouvantables, je pars avec le mauvais, je laisse partir le bon, j’en ai un, mais je continue de flirter, il l’apprend, c’est la guerre, je suis un pas fin. Toujours la même affaire. Me semble que ce serait l’temps de changer la méthode. Si, après plusieurs répétitions du même osti de pattern tu réalises que ça donne juste d’la marde, change de méthode. C’est juste pas la bonne. Réveille, bout’criss! T’as peur de quoi? De t’attacher? De t’ennuyer? Que ce soit pas le bon? T’as juste peur d’être heureux, p’t’être. Veux tu, j’vais te dire de quoi : tu ne le sauras jamais si tu ne t’investis pas un tant soit peu. Envouèye! Fonce!

Drunk text #1 : Salut, beau toi!  Je pense à toi. Hâte à dimanche!

Tiens, ça c’est du concret. Bon, drunk texter c’est toujours un peu pathétique, mais texter le dude qui te plaît et que tu vas revoir dimanche en tête-à-tête, c’est assez positif, il me semble. Note à moi-même : cette fois-ci, concentre-toi donc sur le gars qui t’as romantiquement donné son numéro de téléphone quand t’avais l’air du yâbe au travail. Ce serait peut-être un pas dans une meilleure direction.

Je suis arrivé chez moi et je me suis couché tout de suite. Il devait être aux alentours de 4h du mat. J’avais la tête dans l’cul, j’étais encore déçu et un peu triste. J’ai regardé un peu de porn, je me suis branlé, je suis venu partout, mais sans intérêt, pis j’ai visionné des vidéos de Simon’s cat sur YouTube en somnolent à outrance. Même le chat niaiseux a pas réussi à me faire sourire.

Quand j’ai ouvert les yeux vers 9h, c’est-à-dire beaucoup trop tôt, hangover, avec pas assez d’heures de sommeil et cette dégueulasse impression de fin du monde, ça allait déjà mieux. J’avais quand même besoin de m’aérer un peu. J’ai donc pris une douche qui m’a redonné vie et je me suis habillé pour affronter cette ensoleillée, mais sibérienne journée d’hiver. J’ai pluggué mes écouteurs, et j’ai fait jouer O Holy Night de Céline. Dans l’tapis. Et j’ai marché, comme s’il n’y avait pas de lendemain. J’ai décidé d’aller déjeuner. Tout seul.

Tricotée par la peur

J’ai écrit ce texte pour un concours de contes urbains. Le thème était la peur. Je l’ai abordé sur l’angle de la peur du rejet. Il semble un peu long, mais il devait être joué en 10 minutes. Il n’a pas été retenu, mais je suis bien content d’avoir fait l’exercice.

—//—

Ça faisait quelques années qu’on se connaissait. On était dans le même programme au cégep. Je sais pas trop pourquoi, mais on est devenu amis, comme ça, du jour au lendemain.

De très bons amis en plus.

Paraît qu’on devient amis parce qu’on est attiré physiquement par l’autre personne. C’est le premier contact, après tout. Je l’ai donc trouvé beau et il m’a trouvé belle. Pourtant, on était pas si beaux. On était jeune, sans expérience, naïf, lui maigrichon et moi, grassouillette. Et on n’avait pas de style, enfin oui, le style wannabe style des jeunes du cégep, cuvée 1998.

On était tellement ’98.

Toujours est-il qu’on a été amis et qu’on est devenus amants, pis chum et blonde. Anyways, on faisait tout ensemble: les travaux d’école, les sorties, les nuits blanches de fin de session. Toute. Faque on en a rajouté une couche, une couche de love pis de sexe.

Me souviens encore de notre premier baiser. On était chez ma mère – j’habitais encore là – dans le vestibule, entre la porte d’entrée et le long corridor. Y faisait nuit. Il était tard. On était fébrile. Mon cœur devait battre vraiment fort. Fort comme quand t’embrasses l’homme que t’aimes pour la première fois. Des fourmis dans les membres, de l’eau dans les yeux, des bouffées de chaleur. Des sensations dans le sexe. C’est le genre de moment où tu pourrais te faire frapper par un 10 roues que ça f’rait pas mal.

Je pense bien que c’est la première fois que je mouillais autant. Pis lui, j’ai senti son érection. Sa belle grosse érection à travers ses jeans trop larges. Ma première à vie. J’étais un peu retard avec les gars. En fait, c’est plus que j’avais jamais eu l’occasion d’en frencher un avant donc, d’aller plus loin. Mais là, à partir de ce moment-là, on allait faire plus que frencher.

On allait faire l’amour.

Faque on s’est frenché pis yé parti. C’est seulement le deuxième soir qu’on a fait l’amour. Drôle pareil de dire ça: faire l’amour. J’ai l’impression de parler comme mes parents. Mais y paraît que c’est ce qu’on fait quand on aime: l’amour.

Je l’aimais.

L’affaire…le problème…en fait…c’est ça. On s’aimait. Beaucoup même. Je sais qu’il m’aimait beaucoup. Pis ce gars-là, y’était pareil comme c’qu’on nous montrait dans les vues de p’tites filles. Y’était beau, fin, doux, attentionné. C’était toujours mon plaisir avant le sien. Lui, si y v’nait pas, c’était pas grave. Pas question de s’crosser entre mes seins pour se finir. Non. Lui, il se couchait à côté de moi et me caressait longuement. Tendrement. Souvent jusqu’à que je m’endorme.

Pendant ce temps-là, lui, il me regardait.

On a essayé tout plein de choses. J’ai avalé, y m’a mangé, on a essayé toutes sortes de positions, toutes des affaires qu’on faisait tous les deux pour la première fois. Juste parce qu’il fallait essayer, qu’y m’disait. Pis j’étais willing avec lui. Ça m’tentait full.

Esti qu’on a eu du fun! Lui pis sa grosse bite toujours bandée. Toujours prête à me faire jouir. Awwwww, c’était l’bon temps!

Câlisse!

Y’était fif.

Non, mais un osti d’fif!

J’aimais un esti d’fif!

Un esti d’bon fif, parzemple. Intelligent, respectueux pis toute. Mais fif.

De quoi j’allais avoir l’air quand le monde allait apprendre que j’étais en couple avec une tapette? Kessé que le monde allait bin dire?

Pis moi? PIS MOI? Bin moi, je l’aimais! J’avais une perle entre les mains, mais une esti perle rose qui mange des graines, bout’crisse!

Pis si j’étais responsable?

Genre pas assez féminine, pas assez belle, pas assez bonne au lit. Et si j’étais damnée, genre poursuivie par un mauvais sort qui attire les gars à paillettes?

Pire, et si c’était la dernière fois qu’un gars s’intéressait à moi?

Jour UN de la bombe atomique qui a détruit ma vie amoureuse, tout le monde était bin content pour lui:

« Tu dois tellement te sentir soulagé! »

« Ç’a pas du être facile de garder ça pour toi aussi longtemps! ».

Pis moué, chaque fois que je devais l’annoncer à des proches, on me répondait:

« Bin, oui, c’était évident…! »

Comment ça évident?

Évident comment?

Tant qu’ça?

C’est juste moi l’épaisse qui l’a pas vu v’nir?

Sinon, on me servait le fameux maladroit et ô combien insultant « un de perdu, dix de retrouvés, tsé! ».

Perdu, perdu, FUCK YOU!

Je l’aimais, moué, j’avais pas envie d’en trouver 10, j’en voulais un, pis c’est lui que je voulais!

Faque c’est comme ça que j’ai entamé ma vingtaine, flushée par une tapette, frustrée par la vie. Pourtant, j’ai pas eu beaucoup de symptômes. J’ai presque pas pleuré. Le fait qu’il me laisse pour un gars était bin moins dévastateur que si ça avait été une fille. Tsé, au moins, avec un gars, y’avait pas de compétition possible.

Je ne savais juste pas que quelques temps plus tard, ça allait provoquer une tonne d’affaires pas l’fun.

Le fait qui soit gay a rien changé, finalement. Se faire laisser, quand t’aimes celui qui t’laisses, c’est juste pas simple, pis ça réveille ce que t’avais réussi à enfouir pendant un certain temps: l’idée que ça puisse être le dernier. Quand tu redeviens célibataire, tu flair le danger de rester tu seule pour le reste de ta vie. Comme si celui-là, plus wise que les autres, avait enfin compris la personne que t’es vraiment: bonne à rien.

Pendant plusieurs mois y s’est rien passé de majeur. Sans être totalement anesthésiée, disons que la vie continuait « comme d’habitude ».

Tout s’est « bien » passé jusqu’à ce que je rencontre un gars – qu’on va appeler Serge juste parce que, de toute façon, c’est le nom d’un gars que tu présenterais pas à tes parents :

« Salut! Salut! Comment tu vas? T’es belle? Veux-tu sortir avec moué? »

Fuck!

Je fais quoi?

J’ai perdu tous mes réflexes de cruise.

J’ai l’air d’un lémurien sur l’Ativan.

Aucune réaction, aucune émotion, juste l’envie de courir, mais incapable de le faire.

Figée.

Muette.

L’air d’une atardée.

Fuck-eeeeeee!

Anyways, faut croire que j’avais pas de meilleurs réflexes avant puisque je suis tombée amoureuse d’une tap’, s’il est utile de le rappeler.

Y’était beau en esti, le Serge. Grand, bâti, barbu, d’la corne su’é mains, un homme avec un H aspiré. Une grosse voix chaleureuse. Du poil su’ l’torse.

Mais pourquoi moi?

Moi là, la pas belle, la pas bonne, la pas capable qui a juste réussi à rencontrer un gay pis qui s’est fait domper.

À partir de là, de sa « déclaration », me suis mise à anticiper toute sortes d’affaires weird. J’entrevoyais déjà le danger de me donner toute entière pour fuck all ou de me retrouver seule dans 1 mois, de l’espoir plein la panse, encore une fois.

Ça se peut juste pas qu’y s’intéresse à moi.

Ça. Se. Peut pas.

« Ça, ma p’tite madame, c’est la peur », que m’a dit mon psy. Ça, pis que j’ai pas confiance en moi.

Surprise!

Faque j’ai laissé le dude me baiser une fois, sans grande conviction (moi, j’parle, lui y’était fucking convaincu) et j’ai pas donné suite. Y m’a dit des belle affaires, mais j’ai pas répondu.

Y frenchait bin le grand câlisse.

Me suis plutôt enfermée dans ma bulle de pas-de-confiance-en-moi pis de peur-d’être-heureuse pis j’ai attendu que le temps passe.

Loooooongtemps.

Quelques mois.

Presque une année complète.

J’ai fui.

Les gars, les sorties, les amis.

Me suis achetée un chat et me suis concentrée à apprendre à tricoter tu seule sur mon sofa, en regardant Love Actually en boucle. Pis flatter mon chat. Une vraie de vraie Bridget Jones.

Me geler le cerveau pour anesthésier toutes les émotions négatives. La peur.

Ouin.

Cé ça quié ça.

Pas de gars, pas de peine. Pas de peine, pas de peur.

Me semble que c’est clair.

Des paillettes de solidarité

Martineau, tu m’as mis le feu au cul. Parce t’as encore dit des niaiseries. Ce qui me décourage, c’est que t’es payé pour le faire. Mais plus encore, tu ouvres la porte à des imbéciles qui se permettent des aberrations d’intolérance. Liberté d’expression, tu me diras. Mais il y a des limites à la liberté quand elle entache celle de l’autre. Ton « incompréhension », aussi anodine soit-elle, mais publiquement avouée, génère des commentaires d’une gênante étroitesse d’esprit qui n’a pas sa place nulle part.

Je m’adresse à toi et à certain de tes lecteurs.

—//—

Toi, le blanc hétéro sans histoire, tu ne comprends pas l’importance de célébrer la Fierté gaie. Tu trouves qu’on est exagérés, déplacés, exubérants et qu’on devrait juste « être » et faire « comme tout le monde ». Pas besoin d’être fier de quoique ce soit de toute façon ou de se montrer avec des plumes dans l’cul, on a le droit d’adopter des enfants sur « votre » bras, c’est bin assez.

Toi, le blanc hétéro sans histoire, tu rejettes l’idée d’un défilé parce que toi, le blanc hétéro sans histoire, tu n’en as pas, toi, de défilé. Tu prétends ne pas avoir à être fier d’être blanc, hétéro et sans histoire. Et s’il fallait qu’on fasse un défilé pour tous les « gens différents », il y en aurait tous les jours.

Toi, tu ne te réveilles pas un matin de tes 6 ans avec du désir gros comme la Terre pour un copain du même sexe que toi sans comprendre pourquoi. Tu n’as jamais eu peur d’en parler, toi. Toi, à 6 ans, tu joues avec tes autos miniatures et tu ne penses pas à ça. Au mieux, tu joues au docteur avec ta petite voisine et ça, c’est drôle et mignon, tsé.

Toi, tu ne comprends pas ce que c’est de vouloir être « normal » aux yeux de gens comme toi. Tu n’as jamais eu à mentir sur qui tu es intrinsèquement pour avoir l’impression d’être accepté de gens comme toi. Parce qu’être pointé du doigt parce que t’aimes pas les mêmes choses que « tout le monde », tu ne connais pas ça.

Toi, tu ne comprends pas ce que c’est de faire rire de toi par des p’tits cons de ton école. Entouré de blancs hétéronormatifs, l’enfant « différent », qu’il soit blanc, gay, noir ou jaune, ne fait pas partie de la norme, il est donc risible, cela va de soi.

Toi, tu ne comprends pas ce que c’est d’avoir 16 ans, une blonde pour être « comme tout le monde » et être amoureux de ton meilleur ami. Tu ne sais pas ce que c’est de ne pas pouvoir lui dire parce que ce n’est pas « normal » ou « acceptable ». Les questions que tu peux te poser sur ton orientation sexuelle ne t’empêchent pas de dormir, toi.

Toi, tu ne comprends pas ce que c’est d’avoir 15, 20 ou 30 ans, d’être un gars (ou une fille) et de devoir annoncer à tes parents que t’aimes quelqu’un du même sexe que toi. Aussi compréhensibles et humains soient-ils. T’as rien à annoncer de spécial sauf, peut-être, que t’as rencontré quelqu’un et ça, pour tes parents, cela va de soi.

Toi, tu ne comprends pas cette peur d’être rejeté par ceux que t’aimes parce que la société te considère comme différent. On ne rejette pas un gars qui présente une fille à sa famille, à ses amis ou à ses collègues. Ou l’inverse.

Toi, tu n’as pas à avoir peur de marcher sur la rue et de tenir la main de la personne que t’aimes. Et toi, tu peux le faire partout dans le monde. C’est normal d’être toi. C’est accepté partout, comme VISA. Moi, pas si loin que ça, je peux me faire jeter d’un resto parce que j’aime un gars. T’as déjà pensé à ça?

Toi, t’as peut-être oublié qu’il n’y a pas si longtemps, à Montréal, on coffrait des gens parce qu’ils se retrouvaient dans des endroits dits clandestins parce que ce n’était pas légal d’être eux. Ils se cachaient pour être heureux. T’as peut-être oublié aussi qu’ils se faisaient tabasser sans autre raison que leur différence et que leurs bourreaux étaient impunis et parfois même, applaudis.

Toi, tu soutiens parfois les syndiqués ou les étudiants dans leur lutte pour l’équité, mais tu ne soutiens pas des gens qui font encore parfois les frais de commentaires homophobes, d’humiliation, de licenciement injustifié et de violence. Tu ne réalises pas que 77 pays dans le monde ont des lois pour condamner les homosexuels et qu’ils imposent parfois la peine de mort. Toi, as-tu peur d’être tabassé parce que t’es blanc, hétéro et sans histoire? Tu te souviens des deux jeunes gay iraniens qui ont été pendus par leurs pairs parce qu’ils s’aimaient? C’est ça, tu crois, la vie?

Toi, tu penses que de payer des taxes et d’avoir des avantages fiscaux est suffisant. Toi, tu penses qu’on s’est battus juste pour ça. Mais tu ne comprends pas qu’on s’est avant tout battu pour être respecté et accepté, non pas juste toléré. On s’est battu pour rester debout.

Dimanche, la vie était belle. Des gens s’amusaient, défilaient le sourire aux lèvres, dansaient et fêtaient la fierté du chemin parcouru pour la communauté LGBT ici et à travers le monde. Qu’on le fasse avec exubérance, des plumes dans l’cul, enveloppé de latex ou les fesses à l’air ne change rien. On est là pour faire du bruit et rappeler que la différence existe. Et c’est beau, la différence. Qui plus est, ça aide parfois quelques âmes en détresse à sortir la tête de l’eau et vivre. Tsé, vivre.

Plus important encore, on a vu défiler tous les organismes communautaires qui donnent sans compter afin de rendre plus humaine la vie des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres dans le besoin.

Finalement, on a gardé une minute de silence en l’honneur de ceux qui sont morts du SIDA et de l’intolérance et de ceux qui marchent toujours pour leur liberté au péril de leur vie. C’est pour ça, qu’année après année, lors de la minute de silence, je lèverai le poing afin de signifier que je les soutiens dans leur combat. On appelle ça la solidarité.

Bref, j’aimerais que tu prennes deux secondes pour réfléchir à tout ça. Parce que toi, tu n’as peut-être jamais eu à te battre pour exister.

De la brume dans mes lunettes_extrait #18

On est monté au 2ième vers minuit. Évidemment, la place était au trois quart vide. Le monde sort de plus en plus tard, mais l’heure de fermeture n’a pas changée. Ce qui fait que c’est encore plus difficile d’entrer en contact avec quelqu’un. Le temps manque cruellement pour générer une toute petite étincelle. Anyways, plus personne ne se regarde ou se parle dans les boites de nuit. Plus besoin, puisqu’il y a Grindr (entre autres). Si tu trouves pas ZE ONE en arrivant – genre tu fonces dedans, vous vous regardez avec de l’amour dans les yeux, vous vous frenchez et devenez un couple indestructible instantanément – pas de problème, il y a un logiciel pour toi. Prend ton téléphone intelligent, ta tablette ou ton ordi et cliques, t’es à 2mo de upload/download de fourrer la Terre entière.

Je l’ai encore désinstallé. Ça doit bin faire 20 fois en 20 jours. J’ai développé une relation amour/haine intense avec les logiciels de « rencontres ».

L’affaire, c’est ce que ça t’offre du rêve: l’espoir de trouver quelqu’un pour la nuit (surtout) ou pour la vie (on sait jamais). Ça semble tellement plus simple. Tu navigues dans un catalogue de photos de beaux gars, avec ou sans torse, avec ou sans tête, avec ou sans queue. Y’a de tout, pour tous. Vraiment.

Mais le monde est tellement picky. La fameuse phrase « masculin cherche idem » est devenue un classique de blague et de réalité. Parfois, tu fais de belles rencontres, mais c’est rare x 1000. T’es jugé à ta photo ou à ta première phrase. Pas le temps de niaiser, le gars cherche du divertissement NOW.

Pis quand tu réussis à attirer l’attention d’un gars généralement hors de portée (des muscles, du poils, une gueule de tueur, un sex appeal à la Chris Hemsworth), tu réalises que la discussion ne mène nulle part, même si ton interlocuteur disait aimer la discussion. Faque tu passes au suivant, puis encore au suivant jusqu’à avoir envie de garrocher ta machine sur le mur et t’acheter un chat.

En gros, ça sert à rien. En fait, oui. Ça sert à réaliser que ce n’est pas ça, la vie, que t’as pas nécessairement envie de trouver l’homme de tes rêves dans un catalogue et que tu vaux plus qu’une photo et une description sommaire. Même juste pour du sexe. Tu. Vaux. Plus. Que ça. Tu m’entends?

Faque au final, les gars autour de mon âge qui sortent dans les boites de nuit, c’est pas facile d’approche. Se regarder, flirter, se parler, se désirer, s’apprivoiser ça n’existe pas. Je dois pas être de mon temps ou juste trop sensible. Câlice.

En voyant la salle vide et le même monde que la semaine d’avant j’ai eu une sorte d’épiphanie. Je viens de rencontrer un gars qui semble fantastique et sincère. Veux-tu bin me dire ce que je fais ici? Est-ce que j’ai vraiment envie de jouer la même game que d’habitude et toujours chercher à trouver mieux?

– Veux-tu bin me dire c’qu’on fait ici?, je demande à JF.

– Je sais pas trop, la même chose que d’habitude?

– Boire, danser, boire, p’t’être frencher, p’t’être en ramener un à maison?

– Ça ressemble à ça.

Samedi soir sur la Terre

Samedi soir dernier, j’ai croisé l’ex. Le dernier, cette fois-ci. Je m’attendais à toutes sortes de réactions de ma part, considérant que je ne l’ai croisé qu’une seule fois en 10 mois et qu’à cette occasion, on n’a échangé que quelques mots distants. Samedi, c’était la première fois qu’on se retrouvait vraiment au même endroit et qu’une discussion était envisageable.

Je l’ai vu, mais semble-t-il que lui, non. Il ne m’a pas reconnu, semble-t-il aussi. En fait, on m’a dit qu’il n’était pas certain que c’était moi……..hehum. Peu importe. Pendant tout le processus de reconnaissance visuelle, j’étais assis au bar à profiter du spectacle organisé pour l’anniv’ d’un ami. Lui, l’ex, était assis à quelque pas de moi, hors de mon champ de vision (mais moi dans le sien). Je me sentais bien dans mon intérieur. Pas de tension particulière, pas de malaise non plus. Pas nécessairement envie d’entrer en communication, mais bien dans ma peau. J’étais en contrôle.

Il a fini par venir me saluer. Puis, c’est tout.

Plus tard, Superman et Obi-Wan, deux bon amis, sont venus me rejoindre. C’est à ce moment que le processus de communication s’est enclenché. Superman est bin willing quand il boit. Il perd ses filtres et réchauffe sa gêne. Faque il a dit à l’ex qu’il fallait enterrer la hâche de guerre (ou de peine, c’est selon). Après une longue discussion, l’ex est venu vers moi et m’a offert un verre. J’ai acquiescé, un peu sur mes gardes, tout de même.

Toujours est-il qu’on a jasé. Il a commencé par s’excuser une énième fois de m’avoir fait de la peine. Puis il m’a dit qu’il était content que j’aie rencontré quelqu’un de bien. Il n’en fallait pas plus pour me starter. Je me suis assis confortablement dans mon bulldozer et j’ai commencé à avancer. BIM! BANG! POUF! J’ai gardé mon calme, mais j’ai été ferme. Je lui ai dit ce que j’avais sur le cœur depuis tout ce temps. À visière levée. Je lui ai dit que je regrettais beaucoup. Je lui ai rappelé que quand on prétend aimer, on fait des efforts. Je lui ai donc fait la morale. Sur le coup, ça m’a fait un bien fou. Puis, calmement, sincèrement, il a dit : « je ne regrette rien de ce que j’ai pu te dire ». Ça devait aussi inclure les « je t’aime ».

J’ai terminé mon plaidoyer en lui disant qu’on n’avait sans doute plus rien à se dire.

Bête de même.

Il m’a fait de la peine et j’ai voulu lui en faire aussi. J’ai été maladroit et lui aussi. J’ai été condescendant et lui, excédé. J’ai voulu avoir raison, il a juste voulu être fin. Il n’y avait aucune raison que je mette des bombes en-dssour du char. Je suis heureux, il est heureux. La rupture nous a fait mal, mais elle nous a propulsé ailleurs, dans d’autres cieux différemment agréables, sans aucun doute mieux pour l’un et l’autre.

Je ne regrette pas ce que je lui ai dit. Je regrette seulement de lui avoir dit. Parce que ce n’était pas nécessaire. J’ai mal choisi mon combat. Ça arrive.

J’ai juste voulu avoir raison. Rien d’autre. Avoir raison et me tenir debout. Lui remettre en plein face que j’ai tant espéré/donné/aimé/pleuré pour fuck all. Je sais que c’est lui qui a raison: on est beaucoup mieux l’un sans l’autre/on n’était pas fait pour être ensemble. Ça n’enlève rien à ce qu’on a vécu/senti/aimé/voulu. C’était un beau moment, c’est terminé, on regarde devant, le cœur léger.

Après réflexion, j’aurais plutôt dû m’en tenir à ce que je lui ai déjà écrit : « Merci d’être passé, tu m’as rendu heureux. Merci d’être parti, tu m’as ouvert les yeux. Et merci de m’avoir permis d’avancer un peu plus dans la vie ».

On ne sera sans doute pas de bons amis, mais je n’ai pas envie de le détester.

Je lui ai donc écrit ceci : « On essaiera de faire mieux la prochaine fois qu’on se croise. Et merci pour le shooter 🙂 « .

√ Seen : 12:11 pm.

Ouin. Merci pour le shooter ;o)

 

Critique / Sister Act

Théâtre St-Denis 1 // Jusqu’au 2 août (dans le cadre du festival Juste pour rire)

Je m’attendais à du gros quétaine. Je m’attendais à ce que le jupon dépasse. Je n’espérais pas grand-chose d’une comédie musicale à la sauce québécoise traduite de l’anglais. Le jupon dépasse, c’est quétaine, mais c’est tout de même excellent.

Pas besoin de résumer l’histoire, tout le monde connait Doloris Van Cartier, chanteuse de cabaret, qui se retrouve cachée chez des religieuses à l’abri de son dangereux copain et impresario.

Les décors sont efficaces, les costumes, magnifiques et la mise en scène de Denise Filiatrault, bien rodée. Le jeu de Dayane Ntibarikure, qui incarne Doloris, est très, très moyen, voire mécanique. Le chant n’est guère mieux : sa voix manque de puissance, de justesse et de présence. Dans le rôle de la mère supérieure, Linda Sorgini est irréprochable, autant dans le jeu que dans le chant. Sa voix est très solide, impeccablement juste et extrêmement malléable. France Castel, Dorothée Berryman et Suzanne Champagne, malgré leur rôle léger et comique, ajoutent beaucoup de professionnalisme à l’ensemble. Albane Château, dans le rôle de Sœur Marie Robert, rayonne d’un rare talent dans son numéro solo. D’une extrême justesse et d’une délicate, mais solide intensité, les spectateurs ont eu peine à contenir leurs applaudissements avant la fin de sa prestation (j’en suis). Les mélodies sont accrocheuses, le chœur, envoûtant. On tape du pied allègrement. La pièce est un peu longue cependant (2h30 avec entracte) et certains passages (surtout les gars, dont Normand Brathwaite) mériteraient encore du travail (beaucoup).

Bref, malgré l’inégalité de certains passages, la comédie musicale Sister Act « made in Québec » vaut amplement les 120$ au parterre. À vous plaquer un sourire du début à la fin.

De la brume dans mes lunettes_extrait #17

De proche, il est moins hot, on dirait. Mignon, mais pas à se jeter par terre. Les traits séduisants que je distinguais/convoitais là-bas sont moins définis/attirants ici. Pas que j’étais vraiment loin de l’autre côté du bar, mais avec les lumières tamisées et les effluves d’alcool, on peut embellir de beaucoup la réalité.

Faque c’est ça là, je suis planté devant lui, la main tendue. Il me regarde des pieds à la tête, sans broncher. Puis, rendu au sommet de ma subtile perte de cheveux, il esquisse un léger sourire, une pointe de condescendance dans les yeux. Surtout du désintérêt, je dirais. Comme si le scan tout juste effectué ne passait pas son test. Test de marde, oui. Puis, vient LA question poche de la soirée, avant même toute sympathique entrée en matière :

– T’as quel âge?

Même pas un « salut », là…

– Salut, moi c’est Samuel, j’ai 24 ans! Et toi?

J’ai appris à être poli, moi.

– 39, dit-il sèchement, en regardant ailleurs.

– Ok. Ça m’dérange pas, les gars plus vieux, dis-je peu maladroitement et vraiment pas convaincant. Transparence, je disais.

– Ahah. Bonne soirée!

– Ah bon…

Et le voilà qu’il part avec son verre de bière à moitié vide, le menton légèrement relevé, presque fier d’avoir été une petite vache! Bête de même! Bon. Je ne sais pas si je dois me sentir idiot d’être allé lui parler ou le trouver, lui, complètement nul d’être parti comme ça sans minimalement discuter. Parce que hé! on aurait juste pu jaser de tout et de rien sans attente. Faut croire que lui cherche un truc vraiment précis et que je ne corresponds pas à cette précision. Ça donne l’impression qu’il voulait vérifier si j’allais être assez willing pour faire les premiers pas. J’étais willing. Il a gagné son pari. C’était un risque à prendre. Ça joue un peu sur l’orgueil, quand même. Chose certaine, et une bonne affaire de réglée, c’est pas l’homme de ma vie. Ah!

– On dirait bin que tu t’es fait r’tourner d’bord!, me lance JF en scrutant « l’horizon ».

– Esti oui, pis sèchement à part de d’ça.

– C’est quoi, t’es pas assez beau?

– Non juste pas assez vieux. Y voulait trouver un mari à tout prix, j’cré bin. Exit la discussion légère et amicale. Il est parti, seul dois-je le rappeler, à la conquête de l’homme idéal…et de son âge!

– C’est plaaaaate! Bon, on commande tu d’autre bière pas bonne?

JF et moi avons bu une bonne partie de la soirée. Vers 22h, assez saouls, on a décidé d’aller prendre une pointe de pizza au petit boui-boui en face de la SAQ sur Ste-Cath. C’est là qu’on trouve la meilleure pizza au bacon de l’univers quand t’as trop bu. Pis on est retourné au Sky, les mains graisseuses et le ventre plein.

– Man, on n’apprend pas! Yé juste 11h pis y’a personne!, je dis sans être vraiment contrarié.

– Pis moi qui trippe pas sur le show de drags du vendredi…au moins, l’été, on peut aller passer l’temps sur la terrasse…

– Bon, on va tu voir Tante Gaby pour des shooters?

– OUI!!!, dis JF comme si je venais de lui offrir la Lune.

Et le show ô combien désagréable de drag queens poches commence. Buvons!

Critique / Les ordinateurs

Mission Santa Cruz // Jusqu’à dimanche (dans le cadre du festival Fringe).

Un homme, Louis, sans grande envergure et peu ambitieux, décide de se joindre à un regroupement secret et restreint qui analyse les distorsions cognitives imposées par la société pour éventuellement s’en libérer. Ensemble, lui et les personnages qui ne semblent vivre que dans son ordinateur, entreprennent un programme de déconditionnement radical basé sur des théories à l’emporte-pièce. Le but: agir et penser autrement. Il finit par confondre sa réalité avec ce qui se passe dans son monde virtuel. Le jeu des acteurs (dont Samuel Brassard) est impeccable, la mise en scène est simple, mais efficace. J’aurais évité de donner un faux accent à Sylvain, cependant. L’ensemble est intelligemment réalisé, bien écrit et plaque un sourire au visage du début à la fin.

D’abord, c’est quoi l’amour?

On a commencé ça par un sympathique repas bien arrosé, entouré de gens drôles et agréables. On en a profité pour installer le Magic Mesh qui traînait sur la table. On l’a installé à quatre, en déconnant sur l’inutilité et le mauvais désign de l’objet. Deux installateurs, deux commentateurs. Pis on l’a testé, allégrement, en le traversant comme les stars qui entrent sur scène avec classe et aplomb. Après quelques essais plus ou moins fructueux et quelques déchirures stratégiques, il a fini au fond de ma poubelle. Alléluia. Beau moment.

Faque on a continué à boire et à jaser de tout et de rien. Le verbe léger, le coude aussi. Pis, on a décidé de sortir. Dans une boite de pédés. Parce que c’est, semble-t-il, un endroit où il est « facile » de rencontrer. Un ex m’a déjà dit qu’il ne comprenait pas la fréquence de mes sorties dans le village. Il affirmait qu’il se pointait dans une boite de pédés uniquement quand il avait envie de se trouver une baise (mais pas l’amour), insinuant, à mots à peine couverts, que 1. c’était simple pour lui de trouver et 2. de sortir là régulièrement faisait de moi une personne qui ne cherche que du sexe i.e. une personne de mauvaise vie. Une salope, quoi. Étrange raisonnement.

Pour quelqu’un qui s’y connait en bars gays saura affirmer que 1. trouver une baise (ou autre) n’est pas automatique ni toujours simple (surtout quand t’as un minimum de goût) et 2. qu’on en pense ce que l’on voudra, un bar reste un bar, village ou pas, et des amis s’y rencontrent souvent juste pour prendre un verre et jaser. Oui, oui, ça se peut. Certes, le principe de l’offre et de la demande est omniprésent, mais il est tout à fait possible de sortir dans un bar du village sans se frencher les amygdales ou se faire tâter l’pen.

Cela étant dit, je suis sorti en « célibataire », avec mes amis vraiment célibataires. Rendu là, on a continué à absorber une quantité vraiment pas raisonnable d’alcool, parce que c’est l’fun, ne pas être raisonnable. Et on s’est planté sur la piste de danse en choisissant un spot avec du beau monde, pour tout l’monde (j’ai quand même le droit de regarder, tsé). Mes amis étaient tout sourire et attentifs à la faune autour de nous. Ils avaient avant tout envie d’avoir un peu de plaisir entre amis, mais aussi, peut-être, who knows, de rencontrer un homme pour la nuit, mais surtout pour la vie.

Parce que vient un moment où, après une série d’histoires d’amour poches ou un trop long célibat, tu exiges, avec raison, que ce soit ton tour. T’as peut-être pas 100% confiance en toi, mais t’es une belle personne, t’as une belle personnalité et t’as un shit load d’amour à donner. Mais ça marche pas. Les gens que tu rencontres sont pas prêts, pas dans l’mood, pas rendus là. Ou ça veut juste pas faire d’efforts. T’es beau/belle, t’es magnifique même, mais c’est pas suffisant. C’est JAMAIS suffisant.

Ok, tu vas m’dire qu’il faut apprendre à être heureux avec soi-même et qu’on ne devrait pas avoir besoin des autres. Soit. T’as bin raison. Mais ton affirmation est plate. Je pense que même le plus endurci des aigris des célibataires a besoin d’affection de temps à autre, de plaire, d’être désiré, d’être regardé avec des étoiles dans les yeux. C’est vital, je pense.

Bin, comme à peu près à chaque semaine, ils sont tous rentrés bredouilles, sans même avoir communiqué avec un animal de leur espèce. Rien. Pas d’french, pas d’échange de numéros, pas de zieutage à l’urinoir. Sans doute quelques regards échangés, mais c’est tout. Pourtant, c’est si simple de rencontrer. C’est simple pour qui, déjà?

Des solutions efficaces pour rencontrer, y’en a juste pas. Ça arrive ou ça arrive pas. Ça prend une tonne de facteurs anodins pour que ça arrive, parfois pas. Le hasard, l’alignement des étoiles, la pleine lune, un nouveau t-shirt, une victoire du CH. Pis sont beaux, mes amis. Comme tout le monde, ils ont des issues et un passé à porter, mais sont fucking beaux. Dedans comme dehors. Pis vrais. Faque, c’est simple pour qui, déjà?

La seule chose qu’ils peuvent encore essayer, soir après soir, c’est de foncer. Ne pas hésiter. S’approcher, communiquer, sortir de leur coquille. Ça marchera p’t’être pas, mais au moins, ils auront donné le meilleur d’eux-mêmes, pour eux-mêmes, au monde entier. Pour glower in the dark. Pis ça aussi, c’est beau.

Faque, les lumières se sont allumées pis le DJ a fait tourné la Britney. My loneliness is killing me. Impunément.

Bitch.

De la brume dans mes lunettes_extrait #16

– Bon, bin, j’pense que si je fais pas un move, c’est pas lui qui va le faire…, je dis à JF en fixant intensément le gars de l’autre côté du bar.

Ça me gosse parfois de devoir faire les premiers pas. Parce que c’est pas toujours amusant, ce que ça déclenche en-dedans. Même si je suis toujours prêt à foncer – parce qu’à vaincre sans péril on triomphe sans gloire – ça me rend tout de même nerveux. Systématiquement. À moins d’être vraiment saoul. Meh.

Faque mon corps réagit à mon intention de sauter une clôture-pas-si-haute-que-ça: langue sèche et mains moites. C’est que tu sais jamais ce qui va se passer ou ce sur « quoi » tu vas tomber. L’inconnu, quoi. Le gars qui, de loin, avait l’air super masculin l’est finalement plus ou moins. Et sa voix, que t’imaginais virile vue la quantité de muscles qui ornent son corps, sa chemise ajustée, rouge, à carreaux et sa mâchoire de titan, s’avère être aussi aigüe que celle de la Carey quand elle se prend pour un dauphin – Guiness des records pour the highest note in the history of recorded music, information inutile au demeurant. Évidemment, je ne m’arrête pas juste à ça, mais disons que ce n’est pas ce qui me fait bander le plus. Et comme je disais, je ne suis pas vraiment timide, mais ça me gosse pareil. C’est un peu comme se mettre la tête sur le bûcher en attendant d’être jugé. Parce qu’un fif, c’est un peu ce que ça fait : ça juge. So do I.

Je prends une gorgée de ma bière flat devenue tiède et j’actionne la machine. Un petit frisson de dégoût me traverse le corps en l’avalant. Yak! Je me demande encore pourquoi je continue de boire la bière infecte du Sky…Poor beer for a poor guy.

Comme prévu, je me sens nerveux, comme chaque fois que j’ai un but à atteindre. Surtout un beau but comme celui-là.

Je contourne les tables sur mon chemin, j’esquisse quelques sourires aux jolis messieurs qui croisent mon regard. J’avance fier comme un paon. Lentement. La tête haute, le torse bombé, le sourire plaqué au visage. Subtil, mais évident. Je souris même à ceux que je trouve ordinaires. Je roule les yeux quand ils insistent. Je passe tout près du guichet ATM le long du mur rouge. Je passe devant un tableau moche d’un artiste inconnu qui montre un homme exagérément nu. Du nu pour du nu, c’est moche. Je traverse l’entonnoir de monde entre le bar et le petit escalier. Je m’approche dangereusement de ma sexy proie, l’œil perçant.

Quand je veux attirer l’attention, j’ai le regard insistant, profond, et j’arrive à faire sortir les mots silencieusement par mes gestes confiants. Ça marche 8 fois sur 10.

Il me regarde toujours. Depuis le début en fait, attentif. Je lui lance quelques regards intéressés et indicateurs de mon approche. Je transpire d’intérêt, enfin, j’essaie. Je suis un prédateur, je crois. C’est moi le prédateur qui fonce droit sur sa proie pour en faire sa victime. Mais je suis un prédateur doux parce qu’après les présentations, c’est moi qui devient victime. Je fond sous les regards tendres, je frissonne à l’écoute d’une voix chaleureuse, je perds mes moyens quand des lèvres touchent les miennes. Fille. Facile.

Me voilà devant mon but. « Planté » devant lui. Je tends ma main moite et je me présente, fier de ma shot.